Exclusif : la majorité des professionnels de santé ne conseillerait pas à leurs enfants de choisir leur métier !

Robert Debré, premier représentant d'une dynastie de médecin, père de Claude Debré et grand-père de Bernard Debré, tous deux chirurgiens

Paris, le jeudi 25 septembre 2014 – Il n’est pas rare lorsque la mémoire d’un illustre médecin est saluée d’apprendre qu’il fut lui-même le fils d’un praticien et que ses enfants ont à leur tour épousé une carrière médicale. Au-delà même des familles les plus célèbres, la médecine et la pharmacie se transmettent fréquemment de père en fils (ou de mère en fille). Sensibilisation depuis la plus tendre enfance aux particularités de ces métiers, volonté de s’inscrire dans une lignée, aspiration pour des métiers fortement valorisés socialement et économiquement : les raisons ne manquent pas pour inciter les jeunes générations à ne pas tourner le dos aux professions de leurs aînés. L’adoubement enthousiaste des parents (voire même une légère pression tacite ou explicite) faisait jadis le reste. Aujourd’hui, cet assentiment n’existerait plus et se serait même mué en un certain rejet.

86 % des pharmaciens pas certains de vouloir que leurs enfants reprennent le flambeau

Un sondage réalisé sur notre site du 9 au 21 septembre révèle en effet que seuls 35 % des professionnels de santé conseilleraient à leurs enfants de suivre leur voie ! Ils sont a contrario 61 % qui ne recommanderaient pas à leurs rejetons d’épouser leur propre carrière, tandis que 4 %, estimant peut-être qu’il appartient à la nouvelle génération de faire elle-même ses propres choix (voire ses propres erreurs), ont jugé préférable de ne pas se prononcer. Si ce sentiment, qui dénote certainement un réel désabusement des professionnels de santé pour leur métier, existe dans toutes les disciplines, il est plus marqué chez les pharmaciens qui sont 86 % à affirmer qu’ils ne conseilleraient pas à leurs enfants d’ouvrir une officine ou de s’engager dans une carrière pharmaceutique hospitalière.

Tu  ne seras pas médecin, mon fils

Les médecins apparaissent moins pessimistes, puisqu’ils ne sont « que » 58 % à ne pas recommander la médecine à leur progéniture et 36 % à le faire. Enfin  les infirmières sont de leur côté moins nombreuses que les pharmaciens à se montrer si négatifs, mais elles sont cependant 70 % à préférer ne pas vanter leur profession auprès de leur fils et filles et 29 % à la conseiller, ce qui semble démontrer, lorsque l'on rapproche ce résultat de celui des pharmaciens que le niveau de revenu n'est pas le seul élément déterminant des préférences des parents.

Ces résultats s’inscrivent dans la lignée d’une enquête conduite par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) dont les résultats ont été publiés au début de l’été et qui mettaient en évidence que seul un pharmacien sur cinq était prêt à recommander sans nuance cette profession à ses enfants !

Sondage réalisé sur notre site du 9 au 22 septembre

Faire médecine contre l’avis de ses parents ?

Il semble que cette tendance, ce refus de la « reproduction » professionnelle, soit très récent et/ou qu’il ne se traduise pas dans les faits. Sur les bancs des facultés de médecine et de pharmacie, les « fils » et « filles de » restent en effet encore nombreux. Selon les chiffres du ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, près d’un étudiant sur deux inscrit en première année de médecine ou de pharmacie compte dans sa famille un parent qui a fait les mêmes études : dans 18 % des cas le père ou la mère, pour 6 % un frère ou une sœur et pour 23 % un parent plus éloigné. Ces données du ministère mettaient par ailleurs en évidence comment pour s’engager dans des études aussi longues et difficiles, l’opinion des parents joue un rôle déterminant : dans 40 % des cas les étudiants en médecine et pharmacie indiquent que leurs parents ont eu un impact sur leur choix, contre 30 % dans le cas de l’ensemble des bacheliers scientifiques. Cette influence, désormais négative, des parents aura peut-être dans l’avenir une incidence sur la part des fils de pharmaciens ou médecins décidant à leur tour d’enfiler la blouse si l’on en croit les résultats de notre sondage. Sauf si par « influence » il faut comprendre imprégnation : en dépit de ce que pourraient conseiller des parents désabusés, le fait pour un enfant d’avoir toujours été en contact avec l’univers médical et avec un certain mode de pensée et de vie (dans le cas notamment de ceux dont les parents exercent en milieu libéral) pourraient peut-être peser plus lourd que certains discours.

