Un rapport dénonce des pratiques psychiatriques « indignes » au CHU de Saint-Etienne

Saint-Etienne, le jeudi 1er mars 2018 – Du 8 au 15 janvier dernier, Adeline Hazan, Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a inspecté le pôle psychiatrique du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne. A la suite de cette visite, où elle a observé des « conditions d’accueil des patients indignes », comme le lui permet la loi, elle a publié un rapport qui engage le ministère de la santé à réagir à ses observations et ses recommandations dans un délai de trois semaines.

Même sans consentement…on peine a être admis !

Le document dénonce en premier lieu l’incurie du système d’admission en psychiatrie dans ce centre qui se manifeste par « la présence aux urgences générales du CHU, de vingt patients relevant de la psychiatrie en attente de places ». Parmi ceux-ci, sept « faisaient l’objet de contentions » dont deux « étaient en soins libres ». Pire, « ces sept personnes se trouvaient aux urgences depuis des durées allant de quinze heures à sept jours, cinq étant présents depuis plus de trois jours. Ils n’avaient pu ni se laver, ni se changer, ni avoir accès à leur téléphone portable. Trois d’entre eux devaient user d’un urinal posé le long de leur jambe sur le brancard au-dessus du drap. Or aucun de ces patients ne présentait d’état d’agitation, certains demandant juste à pouvoir être détachés, sans véhémence, dans une forme de résignation et d’acceptation ».

Dans cette situation, le secret médical ne pouvait qu’être bafoué, ainsi « les entretiens avec les médecins et infirmiers, comme la délivrance des traitements, s’effectuaient sans aucune confidentialité ».

Quand l’isolement et la contention deviennent la norme

Dans les services d’hospitalisation, Adeline Hazan note que « toutes les chambres d’isolement étaient occupées. L’enfermement est également fréquent en chambre ordinaire y compris avec contention et sans que la traçabilité informatique n’ait permis de distinguer les types de chambres concernées ». Elle cite aussi l’exemple d’une « patiente non agitée mais souffrant de troubles compulsifs est ainsi placée en isolement dans sa chambre ordinaire depuis plusieurs mois, avec porte des toilettes fermée à clé et quatre sorties d’un quart d’heure autorisées par jour pour fumer ».

Et de s’indigner « certaines unités pratiquent des isolements séquentiels de plusieurs semaines » et les « données communiquées par le CHU sont fausses et inexploitables ».

En outre, il a été établi, dans toutes les unités, un défaut d’explication de leurs droits aux patients.

Au terme de ce constat, le CGLPL exige que « les atteintes aux droits décrites » cessent immédiatement, en particulier en ce qui concerne les pratiques d’isolement et de contention. Celles-ci doivent en urgence se conformer aux prescriptions de la loi du 26 janvier 2016, qui prévoit que « l’isolement et la contention sont des pratiques de derniers recours » et qu’il « ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision d’un psychiatre, prise pour une durée limitée ».

Il est également proposé la mise en place d’une formation sur les droits des patients à destination des soignants.

Reste à savoir combien d’hôpitaux psychiatriques en France fonctionnent de la même façon que le pôle psychiatrie du CHU de Saint-Etienne…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (10)

  • Saint Etienne n'est pas un cas isolé

    Le 01 mars 2018

    J’invite Madame Hazan à se rendre à Evreux, au Nouvel Hôpital de Navarre (il a perdu le signifiant Psychiatrique au cours de sa récente réfection!).
    Celle-ci pourrait constater des conditions d’accueil indignes, comme à Saint Étienne.
    Nos patients en témoignent:isolements arbitraires et inutiles, placements autoritaires que l’examen clinique sérieux aurait permis d’éviter, humiliations...

    Dr Guy Villemur, psychiatre libéral

  • Retour du boomerang

    Le 02 mars 2018

    A qui la faute madame Hazan vous qui avait toujours suivi les consignes du PS ou celles des gauchistes pour lesquels les médecins sont les seuls responsables, les vrais coupables, des égoïstes innommables même s'ils travaillent bien plus que 35 heures ?

    Ces carences, ce n'est pas mon boulot, c'est le vôtre ! Répondrez vous. Non c'est le vôtre Madame ! Vous voyez désormais ce que vos semblables, avant vous, ont organisé. Pas question pour nous de l'oublier.

    Avez-vous une idée des compétences requises, des études nécessaires, des années d’effort, du travail acharné, qu’il faut pour acquérir cette difficile spécialité de psychiatrie ?

    On se demande véritablement si la vocation pour cette spécialité ne va pas se tarir.

    Les médecins ne veulent plus se mettre à la disposition des administratifs dans des bâtiments insuffisants ni à la merci d’individus issus de l’administration dont la compétence, est leur capacité à débiter des rapports amers et des généralités qui leur donnent un pouvoir se situant en dehors des réalités qu'ils ont pourtant créées.

    Ce n’est pas à ces administrateurs de nous apprendre tout ce que des années passées à étudier nous donnent à comprendre. Ce n’est pas à eux de de nous imposer des conditions de travail, de choisir les patients ou même le montant des honoraires ou des émoluments.

    Dans toutes les discussions qui ont débouché sur l’asservissement et l'étatisation de la médecine, administrée on a discuté de tout sauf de ce que souhaitent les médecins.

    On s’est focalisé sur le bien être des patients, sans le moindre égard pour ceux qui devaient le leur procurer.

    Qu’un médecin puisse avoir un droit, une liberté, un désir ou une préférence est taxé d’égoïsme.

    Jamais ceux qui proposent qu’on aide les mal portants en rendant la vie impossible aux biens portants, n’ont imaginé qu’un homme qui accepte de travailler sous de telles contraintes, puisse ne pas y parvenir.

    La suffisance avec laquelle certains revendiquent le droit d'asservir, de contrôler les travaux, sans même donner un peu de leur temps à aider les services en difficultés, de violer nos consciences, d’asphyxier nos esprits, ne laisse pas d'étonner.

    Sur quoi s’imaginent-ils pouvoir compter le jour où ils auraient besoin de nos services pour eux-mêmes ?

    Dinorino, le bien connu, en retraite planqué sur une île, s'étonnait, ces jours-ci, de ne pas trouver un médecin capable de se déplacer pour sa mère. N'est-ce pas lui qui a tiré sur la visite ?

    Le boomerang.

    Dr Jean Doremieux

  • Un dirigeant indigne

    Le 02 mars 2018

    Le dirigeant de cet hôpital devrait être renvoyé immédiatement sans pension et sans salaire. Les dirigeants des autre hôpitaux sortiraient peut-être de leur bureau pour aller surveiller les services et, en particulier, les services d'urgence pour aider à résoudre les problèmes qui s'y posent.

    Dr Guy Roche, ancien médecin hospitalier

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