Une campagne de sensibilisation des patients aux risques de dérives sectaires

Le révérend Jim Jones, leader de la secte du temple du peuple, dont des centaines de membres disparurent dans un suicide collectif le 18 novembre 1978.

Paris, le mercredi 5 novembre 2014 – Individus s’auto proclamant « psychothérapeutes » sans disposer d’aucun diplôme et chantres de la méthode dite des « souvenirs induits », groupe présentant différentes « techniques » d’imposition des mains pour venir à bout du cancer, association vantant les mérites d’appareils magnétiques pour chasser les mauvaises douleurs : les dérives sectaires ou pseudo sectaires dans le domaine de la santé sont nombreuses. Il est notamment possible d’invoquer la notion de « secte » quand une tentative d’emprise mentale est mise en œuvre, aboutissant au rejet par le malade des autres méthodes thérapeutiques éprouvées. Bien sûr, comme dans les autres mouvements sectaires, les victimes sont souvent largement dépossédées de leurs argent, tandis que leur vie peut également être en danger lorsqu’atteints de pathologie grave, ils abandonnent tout autre traitement pour s’en remettre à leur gourou.

Un faisceau de phénomènes favorisant la bonne santé des sectes

Depuis plusieurs années, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) et le Centre contre les manipulations mentales (CCMM) principale organisation impliquée dans ce domaine alertent sur une  progression des « officines » sectaires dans le domaine de la santé.

Plusieurs phénomènes expliquent cette progression et d’abord les potentialités offertes par internet. Le web est un formidable champ d’action pour les gourous en tous genres qui peuvent ainsi entrer plus facilement en contact avec un nombre croissant de sujets vulnérables, qui lorsqu’ils sont malades sont nombreux à rechercher sur la toile des éléments d’information. D’autres phénomènes favorisant la diffusion de ces thérapies loufoques et/ou dangereuses ont également été invoqués. Dans un rapport consacré au sujet et publié en avril 2013, le Sénat faisait ainsi allusion au poids des différents scandales sanitaires, qui peuvent avoir pour effet de créer une défiance au sein de la population vis-à-vis de la médecine "classique" et inciter à se diriger vers d’autres approches. Ce même rapport évoquait également l’introduction de certaines de ces méthodes à l’hôpital et dans le milieu universitaire, leur conférant un gage de légitimité particulièrement dangereux. Il donnait ainsi l’exemple de ces associations préconisant la méditation et intégrées dans certains hôpitaux et qui se révélaient liées à quelques mouvances sectaires ou encore signalait le nombre croissant de thèses consacrées à des approches loin d’être reconnues scientifiquement telle la fasciathérapie. Par ailleurs, certains remarquent que la technicisation de la médecine et le manque de temps des praticiens peuvent contribuer à fragiliser la relation médecin/malade pourtant essentielle face à des pathologies graves et une fois encore conduire les patients les plus fragiles à rechercher ailleurs une écoute plus attentive. « Les professionnels de la santé sont débordés et ont effectivement tendance à être trop techniciens et limiter l'écoute au strict minimum. Alors qu'en face, il y a des non-professionnels qui ont beaucoup de temps et peuvent être plus empathiques » admet le docteur Patrick Romestaing, vice-président à l'Ordre des médecins, cité par l’Express. De son côté, le docteur Serge Blisko, président de la Miviludes constate cité par Allo docteurs : « Si les médecins classiques faisaient l’effort de comprendre le besoin qu’ont leurs malades de se tourner vers les thérapies complémentaires et arrêtaient de tourner le sujet en dérision, ils pourraient ouvrir le dialogue et jouer un rôle précieux pour aider leurs patients à discerner les pratiques dangereuses ».

Sensibiliser les patients et les professionnels

Le développement des dérives sectaires dans le domaine de la santé bénéficie également de la large ignorance des patients des risques existants. Aussi, le CCMM, soutenu par la Miviludes et le ministère de la Santé, a lancé le 3 novembre une campagne d’information et de sensibilisation, reposant en grande partie sur la diffusion d’affiches dans les lieux de soins dont le slogan principal insiste : « Danger ! attention aux traitements miracles et aux faux thérapeutes ». Cette opération de sensibilisation s’imposait pour le CCMM alors que 22 % des signalements qu’il reçoit concernent des mouvances intervenant dans le domaine de la santé, tandis que les plus âgés apparaissent les plus exposés à ce phénomène. Le CCMM relève également que le développement des méthodes comportementales (coaching, gestion du stress…) pourrait encore favoriser la prolifération de dérives dangereuses. Selon lui 10 % des formations dans le domaine comportemental sont « sujettes à caution » et peuvent constituer « une porte d’entrée pour les groupes sectaires ».

Parallèlement à cette information du grand public, la sensibilisation des professionnels de santé est également nécessaire. Dans ce cadre, la Miviludes a signé ces derniers mois plusieurs partenariats avec des acteurs majeurs de la santé publique, telle l’Agence régionale de Santé (ARS) d’Ile de France ou encore l’Ecole des hautes études en santé publique.

Aurélie Haroche

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