Transfert de technologie : l’Afrique à l’assaut de la production de biosimilaires

Genève, le mercredi 10 juin 2015 – L’accès aux médicaments innovants dans les pays en voie de développement nécessite le plus souvent un accord entre les états et les laboratoires pharmaceutiques, souvent sous l’égide d’organisations internationales, afin d’obtenir une réduction significative du prix. Cependant, l’essor des génériques a favorisé la production locale dans certains pays. On le sait, cette situation n’est pas sans susciter des conflits concernant la protection des brevets. La donne peut être différente quand un transfert de technologie est mis en place, notamment au moment de l’expiration des brevets.

Les vaccins en première ligne

De telles passations de savoir ont déjà eu lieu, placées notamment sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ainsi, en 2007, une première plateforme de transfert de technologie a été constituée au sein du Netherlands Vaccine Institute avec l’objectif de faciliter l’installation de sites de production de vaccins contre la grippe dans les pays pauvres. En 2010, cette première initiative fut suivie de la création d’une seconde plateforme par l’Université de Lausanne avec pour objet le transfert des technologies consacrées à la mise au point d’adjuvants présents dans les vaccins.

Un traitement essentiel trop coûteux

Aujourd’hui, ces transferts de technologie sont en passe de franchir une nouvelle étape avec la volonté de transmettre les savoirs nécessaires à la mise au point de biosimilaires. En ligne de mire : le palivizumab (Synagis) dont le brevet expire en août dans l’Union européenne et en octobre aux Etats-Unis. Indiqué dans la prévention des infections à VRS, ce traitement présente un coût totalement inabordable pour la plupart des pays pauvres (s’élevant à 9 615 dollars par cycle de traitement aux Etats-Unis et à 5 000 euros en Europe). Pourtant, l’accès à ce médicament permettrait de sauver des milliers de vie chaque année en Afrique. Si comme le signale l’OMS, l’épidémiologie n’est pas parfaitement précise, on estime en effet que 200 000 enfants de moins de 5 ans succombent chaque année frappés par une infection à VRS. « Seul le paludisme cause autant de décès et pourtant on parle rarement du VRS comme d’une priorité de santé publique » regrette le docteur Louis Bont responsable des travaux dédiés au VRS au sein du Centre médical universitaire d’Utrecht cité par l’OMS. Aussi s’est imposée l’idée de favoriser la production d’un biosimilaire du palivizumab en Afrique, afin de ramener le coût d’un cycle de traitement à 250 dollars. Une nouvelle plateforme de transfert de technologies a donc été constituée en mars dans ce but aux Pays-Bas. A terme, cette structure pourrait permettre la fabrication d’autres biosimilaires. Une telle entreprise pourrait rencontrer quelques obstacles car la mise au point d’un biosimilaire différe en complexité de celle d'un médicament générique. Mais le professeur Huub Schellekens du Département des sciences pharmaceutiques et du Département des études sur l’innovation de l’Université d’Utrecht est confiant : « La production de la version biosimilaire du palivizumab n’est pas compliquée en elle-même. Mais en tant que produit biopharmaceutique, il recèle un certain nombre de difficultés par rapport à la production de médicaments plus simples issus d’une synthèse chimique » précise-t-il. Néanmoins, la plateforme de transfert devrait offrir aux pays à faible niveau de revenus une réponse aux difficultés les plus importantes. La structure devrait ainsi fournir aux états les « "clones" générés par la plateforme, afin qu’ils puissent extraire eux-mêmes le palivizumab » précise l’OMS. Par ailleurs, le programme complet de développement préclinique et clinique devrait être "fourni".

La production de médicament de haute qualité possible en Afrique

Bien que certaines entreprises aient contacté l’OMS et les scientifiques néerlandais affirmant être en mesure de produire pour les pays pauvres une version biosimilaire du palivizumab à bas prix, le professeur Huub Schellekens considère qu’une opération de transfert de technologies est une chance pour les états pauvres, et que ses résultats pourraient s’avérer plus rapides que ceux obtenus grâce à un accord bilatéral. Soulignons enfin que la production de médicaments nécessitant un haut niveau technologique en Afrique ne se limite pas à cette expérience naissante centrée sur le palivizumab. En Tanzanie, le laboratoire Zenufa, qui fabrique notamment l’antidouleur Zenadol s’apprête à commencer la production de la pilule ASAQ, association d’amodiaquine et d’artésunate, indiquée dans le traitement du paludisme. Ce "transfert de technologie" a été rendu possible grâce à l’engagement des laboratoires pharmaceutiques et du travail réalisé par l’ONG Drugs for Neglected diseases Initiative (DNDi). Si les difficultés ont été nombreuses et long le temps écoulé, la production de masse devrait finalement débuter en 2016. « Ce projet prouve qu’il est possible de produire des médicaments de haute qualité en Afrique » constate Marcel Tanner, président de DNDi, cité par le quotidien suisse, Le Temps.

Aurélie Haroche

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