Une épidémie de gale dans des camps de migrants parisiens inquiète

Paris, le lundi 12 juin 2017 – A Calais, en 2014, le développement d’une épidémie de gale avait déjà constitué un déclic quant à la nécessité de démanteler plusieurs campements de migrants installés dans la ville. A l’époque, certains estimaient qu’un quart des réfugiés s’entassant dans des camps de fortune souffrait de la gale. L’Institut national de veille sanitaire (InVS) avait pour sa part jugé que 20 % des personnes vivant dans la "jungle" entre 2015 et mi-2016 en étaient atteintes.

Gale et autres dermatoses

Aujourd’hui, la situation se répète dans le nord de Paris où en dépit des évacuations les camps de migrants essaiment. Emmaüs Solidarité qui gère le centre de premier accueil de la porte de la Chapelle a ainsi recensé 157 cas de gale depuis le mois de novembre 2016. De son côté, sur 1 300 consultations réalisées depuis la fin décembre par Médecins sans frontières (MSF), 164 ont abouti à un diagnostic de gale. Mais aujourd’hui la fréquence de la maladie progresse. « Cela correspond désormais à un tiers des consultations » indique le généraliste Mondane Berthault, qui travaille au sein de la clinique mobile de MSF, citée par France TV Info. Cependant, les médecins sur place mettent en garde quant au fait que « toute personne qui se gratte n’a pas la gale (…). La plus grande partie des gens que l’on voit avec des irritations cutanées ont en fait des dermatoses infectées » explique le docteur Abdon Goudjo, directeur des équipes santé au sein du Samu social de Paris.

Prise en charge illusoire

Face à cette épidémie, les professionnels de santé se sentent relativement impuissants. Si une douche médicalisée a été installée et si des vêtements et des draps propres sont distribués aux patients, les conditions de vie des migrants dans la rue amoindrissent l’efficacité de ces mesures. De même, le suivi du traitement est complexe face à une population mobile. Le manque d’hygiène et la promiscuité aggravent en outre encore la propagation de l’épidémie. Par ailleurs, les équipes médicales des ONG sont débordées. « Soigner une gale dans la rue est illusoire (…). La seule chose qu’on peut faire, c’est leur donner la double dose de médicaments et leur expliquer de les reprendre à huit jours d’intervalle » explique Abdon Goudjo.

Responsabilité de l’Etat

Au-delà de la réponse à l’épidémie, pour les ONG présentes sur place, cette dernière est le symbole de conditions d’hygiènes fortement dégradées et préoccupantes. A l’approche de l’été qui pourrait non seulement faire progresser le nombre d’arrivants mais également accroître encore l’insalubrité, elles appellent l’Etat à prendre ses responsabilités.

« Je suis assez inquiète par la situation » confie Corinne Torre coordinatrice à MSF France.

Aurélie Haroche

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