Vaccin Covid-19 : alors que des résultats sont dévoilés, la France doit préparer une campagne inédite

Paris, le mardi 17 novembre 2020 – Après la semaine dernière l’annonce très remarquée des résultats préliminaires (mais non encore consolidés et examinés par un Comité indépendant) du candidat vaccin contre la Covid-19 des laboratoires Pfizer et Biontech, la firme américaine Moderna a présenté à son tour hier les premières données de son essai de phase 3. Baptisé ARNm-1272, le candidat vaccin de Moderna est également, comme son nom l’indique, un vaccin reposant sur l’utilisation de l’ARNm.

Eviter les formes graves

Après des essais de phase 1 et 2 concluants, une troisième phase a été récemment lancée incluant 30 000 participants volontaires (dont 42 % sont des sujets à risque). Les premières données analysées ont permis d’identifier 95 cas de Covid-19 ; dont 90 font partie du groupe placebo. Les cas les plus sévères apparus pendant les essais se sont tous manifestés dans le groupe n'ayant pas été vaccinés. « Cela montre que notre vaccin permet, la plupart du temps, de ne pas être malade du tout, et que les quelques personnes vaccinées qui tomberont malgré tout malade n'auront pas de maladie grave » analyse dans Le Monde, Stéphane Bancel, PDG de Moderna. Si des analyses plus approfondies sont, comme concernant le vaccin Pfizer/Biontech, indispensables, cette information ne peut que renforcer l’espoir de voir les autorités sanitaires nationales et internationales délivrer leurs premières autorisations (en urgence) avant la fin de l’année à un ou plusieurs candidats vaccins. L’enthousiasme est d’autant plus marqué qu’à la différence du vaccin Pfizer/Biontech, le produit de Moderna, ne nécessite pas une conservation à -80°C, mais à -20°C (ce qui peut entre autres s’expliquer par un choix d’adjuvant différent).

De nombreux vaccins dans les pipelines

Outre les deux candidats vaccins américains, les chercheurs Russes ont également récemment mis en avant des résultats très proches concernant l’efficacité de leur propre candidat, qui pour sa part a recours à un adénovirus modifié. Les données présentées par le Fonds souverain russe (RDIF) et l'Institut de recherche Gamaleïa se basent sur 20 cas de Covid-19 survenus parmi les 40 000 volontaires participant à la phase 3, dont 92 % appartenaient au groupe placebo. Là encore, et d’autant que les effectifs sont plus restreints, les données doivent être consolidées. Dans un second temps devraient être présentés les résultats du vaccin du laboratoire Astrazeneca associé à l’université d’Oxford (adénovirus modifié), ainsi que ceux des deux candidats vaccins auxquels s’est associé Sanofi. Le premier repose sur l’utilisation de l’ARNm et le second sur une protéine recombinante, mais pour tous deux la phase 3 n’est pas encore engagée.

Des vaccins successifs

On le sait, des millions de doses de plusieurs de ces candidats ont déjà été précommandés par les états. Pour la France, par le biais de l’Europe, sept fournisseurs ont été ciblés et 90 millions de doses ont été pré-réservées pour le premier semestre 2021, selon des informations présentées hier par les Echos. Ainsi, pour pouvoir vacciner 45 millions de Français (dont 35 millions dès 2021, toujours selon Les Echos), il faudrait que tous les vaccins visés par les pré-commandes soient bien validés par les autorités sanitaires (si l’on se base sur deux injections). Cela suppose en outre que la campagne vaccinale s’appuie successivement sur des vaccins potentiellement très différents (et avec des conditions de conservation distinctes), en fonction de leur arrivée sur le marché. Outre les impacts logistiques, une telle diversification aura inévitablement des conséquences en termes de traçabilité des éventuels effets secondaires. Par ailleurs, les statuts réglementaires hétérogènes en fonction du niveau d’agrément des autorités sanitaires, pourraient également engendrer aussi des complexités juridiques.

Éviter le fiasco d’H1N1

Ces questions font partie des multiples difficultés d’une campagne vaccinale dont l’ampleur s’annonce inédite. Le pilotage apparaît aujourd’hui se dessiner : la Haute autorité de Santé se prononcera notamment très prochainement sur les publics qui devront être considérés comme prioritaires (le Conseil scientifique a déjà préconisé que les professionnels de santé et les sujets les plus à risque soient d’abord ciblés). Mais la HAS et les autorités sanitaires doivent également se concentrer sur l’organisation de la campagne en évitant les ratés de celle contre la grippe H1N1, où le choix du gouvernement d’écarter les médecins libéraux avait été fortement contesté et avait probablement favorisé la défiance.

En tout état de cause, c’est probablement dès aujourd’hui que des arbitrages essentiels doivent être précisés et le sont déjà dans plusieurs pays : les pharmaciens seront-ils autorisés à vacciner contre la Covid ? Les infirmières pourront-elles se passer de la prescription d’un médecin ? Des centres de vaccination seront-ils mis en place ? Autant de points et de nombreux autres qui nécessitent une préparation très en amont afin d’éviter que des déboires et dysfonctionnements similaires à ceux constatés concernant les masques ou les tests ne se répètent pour les vaccins.

Aurélie Haroche

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