Vaccination : les tensions entre les maires et le gouvernement s’accentuent sur fond de pénurie

Paris, le mardi 19 janvier 2021 – « Organisation 5 étoiles de la mairie de Clamart. Dimensionné pour 5000 vaccinations par semaine mais seulement 170 doses ». Le tweet du docteur Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF), qui s’est sans surprise porté volontaire pour vacciner hier, à l’heure de l’ouverture des centres de vaccination contre la Covid pour les plus de 75 ans aurait pu être répété dans la plupart des villes de France.

Annulation d’inscriptions

Partout ou presque, le même scénario. Des professionnels de santé mobilisés, des centres parfaitement prêts, des candidats à la vaccination très nombreux, mais des doses vaccinales insuffisantes pour répondre à toutes les demandes, même pour les patients dûment inscrits. Ainsi, à Clamart, ce sont 250 rendez-vous qui ont dû être annulés. « Le 14 janvier, l'ARS nous a informés que nous n'aurions plus 300 doses quotidiennes, mais 200. C'est très problématique, nous avions proposé des créneaux en fonction. Et nous avons près de 10 000 personnes pré-inscrites », commente ainsi en écho, la mairie de Cannes. La scène se répète encore à Saint-Mandé, où la mairie avait programmé 200 vaccinations par jour, mais qui a finalement dû revoir ses ambitions très à la baisse, avec seulement 60 vaccinations quotidiennes, tandis que la municipalité déplore devoir « annuler certains rendez-vous ».

Pratiquement plus aucun créneau de rendez-vous

Le report de ces inscriptions représentera certainement un véritable casse-tête, d’autant plus qu’il faut composer avec l’obligation de proposer une date pour la seconde dose. Ces déprogrammations devraient prolonger le blocage de l’ouverture de nouveaux créneaux, alors que depuis hier, dans un très grand nombre de départements, tous ceux qui s’étaient échinés en vain ce week-end sur internet ou au téléphone à essayer de prendre rendez-vous ont finalement vu s’afficher le même message : plus aucune nouvelle date n’est disponible jusqu’à nouvel ordre. Après les Alpes-Maritimes qui ont été les premières à signaler ce coup d’arrêt, l’épidémie a peu à peu gagné tout le territoire. Olivier Véran, ministre de la Santé, confirme ce matin sur France Inter : « Aujourd'hui, nous passons la barre des 2 millions de rendez-vous donnés. (...) Il reste 140 000 créneaux de vaccinations sur toute la France, ce qui est peu » a-t-il admis avant de promettre que 500 000 créneaux supplémentaires seraient bientôt libérés.

Nouvelle fronde des maires

Alors que le ton monte entre les maires et le gouvernement face à cette situation, le ministre ne cesse de répéter, qu’elle est uniquement liée au nombre restreint de doses dont dispose la France. « Il n'y a pas de stock caché » a aussi affirmé haut et fort le Premier ministre hier soir, après une multiplication dans la journée des accusations de manque de transparence de l’équipe de Jean Castex. « Je demande au gouvernement de parler clairement à nos citoyens pour que nous n'ayons pas à gérer de conflits. Nos agents sont au front et volontaires, mais ils voient arriver un mécontentement majeur des citoyens. Je demande à l’État de dire clairement la situation dans laquelle il se trouve. On ne voudrait pas revivre l'affaire des masques », a ainsi exhorté le maire de Besançon, Anne Vignot sur France Bleu. « En fait, on a l'impression de revivre l'épisode des masques », renchérit Emmanuel Franco, président de l'association des maires de la Sarthe. « S’il n’y a pas assez de vaccins, qu’on le dise aux Français ! », a plus directement interpellé Martine Aubry, maire de Lille.

Transparence sur le nombre de doses disponibles centre par centre avant la fin de la semaine

Ainsi pressé, le ministre de la Santé a promis ce matin que le site santé.fr (dont les Français de plus de 75 ans et leurs proches savent qu’il a connu quelques dysfonctionnements ce week-end) permettrait très prochainement d’avoir une visibilité sur le nombre de doses disponibles centre par centre. « Il y a des élus qui, de bonne foi, nous disent qu'ils ont besoin d'avoir des réponses. Nous allons leur donner, et nous n'allons pas la donner qu'aux seuls élus, nous allons la donner aux Français: le président de la République m'a demandé de publier en toute transparence le nombre précis de doses dont chaque centre de vaccination dispose chaque semaine » a ainsi détaillé le ministre de la Santé. Les informations devraient ainsi être précisées avant la fin de la semaine.

Où sont les 1,2 million de doses ?

Mais l’impatience sera difficile à apaiser. « À chaque fois que des doses arrivent, on les met immédiatement à disposition, on ouvre des créneaux de rendez-vous pour les Français. Nous sommes en flux tendu, c'est notre stratégie, c'est la stratégie de tous les pays qui vaccinent », a par exemple assuré le ministre de la Santé. Or, la France a déjà reçu 1,6 millions de doses, comme l’a confirmé Jean Castex dans la soirée, dont 479 873 ont été utilisées. « Cela veut dire qu'il en reste 1,2 million dans les frigos » calcule (facilement) Jean-Didier Berger, maire de Clamart, qui ironise : « Pas vraiment le "flux tendu" affirmé par le gouvernement ». Cependant, peut-être faut-il considérer (et même faut-il espérer) que le gouvernement a sécurisé l’administration de la deuxième dose aux personnes qui en ont déjà reçu une première. Plusieurs ARS confirment d’ailleurs que si tout nouveau rendez-vous est impossible et si des annulations ont dû être faites, les personnes ayant déjà reçu une première injection recevront bien une seconde dose. Concernant la date d’administration de cette dernière, le flou réside cependant, avec des indications différentes en fonction des localités, de l’heure du questionnement ou encore des plateformes de rendez-vous utilisées lors de l’inscription. Il semble que même si le gouvernement a indiqué qu’un espacement jusqu’à six semaines pouvait être envisagé, conforté par un avis de l’Agence nationale de sécurité du médicament, dans un grand nombre de cas on applique un délai autour de 26/28 jours (soit un peu plus que les 21 préconisés par le protocole de Pfizer/BioNTech, mais moins que les six semaines « permises » par l’avis de l’ANSM). Quel que soit le délai appliqué, outre la sécurisation de la seconde dose dont il faut tenir compte pour évaluer le nombre de vaccins disponibles (le nombre de doses restant devant être divisé par deux), il est également nécessaire de rappeler que le gouvernement souhaite qu’une partie importante des doses soit orientée vers les EHPAD. Enfin, un taux de perte (qui avait été estimé à 30 % dans les premiers jours mais dont on espère là encore qu’il est désormais bien plus réduit) n’est pas à écarter totalement.

Gare aux impressions trop rapides 

Ce premier jour a ainsi vu s’exacerber les conflits latents depuis le début de l’épidémie entre le pouvoir central et les territoires. Certains cependant nuancent les messages de colère et proposent un bilan de la situation moins dramatique. « Nous savons précisément combien de doses nous avons et combien de doses nous aurons » assure ainsi le patron de l’ARS d’Ile de France, Aurélien Rousseau cité par LCI qui indique encore que seuls huit centres sur 109 ont connu une situation de « surbooking ». Certains font par ailleurs valoir que c’est le prix à payer pour avoir souhaité une intense accélération et remarquent que les autres pays européens ne sont pas épargnés par des difficultés similaires.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article