Une grosse (com)mission pour la science

Paris, le lundi 19 septembre 2022 – L’Inserm, l’Inrae et l’AP-HP ont appelé les Français à faire un don d’un genre particulier afin de faire avancer la science.

Régulièrement, l’Etablissement français du sang (EFS) appelle les Français à donner leur sang en urgence en raison d’une situation de pénurie relative. Plus rarement, les CECOS lancent des campagnes appelant au don de sperme, pour permettre à des couples de concevoir un enfant. Mais le type de don que l’Inserm, l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et l’AP-HP appellent les Français à réaliser est bien plus inattendu, puisqu’il s’agit d’un don…de selle.

Percer les mystères du microbiote

Cet appel national à la grosse commission a été lancé ce jeudi dans le cadre du projet « Le French Gut » (en anglais dans le texte !). L’objectif est de faire avancer les connaissances sur le microbiote intestinal (anciennement appelé flore intestinale). On sait que cet ensemble de microorganismes (bactéries, virus, champignons…) qui tapisse nos intestins (jusqu’à un kilo par personne !) influence notre organisme (système immunitaire, métabolisme, développement du cerveau…) et qu’une dysbiose, c’est-à-dire un déséquilibre du microbiote, peut favoriser le développement de diverses maladies (diabète, obésité, maladie de Crohn…). Pour évoquer l’importance du microbiote pour notre organisme, certains parlent même de « deuxième cerveau ».

Mais le fonctionnement et le rôle du microbiote restent largement méconnus, d’où l’importance de ce projet de recherche. L’objectif est de récolter 100 000 échantillons de selles d’ici 2027, avec un premier objectif fixé à 3 000 pour la fin de l’année. Avec ces excréments, les chercheurs du projet « Le French Gut » espèrent pouvoir établir une « cartographie du microbiote intestinal français », les experts s’accordant à dire que chaque individu possède un microbiote distinct.

Les Français sont-ils prêts à faire don de leurs personnes ?

L’autre objectif est de « modéliser et prévoir les changements du microbiote intestinal associées aux maladies chroniques ». A terme, les chercheurs espèrent que leurs travaux permettront « d’ouvrir la voie à des diagnostics et des thérapies innovantes » et de développer des programmes de « nutrition préventive personnalisée ». Si les Français répondent à cet appel au don, les scientifiques pensent pouvoir obtenir des premières données d’ici deux ans.

Les personnes qui souhaitent faire don de leurs fèces à la science peuvent d’ores et déjà s’inscrire sur Internet. Ils recevront ensuite une boite en carton dans laquelle ils pourront faire leur don et n’auront plus qu’à renvoyer le paquet aux chercheurs de l’Inserm, l’intestin vide mais le cœur serein. Malgré le caractère quelque peu incongru de ce don, Joel Doré, directeur scientifique du projet « Le French Gut » ne doute pas que l’appel sera entendu par les Français. « Nous pensons que la France est un pays où les citoyens sont intéressés de contribuer au progrès scientifique. Ainsi, malgré le tabou qui peut entourer la collecte de selles, nous avons bon espoir d’atteindre les 100 000 volontaires d’ici quelques années ».

On ne peut désormais souhaiter qu’une chose aux scientifiques participant à cette étude : qu’ils soient bientôt dans la merde jusqu’au cou.

Quentin Haroche

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Vos réactions (1)

  • La difficulté récurrente

    Le 19 septembre 2022

    Il s'agit d'un projet de toute première importance pour progresser dans ce domaine plein de promesses.
    Comme dans toute étude épidémiologique, bien entendu, le problème sera de collecter des données fiables sur les donneurs, aussi complètes et précises que possible, ce qui reste bien difficile à obtenir.

    Dr Pierre Rimbaud

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