Suicide d'un cardiologue à l'HEGP : la polémique rebondit

Paris, le jeudi 24 décembre 2015 - Dans une lettre ouverte rendue publique mercredi, le Pr Bernard Granger, psychiatre à l'hôpital Tarnier, met en cause la responsabilité de Martin Hirsch, directeur de l'Assistance Publique, dans le suicide du professeur Jean Louis Megnien qui s'est défenestré sur son lieu de travail (l'Hôpital Européen Georges Pompidou) le jeudi 17 décembre.

Martin Hirsch devra t-il « rendre des comptes » ?

Dans ce courrier, il estime que Martin Hirsch  aura « sans doute » à « rendre des comptes », pour lui « la complexité d'un acte suicidaire sur le lieu de travail » ne doit pas être « un prétexte pour occulter la façon dont ce collègue a été objectivement maltraité ».

Il rapporte, sur la base d'échanges de mails, que le cardiologue aurait fait l'objet de harcèlement de la part de sa hiérarchie et désigne la directrice de l'établissement. Il évoque également un « message prémonitoire (sic) », destiné au directeur général de l'AP-HP, resté sans réponse,  envoyé par un collègue chirurgien, le 27 novembre 2014 et intitulé « risque suicidaire ».

Bernard Granger insiste : « le devoir du directeur général est de protéger ses personnels, et sauf à vous rendre complice de cette maltraitance, il vous appartient de prendre les décisions qui s'imposent pour préserver ceux qui se plaignent d'en être les victimes », soulignant que, selon lui, en tant que fonctionnaire, il se devait d'informer le procureur de la République du délit de harcèlement moral.

Deux commissions mais pas de réponse de Martin Hirsch

Interrogée par l'AFP, la direction de l'AP-HP n'a pas souhaité réagir.

Certains estiment toutefois que la désignation immédiate et nominative du « responsable » d'un suicide, fut-il accompli sur le lieu de travail, traduit une position bien péremptoire de la part d'un psychiatre qui ne peut ignorer les multiples déterminants, personnels, professionnels ou pathologiques qui peuvent conduire à une autolyse même si la victime en aurait dénoncé la cause.     

Un CHSCT (Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) extraordinaire s'est déjà tenu en présence de Martin Hirsch, qui avait annoncé la saisine de la commission d'analyse des suicides.

Le directeur de l'AP-HP a par ailleurs annoncé la constitution d'un second aréopage, composé de trois personnalités « extérieures à l'hôpital, pour procéder à une mise à plat des sujets conflictuels dans l'établissement, des problématiques mal résolues, de tous les éléments de contexte d'un hôpital qui a connu plusieurs crises au cours des dernières années ».

Rappelons qu'une enquête de police est en cours.


Xavier Bataille

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Vos réactions (21)

  • Bravo, monsieur Granger

    Le 24 décembre 2015

    Vous avez le courage de vous exprimer là où vos pairs brillent par leur silence, je vous en remercie. Peut-être que le harcèlement n'est pas la seule cause de la disparition de notre collègue, mais il n'en demeure pas moins que ces pratiques honteuses, et le silence dont elles s'entourent, provoquent mon indignation et ma colère.
    Un cardiologue retraité.

  • Une précision du Pr Granger

    Le 24 décembre 2015

    Si vous aviez lu ma lettre in extenso vous auriez compris que la complexité d'un acte suicidaire y est évidemment décrite. (http://tinyurl.com/grfvs5b). Je comprends que la direction générale se défende comme elle peut, mais elle est clairement mise en cause en raison de son absence de réaction au mail qui la prévenait du risque suicidaire et auquel elle n'a pas répondu. Il y a eu d'autres alertes. Nous sommes devant un cas typique de harcèlement.

    Pr B. Granger.

  • Une enquête ?

    Le 25 décembre 2015

    Que dire face à ce drame ?
    Respect Monsieur le Professeur J-L Megnien.

    On parle d'une enquête... qui fera l'objet , comme la plupart, d'une dissolution...

    Dr François Guillet

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