Vaut-il mieux confier la direction des hôpitaux à des médecins ?

Boston, le jeudi 5 janvier 2017 – Selon un éditorial paru le 27 décembre dernier dans la Harvard Business Review (1), il serait préférable de confier la direction des hôpitaux à des médecins.

Qui sont les meilleurs entraîneurs de NBA ?

Plusieurs « études »  semblent étayer cette thèse. En premier lieu, le classement des hôpitaux de l’U.S. News & World Report (2) place aux deux premiers rangs la Mayo Clinic de Rochester et la Cleveland Clinic, qui sont toutes deux dirigées par des médecins depuis leur fondation. Il est également à noter que ce palmarès permet de constater que les « scores de qualité hospitalière » sont en moyenne 25 % plus élevés dans les établissements gérés par des professionnels de santé comparativement à ceux dirigés par des administrateurs. Si ces constatations ne suffisaient pas à établir une corrélation, les auteurs rappellent les travaux publiés en 2015 par Tsai et Coll (3) qui concluaient, notamment, à un lien entre l’efficience d’un établissement de santé et l’expérience clinique de son directeur. Ils signalent également d’autres études, plus générales, qui mettent en avant le fait que d'avoir un patron spécialisé dans le cœur de métier d’une entreprise est associé à une meilleure satisfaction au travail et à une faible intention de quitter son emploi. Aux auteurs de l’article de s’interroger alors s’il ne vaut pas mieux confier une équipe de NBA à un ancien basketteur…

Peut-on inventer le pontage aorto-coronarien avec un directeur issu de l’ENSP ?

Ils se sont également penchés sur les raisons qui font des directeurs d’hôpitaux ayant la double casquette manager/médecin de meilleur chef d’établissement. Selon eux cela apporte une crédibilité et une compréhension accrues. Le docteur Toby Cosgrove, directeur de la Cleveland Clinic met ainsi en avant la crédibilité « naturelle » dont il dispose auprès de ses pairs. Il estime par ailleurs que les médecins seraient plus enclins à favoriser la créativité de leurs collègues et à permettre à des idées novatrices d’éclore. Il prend ainsi en exemple le premier pontage aorto-coronarien réalisé à la Cleveland Clinic en 1967 par le Dr René Favalori. La Mayo Clinic, quant à elle, explique dans sa charte de valeurs qu’elle se doit d’être dirigée par des médecins pour « assurer une attention constante sur l’enjeu principal : les besoins du patient ».

Les auteurs déplorent néanmoins que peu de praticiens soient formés  au management, bien qu’aux Etats-Unis se développent depuis plusieurs années, notamment à l’école de médecine de l’université de Yale, des doubles cursus médecine et administration d’hôpital.

Faire diriger un hôpital par un médecin au pays de Descartes

Le Dr Hakim Chabane, qui est à la fois urgentiste et directeur en poste dans l’Océan Indien est l’un des seuls médecins à être également diplômé de l’Ecole nationale de santé publique (ENSP), qui permet d'accéder aux fonctions de directeur en France. Interrogé par nos confrères de What’s Up Doc, un magazine destiné aux jeunes médecins, il explique : « Les médecins ont une meilleure vision stratégique grâce à la connaissance du besoin des patients (…).  Connaître l’avenir des techniques médicales est plus accessible aux médecins de formation qu’aux directeurs d’hôpitaux ». Il reconnait néanmoins que « les médecins ne sont pas forcément de bons managers et travaillent mieux en compagnie d’un adjoint administratif ». Autre son de cloche chez les professionnels de l’administration hospitalière, ainsi, Clara de Bort, directrice de la Réserve sanitaire, interviewée par les mêmes avance « En quoi la crédibilité médicale prévaudrait-elle sur une capacité à correctement arbitrer ? (…) Ce ne sont pas les mêmes métiers. (…) J’en ai vu [des médecins] qui étaient incapables d’évaluer le personnel nécessaire pour leur projet (…) Il y a certaines dimensions que les médecins n’ont pas en tête, comme le droit. » Il sera difficile de trancher, notamment sur le point de savoir si une présence médicale à la tête des hôpitaux, aurait une influence positive ou négative sur la gestion des conflits de personne, là où le recours à des administrateurs n’est pas toujours un gage de neutralité.


1 J Stoller et coll : Why The Best Hospitals Are Managed by Doctors. Harvard Business Review. Publication en ligne le 27 décembre 2016.
2 fondé en 1933, il est le troisième magazine d’actualités le plus lu aux Etats-Unis
3 TC TSAI et coll Hospital board and management practices are strongly related to hospital performance on clinical quality metrics. Health Aff (Millwood). 2015 Aug;34(8):1304-11

Frédéric Haroche

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Vos réactions (14)

  • Une anecdote

    Le 05 janvier 2017

    Il est évident que c 'est assez logique ... Chirurgien du CHR de Lille de longues années, je me souviens d 'un un orage qui casse la verrière du bloc opératoire où j 'opérais une obèse majeure vers midi , lors d'une longue intervention de lipectomie circulaire ...
    Je fais appeler la Direction au téléphone .. la réponse fut : " FERMEZ TOUT... / je vous envoie quelqu'un vers 14 HEURES" ... Nous avons ri aux éclats et j' ai fait réquisitionner tous les parapluies disponibles pour continuer ... J'ai des photos de ce gag . Oui je préfère une direction médicale.

    Dr Françoise Vandenbussche

  • Incompatibilités

    Le 06 janvier 2017

    Jusque dans les années 90, la formation de directeur d'hôpital de l'ENSP était fermée aux médecins. C'est représentatif...

    B Delaporte

  • Deviner où est l'avenir

    Le 07 janvier 2017

    C'est surtout : "connaître l’avenir de telle ou telle nouvelle technique médicale qui est bien plus accessible aux médecins de formation qu’aux directeurs d’hôpitaux." Cela donne aux premiers une avance considérable.

    Dr Jean Doremieux, urologue en semi-retraite

    Ancien externe de la "Cité" en 1961 avec Françoise.

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