Temps de travail des internes : estimation selon les intéressés et selon les directions hospitalières

Paris, le jeudi 13 janvier 2022 - Face à la colère des internes excédés par le bafouement des règles établies quant à leur temps de travail, Olivier Véran (ministre de la santé et accessoirement ancien porte-parole de l’ISNI) a mis en place, fin juillet, une consultation publique en ligne des internes.

Le sondeur Opinionway qui a géré cette enquête a rendu hier sa copie qui compile les réponses de 2 348 internes.

Les directions et les internes ne voient pas les mêmes choses

A l’issue de ces travaux, il apparaît que 70 % des internes affirment travailler en moyenne plus de 48 heures par semaine, soit au-delà de ce qu’impose la réglementation européenne. Également, un futur médecin sur deux exerce plus de 51 heures, selon l’enquête et 98 % des sondés en chirurgie et 93 % en médecine dépassent systématiquement les huit demi-journées d'activité en stage prévues pour les internes.



Il semble cependant que pour les 252 directions d’établissements qui ont contribué, les internes exagèrent leur temps de travail. Ainsi, pour elles, seuls 37 % des internes des spécialités médicales et 29 % des spécialités chirurgicales dépassent les huit demi-journées de stage en moyenne. C’est en réanimation que le fossé est le plus criant : les hôpitaux pensent que seulement 8 % de leurs internes dans ces services exercent plus de 11 demi-journées par semaine, ils sont en réalité sept fois plus à déclarer travailler plus de 11 demi-journées.

« Le dépassement des demi-journées hebdomadaires de stage par les internes est la principale problématique soulignée dans cette consultation » tranche le ministère.

« Dépassements du nombre de demi-journées hebdomadaires, estimation du temps de travail hebdomadaire, respect des bornes horaires des services de garde, nombre de gardes effectuées… Autant d'éléments sur lesquels les retours de la réalité du travail au quotidien sont parfois diamétralement opposés entre internes et établissements » admet-il néanmoins dans une note aux syndicats de jeunes médecins.



L'enquête met néanmoins en évidence des avancées, sur lesquelles directions et internes s’accordent. Le repos de sécurité serait ainsi désormais mieux appliqué (94% aux urgences ou en réanimation, 84 % dans les spécialités médicales selon les internes), à l’exception des futurs chirurgiens qui se disent pour moitié être privés de ce repos de sécurité.



L'effectif minimum d’internes sur une ligne de garde (au moins six) semble également de mieux en mieux respecté (83 % des cas en spécialités médicales) et surprise, établissements et étudiants sont d’accord sur ce point.



Pour la suite, le ministère de la Santé entend organiser une nouvelle concertation avec les représentants des internes qui pourrait aboutir à « rendre obligatoire la mise à disposition des tableaux de services aux internes dans un délai défini » et à donner au « directeur général de l'agence régionale de santé la possibilité de suspendre ou retirer l’agrément au terrain de stage ne garantissant pas des conditions de travail respectant la réglementation sur le temps de travail ».

Mais avant ces nouvelles étapes, l’INSI a déjà pointé une enquête « mascarade » et « une aberration sur le fond car la moyenne du temps de travail en stage est largement dépassée de 58 heures par semaine »…

Emmanuel Haussy

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Vos réactions (1)

  • Il est loin le temps...

    Le 13 janvier 2022

    Où les gardes n'étaient ni payées ni récupérées. Où l'on était de garde une nuit sur deux, c'est-à-dire qu'en fait on rentrait, au détriment de la vie familiale, une nuit sur deux chez soi.
    Les jeunes ont sûrement raison. Mais je reconnais qu'on apprenait le métier et surtout a faire avant tout un examen clinique, puisqu'il n'y avait pas de scanner, pas d'IRM.....
    Quelqu'un va sûrement me répondre OK boomer...

    Pr André Muller

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