Vaccin méningite : l’Afrique se serre la ceinture

Paris, le vendredi 18 septembre 2015 - Cela dure depuis un siècle : les pays de la « ceinture africaine de la méningite » (bande allant du Sénégal à l’Ethiopie) sont le siège d’épidémies de méningite à méningocoque du groupe A, souvent dévastatrices, survenant lors de la saison sèche et venteuse (Harmattan). Près de 25 000 personnes sont mortes et 10 fois plus sont restées handicapées suite à l’épidémie 1996/1997. Depuis quelques années, du fait de l’introduction du vaccin anti-méningocoque A(MenAfriVac*) dans nombre de ces pays, le phénomène a nettement diminué, mais la prudence reste de mise car ces épidémies sont cycliques. Revers de la médaille, les proportions de Neisseria responsables d’infections invasives se sont modifiées au profit notamment de la soucheW135,comme on l’a vu au Burkina Faso lors de la grosse épidémie de 2002, d’où l’élaboration de vaccins trivalents ou quadrivalents ( A,C,Y,W).

Tous les ans, de décembre à juin, l’OMS surveille donc les cas de méningite déclarés par les pays de la ceinture (cas isolés, seuil d’alerte, seuil épidémique) et fait le point en fin de saison. Cette année, 13 pays ont notifié 21 202 cas suspects pour cette saison 2015, avec une mortalité de 7,5% ; c’est plus que l’an dernier (14 317) même si les cas mortels avaient pesé plus lourd  en 2014 (9,1%). Le seuil d’alerte a été atteint dans des districts du Bénin, du Cameroun et de la RCA. L’incidence a été de 4737 cas en RDC (dont une grande partie n’est pas dans la zone surveillée). Enfin, trois pays ont présenté des foyers épidémiques : le Ghana, le Niger, le Nigéria, ces derniers totalisant plus de la moitié des cas notifiés.

Epidémie sans précédent

Pour la première fois cette année, le méningocoque C  (source de préoccupation dans les pays riches comme la France, mais pas sur ce continent) a été la cause d’une épidémie notoire au Niger (573 décès) et au Nigéria. Surveillance renforcée, prise en charge des cas et surtout vaccination de masse ont permis d’endiguer le phénomène. Au Niger, plus de 1,2 millions de doses de vaccins ont été fournis par le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccin antiméningococcique et 200 000 doses par le Mali, le tout dans un contexte de pénurie de vaccin  contre la méningite, que nous avons vécue en France. L’OMS et les intervenants de terrain sont alarmés par les risques de pénurie car on peut craindre une nouvelle flambée de méningites C la saison prochaine, sans en prévoir l’ampleur.

Actuellement, la fièvre est retombée. Mais quels vaccins seront disponibles à la prochaine saison ? Et en quelle quantité ? Le vaccin quadrivalent conjugué, qui contient la valence C, reste peu utilisé en Afrique du fait de son prix. En France, cette vaccination est déjà conseillée aux voyageurs qui vont séjourner au contact de la population durant la période concernée ; mais peu de migrants y consentent, pour raisons financières… Les plus à risque ne sont pas toujours les mieux protégés.

Dr Blandine Esquerre

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