Vaccin : un enjeu politique certain aux Etats-Unis, une nouvelle fracture sociale dans le monde

Washington, le jeudi 17 septembre 2020 – Depuis plusieurs semaines, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a clairement fait du lancement d’une campagne de vaccination contre la Covid-19 avant ou juste après l’élection de novembre un argument électoral. Il a encore franchi une étape hier en affirmant : « Nous sommes prêts. Nos militaires et les autres responsables sont prêts à agir. Nous pensons que (la distribution d'un vaccin) pourrait même commencer dès octobre. Sans doute novembre ou décembre au plus tard ». Pourtant, quelques heures plus tôt, le patron des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), Robert Redfield, entendu par le Congrès se montrait bien moins confiant et considérait qu’il était difficile d’envisager qu’une majorité d’Américains puisse être immunisé avant le deuxième ou le troisième trimestre de 2021 (à condition en outre qu’un vaccin puisse satisfaire très rapidement l’ensemble des critères d’évaluation habituels). Interrogé sur la discordance entre ses propos et la position du responsable des CDC, le président des Etats-Unis a tancé : « Je pense qu'il a fait une erreur quand il a dit ça. C'est une information incorrecte ».

Des appels multiples à la prudence ignorés

Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, qu’est publiquement exposée, depuis le début de l’épidémie, une rupture très nette entre Donald Trump et les agences fédérales sanitaires américaines. Le Président des Etats-Unis a en effet fait fi de la plupart des mises en garde et des réserves émises par les CDC ou la Food and Drug Administration, ces dernières semaines, tandis que les spécialistes de la politique américaine qualifient de « sans précédent » les pressions exercées par l’exécutif sur ces institutions. Donald Trump n’a pas plus entendu l’appel lancé la semaine dernière par neuf représentants de laboratoires pharmaceutiques appelant à éviter les surenchères politiques et promettant qu’ils ne demanderont une autorisation de mise sur le marché « qu’après avoir démontré la sûreté et l’efficacité du vaccin dans le cadre d’un essai clinique de phase 3 conçu et mené dans le but de remplir les conditions fixées par les autorités réglementaires telles que la FDA ».

Ordre de priorisation

Dans la continuité de cet appel, les fabricants de vaccin ont à leur tour mis en garde contre des annonces qui tableraient sur une production pléthorique très rapide. « Il faudra quatre à cinq ans avant que tout le monde reçoive le vaccin sur cette planète », évalue par exemple le directeur général du Serum Institute of India (le plus grand fabricant mondial de vaccins), Adar Poonawalla, interrogé par le Financial Times. Bien sûr, certains pays pourraient être tentés de recourir à leur propre moyen de production, en sollicitant l’armée comme le suggère Donald Trump.

Néanmoins, la communication du patron de Serum Institute of India suggère une nouvelle fois la possible nécessité de prioriser les vaccins en ciblant d’abord les populations les plus à risque. Pourtant, c’est la logique financière qui pour l’heure semble primer. En effet, plus de la moitié des doses préréservées l’ont été aujourd’hui par les pays riches, qui ne représentent pourtant que 13 % de la population mondiale, comme le souligne l’ONG Oxfam. La promesse du vaccin comme bien universel un temps proférée semble avoir, sans surprise, vécu.

Aurélie Haroche

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