Quand la colère prend le pas sur la vocation… et sur la raison

Outre les conséquences difficiles à mesurer sur le choix des générations futures de cette insatisfaction très clairement exprimée ici, cette enquête met donc en évidence un désabusement très profond, d’autant plus étonnant qu’il concerne des personnes ayant le plus souvent choisi leur métier, affirmant si l’on en croit les sondages fréquemment conduits l’apprécier pour la plupart et qui bénéficient d’une situation sociale et économique confortables (même si elle n’est pas aussi solide qu’elle a pu l’être auparavant). Sans doute faut-il voir dans ce résultat l’expression d’une profonde lassitude face aux tracasseries administratives qui frappent toutes les professions de santé et qui en ont parfois altéré l’intérêt mais aussi la manifestation d’une inquiétude profonde quant à l’avenir de ces métiers à l’heure où la maîtrise des dépenses de santé et la dérégulation des professions réglementées sont de plus en plus régulièrement évoquées. Cette colère des médecins, des pharmaciens et des infirmiers est telle aujourd’hui qu’ils en viennent à ne pas recommander à leurs enfants des métiers intéressants et valorisants et qui bénéficient de nombreux avantages en cette période d’incertitude et notamment une sécurité de l’emploi largement assurée et des revenus qui restent (en dehors du cas des infirmières), en dépit de toutes les absences de revalorisation et de l’augmentation des charges, supérieurs à la moyenne nationale. Triste époque.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (9)

  • Perte d'héritage

    Le 26 septembre 2014

    Ce résultat n'a rien d'étonnant mais il est navrant. Il est la conséquence d'années de destruction de nos professions, dont ils ont été les témoins, et du manque de reconnaissance morale et pécuniaire de notre engagement. Aujourd'hui l'argent gagné par notre travail est sale, honteux et pillé par le fisc, alors que celui gagné par une médiatisation, d'un jour ou de toute une carrière, fait briller les yeux de la nouvelle génération, qu'importe que l'on soit nul et illettré du moment que l'on "fait de la maille" en passant à la télé...
    La décomposition de notre société découle directement du pourrissement de la classe politique française qui se contente de flatter les aspirations les plus basses de la population pour se faire élire.
    Aujourd'hui un étudiant en médecine préfère devenir Cahuzac ou Aquilino Morelle que médecin de banlieue ou de campagne et une société qui dilapide ainsi son héritage est vouée à disparaitre.

    Hervé Guillon

  • Transmission...

    Le 28 septembre 2014

    On ne sait jamais : psychiatre des hôpitaux, chef de secteur (démissionnaire) j'ai moi-même déconseillé à ma fille d'embrasser la carrière médicale, puis la psychiatrie publique. En vain, la voilà praticien hospitalier en psychiatrie (quoiqu'il se pourrait que ça ne dure pas)
    Alors que penser ?

    Dr JPR

  • Transmission inconsciente

    Le 28 septembre 2014

    La transmission n'est pas toujours où l'on croit. Rien de telle que la transmission inconsciente, celle qui n'est pas imposée par la famille, et choisie du fait de l'identification inconsciente.
    J'ai même déconseillée à ma fille de faire médecine, elle a quand même fait ce choix, et aujourd'hui je suis fier de son choix et content pour elle.
    Au-delà des sempiternelles questions fiscales, certes réelles mais souvent développées avec une mauvaise fois crasse, le métier de médecin reste un beau métier, passionnant, rémunérateur (ce qui est nécessaire quand on se charge de la misère des autres) et profondément humain. Mais attention au transhumanisme.
    Dr Jacques Weiss

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