Suicide du Pr Mégnien : il y aura bien un procès pour harcèlement moral

Paris, le jeudi 23 septembre 2021 - Le 17 décembre 2015, Jean-Louis Mégnien, 54 ans, professeur de cardiologie se défenestrait de son bureau du 7e étage de l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP). Ce père de cinq enfants venait de reprendre le travail après neuf mois d'arrêt maladie.

Harcèlement moral et lutte de clans

Après la vive émotion, très vite, des soupçons de harcèlement moral ont émergé et une association créée pour défendre sa mémoire, tandis que le 19 février 2016, sa veuve déposait plainte auprès du parquet de Paris. A l'occasion de leur enquête, les policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) ont révélé des accusations de harcèlement moral dans un contexte de luttes de clans. Une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), saisie par la ministre de la Santé de l'époque, Marisol Touraine, listait « cinq manquements de portée inégale » dans le traitement d’un conflit qui avait débuté en 2012.

Cette année-là, le Pr Mégnien avait vu lui échapper le poste de chef de service du centre de médecine préventive cardio-vasculaire, qu’il estimait lui avoir été promis. Au fil des mois, le praticien hospitalier avait progressivement fait l’objet d’une « mise à l’écart médicale », relevait l’IGAS qui se traduisait également par une mise à l’écart physique (changement de bureau, etc…).

Un de ses confrères décrivait ainsi au Monde en janvier 2016 la « descente aux enfers » vécue par le praticien à qui les infirmières et secrétaires du service avaient pour consigne de ne plus lui adresser la parole.

Dans son rapport, l’IGAS constatait aussi l’absence ou le retard dans le signalement et l’évaluation de cette situation à risque, le défaut d’alerte de la médecine du travail et de réunion avec l’ensemble des protagonistes ou encore la « non-structuration de la gestion du conflit » au sein de l’AP-HP et de l’université.

Aussi, au cours des cinq ans d’instruction, l'AP-HP, l'ancienne directrice de l'hôpital, Anne Costa, et trois professeurs de médecine responsables hiérarchiques du cardiologue ont été mis en examen pour "harcèlement moral".

Aussi, nous apprenions hier que le 30 juillet dernier, deux juges d'instruction ont ordonné leur renvoi devant le tribunal correctionnel.

Un renvoi qui irrite l’un des avocats de la défense, Me Marie Burguburu qui constate « au-delà d'un drame humain, cette affaire est une triste illustration de l'instrumentalisation de la justice et une volonté acharnée et déraisonnable de vouloir tout pénaliser ». De son côté, Maître Bernard Vatier juge : « c'est incompréhensible, les magistrats ont assimilé un chef de pôle d'un établissement hospitalier à un chef du personnel ».

X.B.

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