Vaccinations obligatoires : débriefing imposé !

Paris, le vendredi 23 juin 2017 – L’annonce la semaine dernière de la volonté du ministre de la Santé de rendre onze vaccins obligatoires chez les jeunes enfants n’a pu que relancer les discussions sans fin sur la pertinence d’une telle mesure. Beaucoup, même chez ceux qui sont pourtant convaincus de l’efficacité et du bénéfice des vaccins, doutent en effet que cette mesure représente la solution idéale face à l’érosion de la confiance dont pâtissent les vaccins.

Dominique Dupagne sur le site A toute.org se désole de constater que l’homéopathie obtienne un niveau de confiance « supérieur à celui des vaccins, ce qui est tout de même ahurissant pour l’un des plus grands progrès sanitaires de tous les temps (avec le traitement des eaux et les antibiotiques) ». Face à cette situation, il comprend que s’impose l’idée d’une obligation vaccinale, un réflexe logique et humain. « Je peux comprendre que cette mesure radicale soit la première qui vienne à l’esprit. Elle a d’ailleurs séduit la majorité des sociétés savantes ». Cependant, le praticien considère qu’elle sera tout à fait contre-productive. Elle risque en effet selon lui de renforcer au sein de la population l’idée d’une volonté de contrôle par l’état, le sentiment d’un refus total de la critique, refus total qui dans l’esprit de beaucoup est la marque d’intérêts délétères sous jacents. Dominique Dupagne semble principalement considérer que la position adoptée par les partisans de la vaccination est majoritairement sous tendue par la volonté de bien faire, de protéger la population. Il n’empêche que les mensonges proférés au nom de cette bonne cause ne peuvent qu’attiser la défiance. « Cette défiance s’appuie sur deux piliers : la circulation d’une information antivaccinale irrationnelle mais convaincante pour un public non scientifique, et surtout le dogmatisme et les mensonges "pour la bonne cause" de ce qu’il n’est pas exagéré d’appeler "l’Église de Vaccinologie" qui assimile toute critique, même fondée et constructive, à une dangereuse hérésie.Le problème, c’est que les français ont constaté d’eux-mêmes pendant la pandémie grippale 2009/2010 la fuite en avant des autorités sanitaires face au peu de succès de leur vaccin, acheté à grand frais à des industriels proches du pouvoir. Les ligues antivaccinales n’auraient jamais osé rêver d’un tel fiasco pour alimenter leurs thèses complotistes ». Il cite par ailleurs d’autres « mensonges » formulées pour la "bonne cause" qui n’ont jamais été reconnus : le plus souvent des experts amplifient les bénéfices de la vaccination pour renforcer leur discours, une exagération trompeuse qui ne peut qu’alerter les populations.

L’exemple du dépistage du cancer du sein

Alors qu’Agnès Buzyn, ancienne patronne de l’Institut national du cancer, organisateur du dépistage organisé du cancer du sein, porte aujourd’hui ce dossier, la comparaison avec le cas du dépistage s’impose à beaucoup (et par exemple à Jean-Claude Grange sur son blog Docteur du 16). Les défenseurs de ce dépistage soulignent en effet régulièrement que les critiques sur les surdiagnostic et surtraitements ne peuvent être formulées sans risquer d’éloigner les femmes des services de soins. Pourtant, c’est probablement en partie le refus de considérer les limites du dépistage qui a éloigné les femmes et attisé leur défiance. Un mécanisme similaire pourrait s’appliquer aux vaccins (même si certains noteront que les limites de ces derniers sont moins marquées que celles du dépistage systématique et que les critiques formulées sont souvent moins bien fondées).

