Suppression des franchises, généralisation du tiers payant : à gauche toute avant les départementales !

Paris, le mercredi 4 mars 2015 - Depuis la publication lundi par les Echos d’un article affirmant que le gouvernement serait prêt à reculer sur la généralisation du tiers payant, le gouvernement s’est largement mobilisé pour assurer le ministre de la Santé de son soutien. Ainsi, présentant hier son plan contre la pauvreté, le Premier ministre, Manuel Valls, régulièrement interpellé sur le sujet par les syndicats de médecins libéraux a assuré : « Le tiers payant sera mis en place, dans un premier temps pour les bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé, puis il sera étendu ». Il a par ailleurs souligné : « Et je veux dire ici devant vous, pour ceux qui éventuellement s’inquiéteraient, le soutien total du Premier ministre au texte de loi sur la santé que porte la ministre de la Santé ».

Franchement de gauche

A l’occasion du dévoilement de son plan contre la pauvreté,  Manuel Valls a également annoncé la suppression des franchises médicales pour les bénéficiaires de l'Aide à la complémentaire santé, autre promesse de François Hollande durant la campagne présidentielle, sur laquelle le gouvernement n’était pas encore revenu, suscitant les regrets des associations de patients. Il faut dire que la complexité de la perception des franchises (en raison notamment du tiers payant sur les médicaments….) a très fortement restreint la dimension économique de cette mesure, de même que l’éventuelle visée « éducative » des patients reposant sur une volonté de les « responsabiliser ». Par ailleurs, avec la suppression des franchises, le gouvernement semble vouloir adresser, à quelques jours des élections départementales, un signal à ceux qui ont toujours estimé que cette mesure était bien plus la marque d’une politique de santé inspirée par la gauche que la généralisation du tiers payant (bien que celle-ci soit régulièrement présentée comme telle par Marisol Touraine).

Marge de manœuvre restreinte sur le calendrier

Manuel Valls est loin d’avoir été le seul à défendre le ministre de la Santé et son projet de loi. Le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, le docteur Jean-Marie Le Guen a ainsi jugé que la généralisation du tiers payant paraissait inéluctable. « Chacun sait, et les médecins les premiers, qu'à terme, c'est vers cela qu'on doit aller », a assuré le ministre en une formule péremptoire et un peu tautologique  qui ne parviendra sans doute pas à convaincre les praticiens. Néanmoins, dans son discours, le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement a admis la possibilité si non d’un recul, tout au moins d’un assouplissement du calendrier.  « La question est de savoir à quel rythme on va. Est-ce que ça va être une généralisation, une obligation ? » a-t-il en effet observé, constatant encore que le dossier était « très technique », éludant lui aussi les objections de principe soulevées par plusieurs organisations.

Eclats de rire

Néanmoins, un geste concernant le planning ne pourra être que très modéré. En effet, comme le fait justement remarquer un proche de Marisol Touraine cité par le Monde : « Si c’est remis à 2018, c’est-à-dire après la présidentielle, tout le monde éclaterait de rire ». Ce dernier observe également une fois encore combien le sujet est politique et combien le tiers payant est en passe de devenir (de manière sans doute pas totalement légitime comme nous l’avions déjà observé dans ces colonnes) un symbole de la "gauche". « Et politiquement, Hollande sait bien que la loi santé va être votée par les frondeurs et rassemblera toute la gauche. C’est une denrée rare actuellement » remarque-t-il.

Des soutiens un peu embarrassants

Dans cette lignée, on notera encore que plusieurs parlementaires socialistes ont également exprimé ces derniers jours leur volonté de voir le tiers payant être généralisé et ont réaffirmé qu’il ne représentait en rien une menace pour la médecine libérale. Enfin, le dernier défenseur du ministre et de son projet fut le patron de la Mutualité, Etienne Caniard jurant sur l’antenne d’Europe 1 que le tiers payant pour tous pourrait être aussi « simple qu’une carte bleue ».

La défiance de la plupart des représentants des médecins libéraux pour les mutuelles ne fera sans doute pas de ce dernier soutien le meilleur des alliés de Marisol Touraine.


Aurélie Haroche

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Vos réactions (10)

  • Incroyables politiciens !

