Transmission de la variole du singe par les produits sanguins : mieux vaut être prudent

Paris, le lundi 13 juin 2022 – Malgré un risque semble-t-il faible, le HCSP émet des recommandations pour éviter la transmission de la variole du singe par les produits du corps humains.

Mystérieuse variole du singe. Cette zoonose aux symptômes proche de la variole (en moins grave), habituellement cantonnée à une dizaine de pays africains, se propage en Occident depuis un mois, sans que les causes de cette épidémie ne soient connues. Le mode de transmission du virus reste encore un mystère. Il est acquis que la maladie peut se transmettre par un contact avec les lésions cutanées et par les gouttelettes de Flügge. La transmission par voie aérosol semble plus que probable. En revanche, il n’a toujours pas pu être déterminé si le virus peut se transmettre par voie sexuelle ou sanguine et la question se pose alors que la majorité des cas observés en Occident concernent des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Si le virus a bien été détecté dans le sang des patients, aucun cas de transmission sanguine de la variole du singe n’a été documenté à ce jour.

21 jours d’ajournement pour les cas contact, 42 jours pour les cas confirmés

Pour le moment, l’épidémie semble contenue. Selon le dernier bilan en date de jeudi dernier, on comptait 1285 cas confirmés hors d’Afrique, dont 91 en France. Malgré les zones d’ombre, malgré la faible propagation de la maladie, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) préfère prendre ses précautions. Ce lundi, il a donc émis une série de recommandations concernant les dons de produits du corps humains (PCH). Tout d’abord, les personnes ayant reçu une dose du vaccin anti variologique de 3ème génération Imvanex sont exclus de tout don de PCH pendant quatre semaines. Pour rappel, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande d’administrer ce vaccin aux cas contacts. Plusieurs dizaines de personnes l’ont déjà reçu en France.

S’agissant du don de sang et d’organes par donneur vivant, le HCSP recommande un ajournement du don de 21 jours pour les cas contacts et de 42 jours pour les cas confirmés à partir du début des signes cliniques. De manière générale, le personnel de collecte doit être particulièrement vigilant sur la question et ne pas hésiter à interroger le donneur sur ses éventuels voyages ou contact « à risque ». Le comité d’expert précise cependant qu’en cas d’urgence vitale ou de greffe ne pouvant être ajournée, une PCR orthopoxvirus sur sang pourra être réalisé afin que l’équipe médicale puisse évaluer le rapport bénéfice-risque du don. Le HCSP recommande également de ne pas prélever les organes, tissus ou cellules des donneurs décédés porteurs de la variole du singe.

Un risque de transmission par le sang négligeable

S’agissant de l’assistance médicale à la procréation (AMP), les recommandations sont similaires : pas de don de sperme pendant 21 jours pour les cas contacts de la variole du singe, pendant 42 jours pour les cas confirmés. Un prélèvement réalisé dans le cadre de la préservation de la fertilité devra également être reporté si possible. Dans le cas contraire, le prélèvement sera congelé et un test PCR sera réalisé au moment de la décongélation. Enfin, le don de lait maternel est également reporté de respectivement 21 et 42 jours pour les cas contacts et les cas confirmés.

Les recommandations ainsi émises par le HCSP sont assez proches de celle faites par le Centre européen de prévention des maladies (ECDC) et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui ont également préconisé fin mai d’ajourner les dons de PCH pour les cas contacts et les cas confirmés. Le HCSP dit essentiellement s’appuyer sur une étude publiée dans The Lancet et réalisée sur sept patients britanniques, chez qui le virus a pu être détecté jusqu’à 41 jours après le début de la maladie. Il semble cependant que le virus ne persiste dans le sang qu’un à deux jours en moyenne. Selon le Pr Jeanne Brugère-Picoux, membre de l’Académie de Médecine récemment interrogée sur le JIM, le risque de transmission par transfusion sanguine serait donc négligeable.

Nicolas Barbet

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