Variole du singe : entre prudence et non-dits

Paris, le mercredi 15 juin 2022 – Selon les derniers bilans officiels, on compte 125 cas de variole du singe en France et 1 423 dans le monde. La quasi-totalité des cas concernerait des hommes homosexuels.

La variole du singe, cette zoonose méconnue originaire d’Afrique, continue à se répandre dans le monde à un rythme modéré. En France, où le premier cas a été détecté le 19 mai dernier, on compte désormais 125 cas confirmés en laboratoire, dont 91 en Ile-de-France, selon le dernier bilan de Santé Publique France publié ce mardi. Toutes les personnes contaminées sont des hommes, avec un âge médian de 35 ans. Une quarantaine d’entre eux ont séjourné à l’étranger récemment, mais aucun dans un pays africain où la maladie est habituellement endémique. Une seule personne a dû être brièvement hospitalisée.

L’UE commande plus de 100 000 doses de vaccin

Dans le monde, le dernier bilan de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en date du 10 juin, fait état de 1 423 cas confirmés hors des zones endémiques d’Afrique (aucun décès déploré). Les pays les plus touchés sont le Royaume-Uni (366 cas), l’Espagne (259 cas) et le Portugal (209 cas). Par ailleurs, on recense plus de 1 500 cas suspects en Afrique depuis le début de l’année ayant conduit à la mort de 72 personnes. Malgré ce nombre de cas limité et une gravité relativement faible, le directeur de l’OMS Tedros Ghebreyesus estime que cette épidémie est « clairement inattendue et inquiétante ». Le 23 juin prochain, le comité d’urgence de l’instance onusienne se réunira pour déterminer si la variole du singe doit être qualifiée d’ « urgence de santé publique de portée internationale », soit le seuil d’alerte le plus élevé prévu par l’OMS. Actuellement, seules deux maladies font l’objet d’une telle procédure : la poliomyélite et bien sur la Covid-19.

La plupart des pays du monde (dont la France) recommandent désormais de vacciner les cas contacts et les professionnels de santé prenant en charge les malades. « A ce stade, l’OMS ne recommande pas la vaccination de masse, la décision d’utiliser un vaccin doit être basée sur une évaluation du rapport bénéfice/risque dans chaque cas » précise l’instance de l’ONU. Les pays occidentaux ont jeté leur dévolu sur l’Imvanex, un vaccin antivariolique de 3ème génération qui permettrait à la fois de prévenir la maladie et de rendre son évolution moins grave et qui a l’avantage de présenter des effets secondaires moindres que les vaccins antivarioliques classiques utilisés jusque dans les années 1970. Ce mardi, la Commission Européenne a annoncé avoir signé un contrat (dont les conditions financières n’ont pas été précisées) avec la firme danoise Bavarian Nordic, productrice de l’Imvanex, portant sur plus de 100 000 doses. Si les premières livraisons à destination des pays européens débuteront fin juin, on sait que plusieurs dizaines de personnes ont déjà été vaccinées en France.

Petit à petit, le mystère autour de cette maladie longtemps ignorée des spécialistes commence à se lever. Les symptômes sont ainsi connus avec plus de précision : selon Santé Publique France, 77 % des cas français présentent une éruption génito-anale, 68 % de la fièvre, 62 % des adénopathies, 14 % une odynophagie. Les premières victimes de la maladie commencent à témoigner. « Comme un sentiment de brûlure interne, j’ai des spasmes dans les muscles et des sueurs nocturnes » explique dans Le Parisien l’un des 50 premiers malades français, qui décrit également des douleurs articulaires et une forte fatigue. « Je sais que la maladie est transitoire, je m’accroche à cette idée » explique-t-il, alors qu’il s’est placé en isolement jusqu’à la disparition des symptômes.

99 % d’homosexuels parmi les cas britanniques

Le mystère de la transmission de la maladie demeure en revanche. Depuis le début de l’épidémie, on observe que le virus touche quasi exclusivement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Si Santé Publique France évoque pudiquement une « majorité de HSH rapportant des partenaires sexuels multiples », son équivalent britannique, le UKHSA, se montre plus direct : 99 % des cas confirmés sont des hommes homosexuels, dont 44 % déclarent avoir pratiqué la sexualité de groupe ou s’être rendus dans un lieu de rencontre homosexuelle durant l’incubation de la maladie (entre 5 et 21 jours avant les symptômes).

Ces éléments nourrissent l’hypothèse que la variole du singe serait une maladie sexuellement transmissible, hypothèse qui n’est cependant toujours pas confirmée par les experts. « Il est probablement trop tôt pour tirer des conclusions sur le mode de transmission ou supposer que l’activité sexuelle est nécessaire à la transmission » estime Michael Skinner, virologue à l’Imperial College de Londres. Pour le moment, les spécialistes continuent de considérer que la transmission se fait par contact rapproché via les lésions cutanées ou les gouttelettes respiratoires et que les rapports sexuels ne font que permettre ce type de contact, quelle que soit l’orientation sexuelle.