    Le 05 mars 2015

    Ces politiciens sont incroyables.
    Toujours prêts à lancer à travers les MM (masse media) toute idée qui fera parler d’eux. C’est un vice rédhibitoire lié au choix de représentants par voie électorale.
    Et pour mieux sembler actifs, et se prétendre plus proches du peuple, ces politiciens ont la sale habitude de se lancer sur des solutions sans jamais avoir analysé les causes du problème, et sans volonté de dialogue avec les personnes concernées.
    *
    Désert médical, dites-vous ?
    Cette notion de désert médical est un fantasme de politicien avide de dominer des médecins. Car il n’y a pas de désert « médical » ; il y a une désertification des campagnes. Dont l’État lui-même est manifestement en partie responsable. Les habitants des campagnes fuient de plus en plus vers les villes. Y a-t-il un politicien qui se demande pourquoi ? Un politicien qui propose des solutions efficaces pour enrayer l’exode rural ?
    L’État ne peut fermer des bureaux de postes dans les campagnes et vouloir que des médecins s’y installent.
    L’État ne peut supprimer des gares et des arrêts de train dans les campagnes et vouloir que des médecins s’y installent.
    L’État ne peut fermer les bureaux des administrations communales, intercommunales, régionales dans les campagnes et vouloir que des médecins s’y installent.
    L’État ne peut fermer des écoles dans les campagnes et vouloir que des médecins s’y installent.
    L’État ne peut fermer des maternités ou des hôpitaux dans les campagnes et vouloir que des médecins s’y installent.
    L’État doit prendre ses responsabilités et engager ses propres deniers pour faire vivre les zones rurales.
    Un médecin n’est pas une machine agricole ; c’est un être humain qui a une famille et a besoin d’un minimum de services là où il est. Pour que sa vie soit vivable (tout comme celle de la population autour de lui) il faut dans le voisinage immédiat une école, une poste, une librairie, une banque, une épicerie, un garagiste … et bien sûr un pharmacien. À quoi bon mettre des médecins à la campagne si les malades doivent faire des kilomètres pour acheter leurs médicaments ?
    Et le médecin ne travaille pas seul. Pour un cabinet efficace il faut en plus une infirmière et une secrétaire. L’État va-t-il les subventionner ?
    Un médecin a besoin de repos. Comment les si malins politiciens veulent-ils organiser la garde de nuit à la campagne ?
    Les indépendants (tous), et en particulier les médecins, sont pour l’État des moutons à tondre ; des sujets taillables et corvéables à merci.
    Si l’État veut des cabinets médicaux ruraux qu’il assume les conséquences de ses choix. Qu’il crée des fonctionnaires médecins de campagne. Ils travailleront 35 heures par semaines, auront une excellente retraite, et l’État fournira le personnel, les bâtiments, le matériel médical et de secrétariat, le téléphone et l’abonnement internet, et, bien sûr un véhicule.
    L’État a assez mangé la laine sur le dos des médecins moutons.
    Supprimer la taxe foncière et la taxe d’habitation ? Risible ! Cela fait combien d’euros ? Et pendant deux ans ? Grotesque. Cela ne couvrira même pas les frais d’essence pour conduire les enfants à l’école.

    Dr. G. J.

  • Traversée du désert

    Le 08 mars 2015

    Notre confrère est un bien meilleur analyste que les fonctionnaires ou associatifs qui nous gouvernent. Que savent ils de la vraie vie ?

    JPS

  • République ou monarchie bananière

    Le 08 mars 2015

    Les politiques demandent beaucoup à certains citoyens et beaucoup moins à d'autres, à commencer par les plus privilégiés d'entre eux !
    Égalité de droit (vous savez : Liberté, égalité, fraternité) ?
    Cette égalité de droit ne s'applique pas à la caste politique et de la haute fonction publique.
    Leurs droits en matière de santé, de retraite et d'assurance chômage n'est pas le même que pour le citoyen de base comme les professionnels de santé.
    Nos chers politiques se sont servis et se servent d'abord.
    Comment les respecter ?
    N'ont-ils pas compris que le désamour des français pour la et les politiques vient en tout premier lieu de qu'ils aimeraient bien que l'égalité de droit soit pour tous ?
    Pourquoi existe-t-il une caisse de maladie, une caisse de retraite spécialement pour les députés et une autre spécialement pour les sénateurs, pourquoi leurs retraites ne sont elles pas soumise à l'impôt ?
    Etc.
    Comment avoir confiance en des politiques qui n'appliquent pas les lois qu'ils votent pour nous pauvres serfs ?

    Olivier de la Morsangliere

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