Taxation de l’alcool : les Don Quichotte de l’alcoologie repartent au combat

Paris, le jeudi 11 octobre 2018 – Agnès Buzyn a récemment annoncé l’augmentation de 10 millions d’euros du Fonds de lutte contre le tabac et l’élargissement de celui-ci à l’ensemble des substances psycho-actives (tabac, alcool, cannabis...).

Dans une lettre ouverte, des addictologues, emmenés par les professeurs Reynaud et Benyamina, dénoncent « un effet d’annonce sans commune mesure avec la dimension du problème ». Pour eux, encore une fois, « l’alcool est le grand absent du financement de ce Fonds ».

Quand Don Quichotte s’invite chez Gargantua

Aussi, ils repartent à l’assaut du prix des dives bouteilles et proposent de nouveau de « taxer plus fortement l’alcool », une mesure qu’ils jugent indispensable « pour financer la prévention et les soins et surtout pour réduire la consommation, notamment celle des plus jeunes » soulignant qu’une telle politique a donné « d’excellents résultats (…) en matière de lutte contre le tabac ».

En pratique, les signataires exigent que la Loi de financement de la Sécurité Sociale intègre une taxe sur les boissons alcoolisées en fonction des grammes d’alcool pur pour financer les soins et une taxe sur les dépenses de publicité (y compris sur Internet) pour financer la prévention.

Parallèlement à cette proposition, ils se montrent ironiques vis-à-vis du "grand" plan de prévention de l’alcoolisme du gouvernement qui « se résume aujourd’hui à une discussion picrocholine sur la taille en millimètres du pictogramme pour les femmes enceintes » !

Macron et les emmerdeurs

Soulignons, pour conclure, que ces demandes, aussi légitimes soient-elles, ont toutes les chances de demeurer lettre morte !

On se souvient en effet qu’il y a quelques mois, le ministre de la santé, Agnès Buzyn affirmait avec fermeté qu’on ne pouvait dissocier vin et autres alcools et proposait que la formule « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé » soit remplacée par « l’alcool est dangereux pour la santé »…Cette proposition lui avait valu d’être publiquement tancée par le Président de la République qui avait insisté pour qu’on cesse « d’emmerder les Français ».

Cette réponse cinglante lui avait peut-être été inspirée par Audrey Bourolleau, ancienne présidente du groupe de pression Vin et société, aujourd’hui conseillère « agriculture, pêche, forêt et développement rural » à l’Élysée…

Si supprimer un mot d’un message de prévention c’est « emmerder les Français » imaginons comment serait qualifié le fait d’augmenter d’un euro le prix du Côte du Rhône !

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • Don Quichotte et l'alcoologie

    Le 11 octobre 2018

    Ayant été à la fin des années 1970 du trio de ceux qui ont eu l'idée de faire de l'alcoologie une branche de la médecine avec Jean-Michel Hass, gastro entéro et Jean Morinière, généraliste comme moi, dans un bistrot enfumé au pied de la maison de la radio, il me semble avoir le droit de parler.

    Ce furent nous, les Don Quichotte qui n'ont jamais connu la reconnaissance, ni aucune retombée gratifiante de quiconque ?
    J'ai appris bien longtemps après que Don Quichotte est demeuré totalement méconnu avec cette caricature de pourfendeur fou de moulins à vent depuis 4 siècles !
    Si la question vous intéresse, étudiez l'exégèse extraordinaire et décoiffante de Dominique Aubier qui y a consacré 40 ans de sa vie.

    Dr François-Marie Michaut

  • Alcool, tabac, école, lois

    Le 11 octobre 2018

    Pourtant ça fait moins de mal aux voisins que les fumées de tabac - sur le plan médical s'entend.
    Mais : un bon enseignement vaut mieux que mille interdictions et l'application de bonnes lois (avec jugement s'entend et avec les parties) vaut mieux que mille déresponsabilisations.

    Dr Jacques Deperson

  • Moins de mal aux voisins que les fumées de tabac...

    Le 15 octobre 2018

    Vous comptez dans le "ça fait moins de mal" les violences liées à l'alcool, les accidents, les agressions subies par les personnes en état d'ébriété, les familles déchirées, le risque de perdre son boulot, la désocialisation...?
    Non ? ça coûte moins cher que les risques liés au tabagisme passif ?

    Virginie Patin

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