Le décès d’un petit garçon uniquement soigné par homéopathie enflamme l’Italie

Rome, le lundi 29 mai 2017 – L’émoi est encore vif deux jours après l’annonce du décès d’un petit garçon de sept ans, vivant près d’Ancone. L’enfant souffrait d’une otite, infection qui a progressé et affecté le cerveau, entraînant la formation d’un abcès et provoquant finalement la mort de l’enfant. L’otite de ce dernier s’était déclarée il y a quinze jours et comme à leur habitude, les parents avaient traité l’enfant grâce à de l’homéopathie : depuis son troisième anniversaire il n’avait jamais reçu de médicaments allopathiques. Si les infections précédentes de l’enfant avaient guéris sans antibiotiques, la fièvre avait cette fois persisté. Pourtant, ce n’est que lorsqu’ils ont découvert leur petit garçon inanimé que les parents l’ont conduit aux urgences. Cependant, les dégâts provoqués par l’infection étaient trop importants pour que les médecins puissent intervenir efficacement et l’enfant est mort.

Des médecins à exclure de l’Ordre

L’annonce de son décès a soulevé une forte émotion en Italie. L’homéopathie n’a pas été la seule cible des critiques : l’ensemble des médecines dites alternatives, frôlant parfois avec le charlatanisme a été visé. De nombreux éditorialistes ont multiplié les diatribes contre la crédulité de jeunes parents, sensibles aux sirènes de ceux qui englobent lutte contre les grandes entreprises et retour aux valeurs naturelles dans un même discours séduisant mais trompeur et nullement étayé scientifiquement. Le plus virulent aura été l’écrivain Massimo Gramellini qui dans le Corriere della Sera s’est emporté : « Malheureusement, il reste des gens si faibles et peu sûrs qu’ils n’arrivent pas à vivre sans s’appuyer sur un dogme, qu’il soit religieux, matérialiste, scientifique, antiscientifique, carnivore ou encore vegan » ! Du côté des professionnels de santé, c’est également la consternation qui domine et certains exigent une intervention plus rigoureuse des Ordres médicaux face à la prescription et à la délivrance de médicaments homéopathiques. « Les médecins qui font confiance à l’homéopathie ne devraient pas faire partie de l’Ordre » défend ainsi sans nuance Silvio Garattini, directeur de l’Institut de recherche pharmaceutique Mario Negri.

Réserve en France

En France, où l’engouement pour l’homéopathie ne se dément pas plus qu’en Italie, le débat pourrait également rebondir. On compte en effet un  tiers de Français utilisateurs réguliers de l'homéopathie, tandis qu’un sur deux en consomment ponctuellement. Du côté des autorités, les efforts pour alerter sur les risques liés à l'utilisation de l’homéopathie et en tout état de cause sur son inefficacité sont très timides. Dans nos questions aux candidats à l’élection présidentielle, nous les avions sondés sur leur volonté de dé-rembourser l’homéopathie : nul ne s’était engagé frontalement.

Pourtant, dans certains pays, à la faveur d’accidents, une réglementation plus stricte se met en place. C’est notamment le cas aux Etats-Unis depuis l’automne dernier. La Federal Trade Commission (FTC), l’équivalent américain de la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes en France, a en effet décidé que les produits homéopathiques seraient désormais logés à la même enseigne que les autres médicaments en matière d’information scientifique à apposer obligatoirement sur l’emballage du produit. Dans une notice en date du 15 novembre dernier, la FTC rappelle que « l’homéopathie, dont l’histoire remonte à la fin du XVIIIe siècle, est basée sur l'idée que les symptômes de la maladie peuvent être traités par de minuscules doses de substances qui produisent des symptômes similaires lorsqu'elles sont administrées à des doses plus élevées aux personnes en bonne santé. De nombreux produits homéopathiques sont dilués à un point tel qu'ils ne contiennent plus de niveaux détectables de la substance initiale ».

A quand en France ?

Aurélie Haroche

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Vos réactions (24)

  • Homéopathie coupable ?

    Le 29 mai 2017

    Indépendamment de l'efficacité ou nom de l'homéopathie, il n'est pas fait état de la consultation d'un médecin, même homéopathe, par les parents.
    C'est plutôt de la négligence des parents dont il faut parler, puisque j'ai lu, par ailleurs, que l'enfant avait eu de la fièvre pendant 2 semaines.

    Dr Eric Giblot Ducray

  • Fagon n'aurait pas fait mieux avec Louis XIV

    Le 30 mai 2017

    D'après Aurélie Haroche qui parle d'un abcès cérébral le résultat de l'autopsie est donc connu. S'agissait-il d'une méningite et/ou d'un abcès otogène ou la fiévre de l'enfant était-elle d'emblée d'origine neurologique ?

    L'homéopathie peut être en cause par son côté magique qui séduit nombre de gens déçus par les échecs de l'allopathie, son champ de compétence en général occupe une pathologie disons bénigne sans risque vital ou grave, quand c'est grave l'homéopathe passe la main, mais ce côté magique peut à la longue envahir certains homéopathes qui plébiscités par des patients crédules et confiants deviennent des deus ex machina et oublient que la médecine peut être tragique. Ce médecin italien dont le parcours est étonnant (voir le Quotidien du Médecin) en est en tout cas un exemple paradigmatique, qui ne semble pas avoir dans ce triste cas fait preuve de rigueur, a-t-il examiné l'enfant ? Évalué son état de conscience alors que la fièvre durait depuis des jours ? Il est venu exceptionnellement voir l'enfant chez lui, les parents s'inquiétaient donc malgré leur confiance aveugle, il n'en n'a pas tenu compte, a prescrit quelques gouttes , tenu un discours rassurant, est reparti. La saignée en plus Fagon n'aurait pas fait mieux avec Louis XIV.

    Mais les erreurs de diagnostic ne sont pas l'apanage de l'homéopathie, voyez les rapports de la MACSF pour ne pas la citer, et le cas récent d'un garçon de 11 ans diagnostiqué aux urgences gastro entérite (GEA) renvoyé à son domicile et mort quelques heures plus tard témoigne d'une certaine nonchalance diagnostique, d'une espèce de "diagnostic passe-partout", qui hélas n'est pas exceptionnelle, certes il y avait des vomissements, et surtout des céphalées mais pas de diarrhée, cherchez l'erreur.

    Dr Hervé Isnard
    Neuropédiatre

  • Remboursement !

    Le 30 mai 2017

    Quand on pense que ces poudre de perlimpinpin sont encore remboursées en France !

    François-Xavier Le Foulon

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