Suicide de Jean-Louis Mégnien: un « homicide involontaire » pour l’inspection du travail

Paris, le jeudi 9 février 2017 – Le 17 décembre 2015, le professeur de cardiologie Jean-Louis Mégnien, père de cinq enfants, mettait fin à ses jours en se jetant du septième étage de l’Hôpital européen Georges Pompidou. Différentes enquêtes avaient été immédiatement diligentées pour faire la lumière sur les circonstances de ce drame. Très vite, les difficultés professionnelles rencontrées par le praticien depuis plusieurs années ont été évoquées. Il est notamment apparu que le cardiologue semblait être la première victime de luttes intestines au sein du Centre de médecine préventive cardiovasculaire (CMPV). Après avoir été évincé de sa direction (en dépit d’un accord initial), le praticien a ainsi vu ses conditions de travail considérablement se dégrader (suppression de bureau et de secrétariat, attitudes méprisantes marquées etc.). Ses nombreux appels à l’aide étant demeurés sans réponse, le professeur Jean-Louis Mégnien a présenté les premiers signes d’une dépression, mais demeurait fermement attaché à son  travail. Après un arrêt de travail de plusieurs mois, quelques jours après sa réintégration (nullement accompagnée par son service qui avait même fait procéder au changement de serrure du bureau du praticien sans l’en avertir), Jean-Louis Mégnien se suicide à l’hôpital.

Anne Costa épinglée

Les rapports publiés jusqu’à aujourd’hui n’ont pas voulu se prononcer sur l’impact du probable harcèlement subi par le praticien dans son passage à l’acte (sans parler du fait que les conclusions de l’Inspection générale des affaires sociales n’ont pas été rendues publiques pour le motif singulier qu’elles porteraient atteinte à certains des responsables de l’HEGP). Néanmoins, des dysfonctionnements certains ont été reconnus, que ce soit dans la procédure de désignation du chef du CMPV ou dans le traitement de la situation  du praticien. Aujourd’hui, l’Inspection générale du travail va plus loin. Dans un rapport dont les conclusions sont révélées par le Figaro, il fait du suicide de Jean-Louis Mégnien un homicide involontaire. Toujours selon le quotidien, les conclusions des deux inspecteurs se montrent particulièrement sévères à l’encontre de l’action (et/ou de l’inaction) de la directrice de l’établissement, Anne Costa (qui doit bientôt quitter l’HEGP) dont la position a toujours été critiquée par les proches de Jean-Louis Mégnien. L’association des amis du cardiologue s’étonnait notamment récemment qu’aucune menace ne pèse sur la directrice de l’établissement, bien qu’elle ait probablement failli à sa mission d’arbitre impartial.

L’organisation avait été rudement critiquée pour cette dénonciation par plusieurs associations de directeurs d’hôpitaux. Mais aujourd’hui, le rapport de l’inspection générale du travail semble lui donner raison. Ce dernier a été transmis au procureur de la République de Paris, alors qu’une instruction judiciaire a déjà été ouverte. Cette nouvelle étape devrait sans doute relancer les demandes de l’association des amis de Jean-Louis Mégnien en faveur de la publication des conclusions de l’IGAS et d’une diligence plus soutenue dans la mise en œuvre de sanctions à l’encontre des directeurs d’hôpitaux suspectés de favoriser le harcèlement professionnel.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • Un autre cardiologue s'est également donné la mort

    Le 13 février 2017

    J'ai été profondément scandalisée et attristée par le suicide de ce cardiologue. Quand l'administration et le pouvoir hiérarchique poussent à ces extrêmes, ils devraient être lourdement sanctionnés pour homicides volontaires. On le sait, certaines formes de management tuent! En Haute Savoie, un autre cardiologue s'est également donné la mort dans des circonstances similaires. C'est un comble de pousser à la mort des personnes qui se sont donnés corps et âme pour sauver des vies. Merci à l’association des amis de Jean-Louis Mégnien de continuer leurs actions pour dénoncer ces crimes.

    M. P

  • Une expérience personnelle

    Le 13 février 2017

    Merci de cet article concernant ce Professeur de cardiologie.

    Je me demande si ce fait tragique n'est pas le sommet de l'iceberg un peu partout dans ces structures hospitalières qui ne disposent pas d'un office de médiation neutre et indépendant pouvant être saisi par toutes les parties en tout temps. J'ai fonctionné une vingtaine d'années comme Chef de Service puis Président du Collège des Chefs de service et enfin Directeur médical.

    J'ai personnellement été victime d'un harcèlement sans avoir pu à aucun moment recourir à une "oreille" neutre ne serait-ce que pour pouvoir m'exprimer. Fort de cette douloureuse expérience, j'ai essayé d'introduire une structure de médiation dans l'établissement et je me suis heurté à deux problèmes : 1° les médiateurs n'étaient pas médecins et 2° l'éternelle bonne excuse des coûts trop élevés.

    Mais j'aurais poursuivi dans cette direction si je n'avais pas atteint la limite d'âge, 65 ans.

    Dr Paul Tolck / FMH Gyn-Obst / Suisse romande

  • Du coté du plus fort

    Le 13 février 2017

    J'ai moi même été victime de harcèlement à l'hôpital. Je suis bien d'accord avec l'article qui dit que l'administration favorise le harcèlement. En effet, elle ne cherchera jamais à comprendre ce qui se passe mais se rangera du coté du plus fort, en l'occurrence le chef de service, rien à faire d'un simple PH.

    Dr GM

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