Santé Publique France a tout de même décidé d’orienter sa communication autour du virus vers la communauté LGBT. Des messages de prévention décrivant les modes de transmission connues et les symptômes de la maladie sont désormais diffusés sur les applications de rencontre pour HSH, dans les lieux de rencontre homosexuelle et sur le site de santé sexuelle Sexosafe destiné à la communauté gay.

Nicolas Barbet

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Vos réactions (1)

  • Le poids des mots et des photos

    Le 16 juin 2022

    L’OMS propose de changer le nom de la "variole du singe" ("Monkeypox"). On entend que cet intitulé puisse être anxiogène, à fortiori en climat Covid.

    C’est le caractère « discriminant et stigmatisant » pour les africains et les animaux qui est mis en avant*, bien à la remorque du climat idéologique réputé inclusif et éveillé qui avait fait discuter des intitulés géographiques des souches et variants SARS-CoV-2:

    *11/6/2022 : Ch Happi et coll . Urgent need for a non-discriminatory and non-stigmatizing nomenclature for monkeypox virus https://virological.org/t/urgent-need-for-a-non-discriminatory-and-non-stigmatizing-nomenclature-for-monkeypox-virus/853

    La recrudescence en RDC et sa corrélation avec l’arrêt des campagnes vaccinales avait été soulignée dès 2010*, dans l’indifférence générale. L’âge < 15ans et l’absence de vaccination antivariolique antérieure étaient deux facteurs de risque patents:

    *Rimoin AW et coll. Major increase in human monkeypox incidence 30 years after smallpox vaccination campaigns cease in the Democratic Republic of Congo. Proc Natl Acad Sci U S A. 2010 Sep 14;107(37):16262-7

    Pas la même maladie et donc pas le même intitulé ?
    • La primauté actuelle des localisations génitales et péri-anales de la poussée unique de pustules différe des observations historiques africaines : A ce titre, les iconographies réputées pédagogiques sur peau noire ne sont probablement pas si pédagogiques en occident.
    • Dire factuellement que 99% des observations UK sont issues de pratiques homosexuelles (masculines) pourra à nouveau être considéré comme « stigmatisant » vis-à-vis de la communauté LGBT alors que ce point est capital pour information et prévention.
    L’inclusion de ce paramêtre pourtant utile dans les publications sera probablement sujet à Débats, au même titre que les « statistiques ethniques » en France.
    Ainsi une clinique et une épidémiologie différente* pose le problème de l’analyse des mutations d’un virus ADN au long génome :

    *Bunge EM et coll. The changing epidemiology of human monkeypox-A potential threat? A systematic review. PLoS Negl Trop Dis. 2022 Feb 11;16(2):e0010141

    Restera à trouver un nouvel intitulé moins discriminant, moins anxiogène mais aussi compréhensible : La liste est déjà longue.

    La publication des 7 cas "historique" (2018 - 2021) anglais* est instructive : Pas de décés - Pas de Vaccinés - 3/7 autochtones
    • Le técovirimat avait été utilisé avec bénéfice pour traiter le dernier (2021)
    • Aérosolisation : La charge virale respiratoire active restait présente au delà des 3 semaines et de la disparition des lésions cutanées. Le técovirimat (1cas ...) la diminue:

    *Adler H et coll. Clinical features and management of human monkeypox: a retrospective observational study in the UK. Lancet Infect Dis. 2022 May 24:S1473-3099(22)00228-6


    Parmi les « non-dits » :
    L'actualité sanitaire acutise les recherches pharmacologiques et vaccinales déja entreprises , non publiées, devant l'hypothêque bio-terroriste : On ne part pas de rien , sous réserve que l’on parle du même agent pathogêne.

    Parmi les « trop entendu » sur les réseaux : "l'efficacité curative de la doxycycline»
    Elle n'est pas sans rappeler le Barnum HCQ - AZT
    Le support : une publication israélienne, non lue par ceux qui la cite : Erez N et coll. Diagnosis of Imported Monkeypox, Israel, 2018. Emerg Infect Dis. 2019 May;25(5):980-983
    Les faits : Dans cette publication l'utilisation initiale de la doxycycline s'appuyait sur un diagnostic initial erroné de"rickettsiose" vite corrigé (J3) devant l'aggravation sous traitement.

    Ainsi pas de pharmacopée prophylactique active en post exposition. Cette lacune ouvre le
    champs pour la vaccination en anneaux des cas contacts et professionnels EXPOSES.
    Une pharmacopée curative : Le técovirimat (France : Per os > 13kg)

    Parmi les « incertitudes, faute de données » : L’impact sur la grossesse* (Dr C Vicariot JIM 9/6/2022)
    * Khalil A et coll . Monkeypox and pregnancy: what do obstetricians need to know? Ultrasound Obstet Gynecol. 2022 Jun 2. doi: 10.1002/uog.24968

    Dr JP Bonnet

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