Mais évoquer le caractère contre-productif d’un discours sans nuance est également pour beaucoup l’occasion de pointer l’existence de conflits d’intérêts. Ce ne serait pas toujours la peur ou la volonté d’arriver à des fins positives (réduire le nombre de cancers, éviter les maladies infectieuses) qui inspireraient des déclarations dithyrambiques mais d’autres avantages. En la matière, il semble que les discours nuancés n’aient par contre plus droit de cité. Ainsi, Agnès Buzyn aura eu le tort de tenter de distiller un message contrasté sur la question en considérant que tout rapport avec l’industrie pharmaceutique ne devait pas être de nature à discréditer un expert. Cette réflexion aura rapidement été transformée pour devenir sous la plume du blogueur Jean-Claude Grange : « Pardonnons lui de ne pas être une spécialiste en vaccinologie et qu’elle soit influencée par des experts qui, selon elle, ne peuvent être bons que s’ils sont payés par l’industrie pharmaceutique ». La pensée d’Agnès Buzyn a été ici probablement schématisée.

Et en même temps…

Conflits d’intérêt ou pas, position différente concernant la nécessité de prendre le risque ou pas de faire entrer la nuance dans les discours sanitaires, l’obligation vaccinale est au-delà sous tendue par des considérations politiques et philosophiques. Dominique Dupagne l’observe quand il relève : « Décodons le signal adressé par le Comité, puis par Agnès Buzyn, sans la "sauce" destinée à faire passer la pilule : "Chers concitoyens, vous pensez de travers. Vous gobez n’importe quoi. Nous ne croyons pas à la possibilité de vous faire changer d’avis en répondant sincèrement à vos questions. Nous ne croyons pas à votre capacité à faire de bons choix en matière vaccinale pour vous ou pour vos enfants. Nous avons donc décidé de penser à votre place et de vous imposer ce qui nous semble le meilleur pour vous, car nous, experts, le savons mieux que vous." Je voudrais que vous réalisiez que ce discours, si vous remplacez "vaccinal" par "politique" est au mot près celui des régimes totalitaires qui ont historiquement toujours justifié la suspension de la démocratie par l’incapacité des citoyens à "bien voter". La promesse initiale d’une restauration rapide de la démocratie a toujours été vaine, et les résultats politiques sont ceux que l’on a pu observer au Chili, en Argentine ou en URSS ».

De son côté, sans répondre de manière aussi tranchée, Jean-Yves Nau s’interroge avec justesse dans un des nombreux posts qu’il a consacrés à la question ces dernières semaines : « Peut-on imposer l’altruisme ? C’est une question philosophique et, en même temps, politique. Une question pour le président Macron ».

Pour y répondre, la lecture des différents blogs de médecins n’est pas inutile : 
Dominique Dupagne : http://www.atoute.org/n/article356.html
Jean-Claude Grange : http://docteurdu16.blogspot.fr/2017/06/madame-agnes-buzyn-deux-poids-deux.html
Et Jean-Yves Nau : https://jeanyvesnau.com/2017/06/20/le-mandarin-et-laffaire-des-onze-vaccins-faute-de-convaincre-faut-il-contraindre/

Léa Crébat

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Vos réactions (6)

  • L'exemple de l'Allemagne

    Le 24 juin 2017

    En Allemagne, il n'existe pas d'obligation vaccinale et, que je sache, l'état sanitaire de ce pays est aussi bon que le nôtre...

    Dr Jean-Michel Delaroche

  • Exact

    Le 24 juin 2017

    L'état sanitaire de l'Allemagne sans obligation vaccinale et j'ajouterai avec de nombreux heilpratiker qui utilisent l'homéopathie, est très satisfaisant. Des comparaisons de différents indicateurs de santé pourraient être utiles à la discussion. L'Allemagne est organisée et rationnelle et n'importe qui, ne fait pas n importe quoi. Patients éclairés et acteurs de santé bien formés sont les clés d'une collaboration judicieuse et gagnante.

    Dr JM Bignon

  • Comparer ce qui est comparable

    Le 25 juin 2017

    Il n'y a pas d'obligation vaccinale en Allemagne dites vous. Je n'en sais rien, je vous crois. Mais combien d'enfants sont ils vaccinés, contre combien de maladies, et quelles sont leurs statistiques sur la rougeole, la méningite etc...Tout ceci manque singulièrement à votre courte remarque plus passionnée que raisonnée.

    Véronique Raphel

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