Suicide : des chiffres encore trop élevés malgré la mobilisation

Paris, le jeudi 4 février 2016 - L’Observatoire national du suicide a remis au ministre de la Santé son deuxième rapport alors qu’était organisée hier la journée nationale pour la prévention du suicide. L’Observatoire propose un bilan des actions mises en œuvre pour prévenir le suicide et rappelle parallèlement la réalité de ce fléau en France. Plus de 10 000 personnes ont mis fin à leur jour en 2012 (9 715 si l’on s’en tient strictement aux certificats établissant une autolyse et 10 700 si l’on retient une acception plus large). L’Observatoire rappelle, à l’instar de précédents rapports sur l’épidémiologie du suicide, qu’il concerne d’abord les hommes de 25 à 44 ans. A l’inverse, les tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les femmes, notamment chez celles âgées entre 15 et 20 ans. On constate par ailleurs d’importantes disparités régionales, ainsi quand la Bretagne et le Nord Pas de Calais présentent des taux de mortalité par suicide dépassant les 20 décès pour 100 000 habitants, le PACA affiche un taux inférieur à la moyenne nationale (qui est de 15,3 décès/100 000), tandis que la Martinique connaît même des chiffres très inférieurs (5,5/100 000).

Un bilan globalement positif

Si la France présente une mortalité par suicide relativement élevée par rapport à nombre de pays européens comparables, des efforts importants ont été réalisés : depuis 2002, le taux de décès par autolyse a diminué de 17 %. Seule la Lorraine connaît une augmentation. Ces progrès sont à mettre sur le compte d’une mobilisation nationale soutenue relayée par des initiatives locales et associatives nombreuses. Dans son bilan du programme national de prévention du suicide (2011-2014), l’Observatoire note que la plupart des mesures programmées ont été déployées. Ainsi, la prévention et l’éducation ont été renforcées avec notamment la professionnalisation des dispositifs d’intervention à distance. L’Observatoire constate également que des « actions de prévention de l’isolement social et de la détresse psychique de certains publics fragiles ont été menées ». L’accent a été également mis sur le repérage des profils à risque sur internet, ainsi les modérateurs et administrateurs de certains forums très actifs ont « été sensibilisés à la question du suicide ». L’amélioration de la prise en charge des personnes en risque suicidaire et l’information et la communication autour de la prévention du suicide ont également donné lieu à des initiatives nouvelles et intéressantes. L’Observatoire cite par exemple l’établissement d’un partenariat avec dix-neuf écoles de journalistes avec pour objectif la construction d’un discours moins stigmatisant sur la maladie psychiatrique et d’une présentation « moins sensationnaliste » des actes suicidaires. Enfin, la formation des professionnels « a été très largement déployé » signale encore l’Observatoire.

Des marges de progrès encore « à explorer »

Dans ce cadre, la mesure la plus difficile à mettre en œuvre aura peut-être été « la limitation de l’accès aux moyens létaux ». Les auteurs du rapport signalent par exemple que « le projet de réaliser une cartographie des lieux à risque pour sécuriser des lieux de passage à l’acte suicidaire n’a pu être mené à bien en raison de sa complexité. Il en est de même concernant la proposition de dispensation à l’unité de certains médicaments psychotropes. Des marges de progrès restent sans doute à explorer pour ce type d’interventions reconnues, elles aussi, comme prometteuses par la littérature internationale », indique le rapport.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Des constats (faux) positifs

    Le 06 février 2016

    C'était il ya 30 ans... Environ 10 000 tués sur les routes et autant de suicides.
    Côté "route" on peut se réjouir même si les conducteurs de grosses cylindrées font la grimace.
    Côté "suicides", heureusement que "de nombreux progrès ont été faits", ou en serions nous sinon?
    La seule chose ou nous sommes forts c'est bien de se rassurer et de faire des constats (faux)positifs.
    Les gouvernements se suivent, vident des caisses (déjà) vides, augmentent les impôts pour financer les RSA, CMU, et toutes les allocations diverses, au lieu de s'attaquer au vrai problème: celui de l'emploi des jeunes, de la valorisation des valeur humaines et non celles de la bourse mondiale. J'espère qu'au moins ceux qui comptent ne sont pas suicidaires, on n'aurait plus de stats.

    Ciao et bon vent.

    Dr HP

    Merci à la rédaction de nous permettre de réagir, ça défoule...

Réagir à cet article