Unanime sur l’inéluctabilité d’un confinement, le corps médical divisé sur ses conditions

Paris, le jeudi 21 janvier 2021 - La France n’est pas dans la situation épidémique de ses voisins. Le nombre de nouveaux cas et d’hospitalisation se situe sur un plateau, légèrement ascendant, depuis la mi-décembre. Pourtant, l’idée d’un nouveau confinement semble s’imposer avec l’apparition des variants dits sud-africain et britannique.

Les Français s’y sont en tout cas résignés : 72 % d’entre eux estiment qu'« un nouveau confinement aura lieu prochainement », selon un sondage publié par Les Échos.

Un confinement « préventif » ?

« On n'échappera pas à un reconfinement » devient ainsi le leitmotiv du corps médical.

Ce jeudi, sur Franceinfo le Pr Renaud Piarroux (Pédiatrie et maladies infectieuses, Pitié-Salpêtrière) estime que le confinement doit intervenir dès maintenant, dans des modalités identiques à celles de mars-avril (avec des établissements scolaires fermés). « Plus tôt, plus efficace, plus court » plaide-t-il ainsi. « Je dis au gouvernement, faites-le maintenant, faites-le moins longtemps, mais faites-le (…) On va avoir ce que les Anglais ont connu, une remontée de l'épidémie. En ce moment en Grande-Bretagne, en même pas trois semaines, on est déjà à 20 000 morts ».

Ne pas reconfiner immédiatement entraînerait un confinement dont la durée se compterait « en mois », prévient encore Renaud Piarroux en pointant la stratégie des « petits pas ».

Mais certains des confrères du Pr Piarroux l’invite à se montrer plus prudent. Et sur les ondes de France Inter, si le Pr Jean-Daniel Lelièvre (CHU Henri Mondor, Créteil) est convaincu lui aussi qu’on « ne pourra pas éviter un nouveau confinement », il propose de prendre le temps : « le confinement est sans doute intéressant, pour autant il ne faut pas le mettre trop tôt. (...)

Tout dépend de l’impact du couvre-feu et de tout un tas de phénomènes qu’on maîtrise mal à l’heure actuelle. On est sur une projection vers mars ».

Le chef de service affirme également qu'en cas de nouveau confinement, il sera cependant possible de maintenir les écoles ouvertes : « les enfants ne sont pas les vecteurs majeurs de cette infection ».

Un confinement des « plus à risque » ?

« La situation est inquiétante », assure elle aussi Odile Launay (Maladies infectieuses, Hôtel-Dieu). Cependant, elle suggère une voie originale.

Un nouveau confinement, s’il devient nécessaire en raison de la circulation intense des nouveaux variants de SARS-CoV-2, ne devrait concerner que les personnes « les plus à risque ».

« On peut se poser la question de savoir si ce confinement, dans la mesure où les vaccins arrivent (…), ne pourrait pas être proposé (…) aux gens les plus à risque ? (…) Cela permettrait de maintenir une certaine vie économique et en particulier pour nos plus jeunes d’envisager de reprendre une vie, de reprendre la fac ».

Ce serait pour « une période relativement courte », « peut-être de deux-trois mois » (sic).

Dans le même ordre d’idée, dans un avis du 13 janvier, le Conseil scientifique avait mis en avant « une recommandation forte d’auto-confinement » des sujets âgés et fragiles.

Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • 3 "Experts" = 3 Points de vue

    Le 21 janvier 2021

    Bienvenu dans le champs de l'"Expertologie" sur un sujet qui sera en France très inflammable sanitairement, juridiquement, culturellement mais aussi politiquement.

    Il s'agit bien de points de vue, sans plus, peu compatibles, 3 sur le seul axe Paris-Créteil pour le seul sujet des modalités (Quand & Qui) d'un Re-Re Confinement dont personne ne discute la proche nécessité, VariantS obligent.

    Cette diversité a une cause claire, elle au moins : L'absence de données pour alimenter les supputations.

    Faute de données, l'approche du Pr Odile Launay continue à me séduire depuis Avril puis Octobre 2020, elle n'a rien d'"originale" : Souvenons nous de Mr B Pivot, du sempiternel égalitarisme et de la constitutionnalité etc. Momifiant.

    Que je sache, c'est bien une stratification des priorités qui a conduit à l'élaboration du programme vaccinal.
    Notons cependant qu'isoler ceux à qui on a accordé la priorité vaccinale relève du parachute et des bretelles. L'influence boostante de la "bulle" sur la dynamique de transmission "hors bulle" ne peut être négligée.
    Une "recommandation forte d’auto-confinement" relève plus du Quai d'Orsay que du Ségur : Ce principe est auto-appliqué intuitivement par les plus âgés.

    Chacun peut y aller de sa suggestion : Vaccination prioritaire ... des plus jeunes adultes ? (Cf le Monde ce jour : «L’accès des étudiants à la vaccination contre le Covid-19 est impératif») : Jean-Luc Dumas (ancien doyen Paris1 3) et Pierre Lombrail (Santé Publique).

    Se souvenir qu'un podium ne propose que 3 places.

    Fort heureusement (?) , les variants vont niveler les discours en imposant un confinement global face à une épidémie (pandémie) dans la Pandémie. Les projections mathématiques pourraient être remplacées par un examen attentif de la situation en Angleterre (confinée), en Irlande (confinée) voir à Manaus pour les moins frileux : Qui doute que le variant bêtement dit "anglais" sera rapidement majoritaire ?

    La vocation (enviable) de l'expertise est de partager des constats et non de suggérer des décisions politiques (moins enviable) ou des anticipations hasardeuses.

    Dr JP Bonnet - PH - 60ans

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