Tirage au sort à l’entrée en PACES : cadeau empoisonné de dernière minute du gouvernement !

Paris, le vendredi 28 avril 2017 – Petite devinette. Qui a dit qu’il n’existait pas « plus stupide comme moyen de sélection » que le tirage au sort à l’entrée à l’université notamment pour « accéder à des filières très sélectives ». Cette appréciation sans nuance était celle il y a un an dans les colonnes de Libération du secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, Thierry Mandon. Ce dernier réagissait à une polémique ayant éclaté durant le week-end de l’Ascension après que le Monde ait affirmé que le rectorat d’Ile de France s’apprêtait à mettre en place un système de tirage au sort avant l’entrée en première année de médecine pour répondre à l’engorgement des facultés.

Tirage au sort en dernier recours

Pourtant, ce même Thierry Mandon n’a pas pu ignorer la publication hier au Bulletin officiel de l’éducation nationale d’une circulaire signée par le chargé des fonctions de directeur général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, Frédéric Forest pour le ministre de l’éducation nationale. Ce texte s’intéresse aux « procédures d’amission en première année de licence ou en première année commune aux études de santé (PACES) » et détaille les modalités à appliquer dans les cas où les demandes sont bien plus importantes que le nombre de places. Face à une telle situation, la priorité sera d’abord donnée à ceux ayant placé la formation connaissant un engorgement en tête de leurs choix. Si ce premier écrémage n’a pas permis d’atteindre le quota espéré, un second critère sera appliqué : les étudiants mariés, ayant conclu un PACS, vivant en concubinage et/ou ayant une ou plusieurs personnes à charge seront privilégiés. Le lieu d’obtention du baccalauréat par rapport à l’université demandée constituera un autre critère. Enfin, si la problématique du nombre de places demeure, il pourra être procédé à un tirage au sort.

Sélectionné pour être sélectionné

Cette confirmation de pratiques déjà mises en œuvre dans certains établissements pour des filières spécifiques doit permettre d’éviter que ces mesures, qui ne s’appuyaient sur aucun fondement juridique, puissent être attaquées devant les tribunaux. Cependant, les étudiants s’y sont toujours opposés et un projet d’arrêté dans ce sens, qui devait être présenté en janvier au Conseil national de l’enseignement supérieur de la recherche avait été retiré in extremis. Aussi, aujourd’hui, la publication de la circulaire fait bondir. Le calendrier choisi participe à la colère : cette période d’entre deux tours semble idéale pour faire passer « en catimini » selon l’expression des associations étudiantes des mesures très contestées et contestables!). La forme de la mesure, une circulaire, contribue également à l’exaspération : l’absence de dialogue est en effet considéré comme un déni de démocratie. « Les étudiants retiendront du ministère de l’enseignement supérieur qu’il a lâchement acté la sélection à l’Université » écrit la FAGE qui réunit de nombreuses associations étudiantes, dont l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). « Nous assistons au choix d’une solution de facilité, à un refus de proposer de réelles solutions (…). Pour les filières de la PACES, la circulaire vient légitimer le ridicule recours à la limitation d’accès à un moyen de sélection, venant à l’encontre même de l’égalité des chances pour ces étudiants et des engagements déjà pris par les ministères auprès de leurs représentants » ajoute encore la Fédération. L’ANEMF partage sans nuance cette position et espère que le futur gouvernement se saisira de cette question en offrant les moyens nécessaires aux universités pour qu’elles garantissent l’égal accès des bacheliers. La FAGE remarque de son côté que cette affaire met en évidence la nécessité d’une réforme du lycée. Concernant la situation particulière de la PACES, il n’est pas impossible que cet entérinement de la pratique du tirage au sort relance les discussions autour de la pertinence de la sélection à l’entrée sur dossier, afin de répondre tout à la fois à la problématique de l’engorgement et à celle du taux d’échec. Les étudiants cependant s’y refusent totalement.

Le texte de la circulaire

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Une réforme constitutionelle

    Le 30 avril 2017

    Pourquoi pas un tirage au sort pour le futur président de la république, cela coûterait moins cher et faciliterait la tâche de nos fonctionnaires...

    Dr Christian Marty

  • Tirage au sort ou concours d'entrée ?

    Le 01 mai 2017

    Le tirage au sort est ridicule, tout comme l'entêtement des associations d'étudiants à refuser une sélection à l'entrée à l'université sous prétexte d'égalité des chances. Il est peut-être temps de penser à un véritable concours anonyme d'entrée en faculté avec un nombre de places adapté aux besoins.
    Il n'y a rien de plus équitable, cela existe pour l'accès aux écoles d'infirmières, et peut régler l'odieux numerus clausus.

    Dr Jean Cueff

  • La randomisation en question

    Le 09 juin 2017

    La randomisation est déjà discutable dans les essais cliniques, et on peut se demander s'il est éthique, à une époque où nos politiques n'ont que la moralisation à la bouche, de priver d'une chimiothérapie éventuellement salvatrice un malade sur deux d'un essai (et d'exposer l'autre à des effets indésirables toxiques), mais le dernier cadeau du gouvernement sortant est à la hauteur de toutes ses décisions antérieures, aberrant.

    Dr Jean-Fred Warlin

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