Vers un nouvel empiétement des pharmaciens sur les compétences des infirmières ?

Paris, le mercredi 6 décembre 2017 - Après l’expérimentation de la vaccination antigrippale et la mise en place d’entretiens pharmaceutiques pour le suivi de certaines thérapeutiques (anticoagulants, asthme), les pharmaciens s’intéressent à une nouvelle compétence infirmière.
Le dernier colloque du Comité pour la Valorisation de l’Acte Officinal (CVAO) qui s’est tenu le 27 novembre dernier avait ainsi pour thème principal les « plaies et pansements », s’appuyant sur les nouveaux dispositifs en matière d'accompagnement du patient par le pharmacien, mis en place par l'avenant 11 de la convention signé l'été dernier.

A cette occasion, des intervenants ont pu revendiquer « les plaies et pansements » comme une « voie de spécialisation d’avenir pour le pharmacien, de nature à fidéliser des patients »…et ainsi mettre le feu aux poudres !

Un intérêt purement mercantile ?

Face à cette « nouvelle offensive contre la profession infirmière », comme l’a qualifiée le SNIIL (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux), l’organisation pointent « de simples raisons mercantiles puisque, de l’aveu même du CVAO, l’incidence des ulcérations de la peau, estimée à 2 millions de cas, peut représenter potentiellement pour une officine moyenne un pourcentage entre 6 et 13% de son chiffre d’affaires, et cela sans compter la vente de produits résultant du conseil associé ».

Rappelons que le traitement des plaies et de la cicatrisation fait actuellement l’objet d’un enseignement spécifique dispensé en IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) et d’un diplôme universitaire en faculté de médecine (accessible aux infirmières).

« Un bon suivi de plaies et cicatrisation ne tient pas du seul conseil de vente dans une officine, mais de l’observation clinique et du savoir-faire infirmier : la meilleure preuve en est sans doute apportée par le droit de prescription de dispositifs médicaux (dont les pansements font partie) qu’ont obtenu les infirmières » souligne aussi le SNIIL.

Le CVAO, quant à lui, se défend d’une quelconque "ingérence" : il s'agirait en fait  d'instaurer un contact privilégié avec l'infirmière libérale afin d'optimiser le choix des pansements.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (5)

  • Restez dans vos prestations

    Le 06 décembre 2017

    Il serait temps de permettre aux infirmiers de passer par des prestataires pour la délivrance des dispositifs médicaux, afin d'optimiser le soin.
    Le matériel délivré par les pharmacies est le plus souvent inadapté : trop grand, trop petit , laboratoire privilégié !( ah les cadeaux), trop cher (ôté agrafe chez le pharmacien du coin 20€,à la pharmacie voisine 5€!).

    Attention Mesdames Messieurs les Pharmaciens, les infirmiers commencent à penser à ouvrir des entreprises prestataires de matériel à prix coutant : moins cher pour la sécu!
    Soyez intelligent, restez dans vos prestations, à la rigueur, à coté des crèmes amincissantes, vendez des salades crudités pour les repas de midi ou des bouteilles de Contrex.

    Patrick Biancolli (IDE)

  • Pluridisciplinarité, l'exemple de l'hôpital

    Le 06 décembre 2017

    La coopération interdisciplinaire est certainement un pilier de la qualité des soins au service des patients.
    Je crois qu'à l'hôpital la prise en charge multiprofessionnelle est considérée comme la règle à suivre : l'infirmière, l'aide soignant, le pharmacien et le médecin (sans oublier l'économe !) ont tous leur mot à dire, qui est écouté, et leur compétence à apporter, qui est respectée.

    Ne pourrait-on faire en sorte d'obtenir la même organisation en ville ? Il est sûr qu'il y a beaucoup à faire dans ce domaine. En tous cas mieux que des invectives.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Réponse d'un pharmacien

    Le 06 décembre 2017

    1) Mr l'infirmier : si les ordonnances sont bien rédigées (avec dimensions...) je pense que la majorité des pharmacies délivrent les pansements prescrits. Et selon vous, de quoi vivrons vos prestataires vendant à prix coutant ?
    ...je ne vous répondrai meme pas sur les salades et cie...

    2)Si vacciner contre la grippe certains patients dans les officines peut améliorer la couverture vaccinale, la surveillance des plaies à l'officine -si tant est que les patients concernés s'y rendent eux-meme - me semble inenvisageable (et inutile) à moins de tous passer un DU ? Et quel intéret pour le patient ?

    Marie-Odile Marchal

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