La révolution des implants auditifs

Les implants cochléaires ont révolutionné la prise en charge de la surdité profonde de l’enfant et de l’adulte. Les progrès se poursuivent à pas de géant avec la mise à disposition d’aides auditives et d’implants de plus en plus performants et miniaturisés. A l’occasion du congrès mondial d’ORL qui se déroule actuellement à Paris, Michel Beliaeff, Directeur Général MED-EL France, dresse un état des lieux sur les dernières nouveautés concernant les implants auditifs et les voies de recherche dans ce domaine. 

Quels sont les chiffres de la surdité en France ?

Michel Beliaeff : La surdité touche environ 9 à 10 % de la population française. Dans la majorité des cas (55 %), la surdité est légère (-20 à 40 décibels). Dans un tiers des cas (33 %), la surdité est moyenne (-40 à 70 décibels) et, dans respectivement 9 et 3 % des cas, il s’agit d’une surdité sévère (-70 à 90 décibels) ou profonde (perte > 90 décibels). Environ 5 millions de personnes souffrent de surdité dans notre pays et des dizaines de milliers d’une surdité profonde. Avec le vieillissement de la population, ces chiffres vont aller croissant. La presbyacousie concerne en effet environ une personne sur trois après 65 ans.

Quelles sont les principales conséquences de la surdité chez l’enfant et chez l’adulte ?

Michel Beliaeff : Chez l’enfant, l’apprentissage du langage et le développement de la communication se font par l’écoute. La surdité va engendrer des retards de langage et du développement cognitif de l’enfant. Il peut s’en suivre des difficultés scolaires et/ou d’intégration. Chez l’adulte, la surdité altère la communication et isole. Elle peut entraîner une diminution majeure de la qualité de vie et même être à l’origine d’un syndrome dépressif. De plus, au cours de ces 5 à 10 dernières années, de nombreuses études ont montré que la surdité accélère et aggrave la survenue de troubles cognitifs chez le sujet âgé et que l’appareillage permet de les limiter. La durée de vie des patients appareillés est ainsi allongée, de même que leur qualité de vie est améliorée.

Comment améliorer le dépistage de la surdité et sensibiliser les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes et les pédiatres ?

Michel Beliaeff : Pour l’enfant, le dépistage systématique est en place depuis 2012. Et le retard que l’on avait pris est en passe d’être rattrapé. En revanche, pour les adultes, le dépistage reste insuffisant. Ce dernier a notamment été freiné par la mauvaise image qu’avaient les médecins de l’appareillage qui était perçu comme une technologie encombrante et inefficace. Or, ces dernières années, des progrès énormes ont été effectués aussi bien sur le plan de l’efficacité et de la qualité des appareils que sur celui de la maniabilité, du confort et de la taille. Les médecins généralistes ne doivent pas hésiter à aborder cette question avec leur patient et, s’il existe un risque de déficience, prescrire un audiogramme. Plus le diagnostic d’hypoacousie est porté tôt et plus l’appareillage sera efficace, en particulier sur les troubles cognitifs. 

De quels types d’implants auditifs dispose-t-on pour remédier aux différents types de surdité ?

Michel Beliaeff : On dispose principalement de 3 types d’implants auditifs.

En premier lieu, les implants cochléaires destinés aux surdités profondes de perception (atteinte de l’oreille interne). Ils permettent de capter le son (avec un micro), de le coder (avec un processeur) et de l’acheminer directement jusqu’au nerf auditif. Ils stimulent électriquement les neurones des fibres nerveuses auditives situés dans la cochlée.

Les deux autres types d’implants sont destinés à des patients atteints de surdité de transmission ou mixte d’intensité moyenne à sévère. Il s’agit des implants en conduction osseuse et des implants d'oreille moyenne. Ils sont proposés lorsque la prothèse auditive conventionnelle n’est pas efficace ou ne peut être utilisée.

Comme pour l’implant cochléaire, ils nécessitent une intervention chirurgicale avec implantation d’un dispositif sous la peau derrière l’oreille.

Les implants en conduction osseuse permettent de transmettre directement le son à l’oreille interne via les os du crâne. Ils peuvent aussi être utiles à des personnes ayant une surdité totale unilatérale. Les sons du côté sourd sont captés par l’implant qui les transmet, via les os du crâne, à l'oreille interne du côté entendant.

Les implants d'oreille moyenne sont fixés directement sur la chaîne des osselets et augmentent la vibration mécanique à ce niveau.

Quelles sont les personnes susceptibles de bénéficier d’implants cochléaires en 2017 ?

Michel Beliaeff : Les indications des implants cochléaires ont beaucoup évolué au cours de ces 30 dernières années.

Les premiers implants cochléaires étaient destinés aux surdités profondes sévères des adultes. Au fil des années, les indications de ces implants se sont étendues, notamment aux enfants que l’on peut maintenant implanter dès l’âge de 12 mois. De plus, des implantations bilatérales et des implantations de surdités unilatérales profondes sont désormais pratiquées. Le champ d’application des implants cochléaire s’élargit aussi des surdités profondes vers les surdités sévères. L’indication d’un implant cochléaire dépend en effet aujourd’hui du degré de surdité, mais aussi du degré d’intelligibilité. Un patient qui ne comprend qu’un mot sur deux (ou moins) peut être candidat à l’implant cochléaire, même s’il est porteur d’une surdité sévère et non profonde. Toutefois, pour le moment, cette extension d’indication est quelque peu freinée en France par le remboursement qui s’appuie sur des critères très stricts, plus stricts par exemple que ceux de nos voisins allemands où les implantations sont deux fois plus nombreuses. Il faut aussi insister sur le fait que la pose d’un implant cochléaire nécessite obligatoirement une rééducation orthophonique. Les jeunes enfants implantés vont devoir apprendre à entendre et à parler. L’accompagnement parental et la rééducation orthophonique seront essentiels pour eux. Pour certains patients adultes, ce sera un peu comme ré-apprendre une langue étrangère.  

Combien d’implantés auditifs en France et dans le monde ?

Michel Beliaeff : Chaque année, en France, environ 600 000 prothèses auditives sont prescrites et 3 000  implants auditifs sont posés. Dans le monde, 40 à 50 000 patients sourds sont implantés tous les ans.

Quels progrès techniques réalisés ces 20 dernières années avec les implants auditifs ?

Michel Beliaeff : De grandes innovations technologiques ont été effectuées ces 20 dernières années. Le progrès le plus important a été de mettre au point des systèmes implantables fiables et durables que l’on peut désormais laisser en place pendant 10 à 20 ans. En second lieu, les progrès ont concerné la miniaturisation avec une taille des appareils qui a été divisée par 3 ou 4. La troisième amélioration la plus spectaculaire concerne la performance des dispositifs : les implants cochléaires permettent à des personnes sourdes de communiquer à nouveau et même d’apprécier l’écoute de la musique.

Quels sont les complications et les limites de ces appareillages ?

Michel Beliaeff : Les complications sont celles inhérentes à toute chirurgie de l’oreille. Il y a très peu de complications spécifiques à la mise en place d’un implant sauf les complications chirurgicales qui restent cependant très limitées. Le bilan ORL pré-opératoire permet d’anticiper certaines difficultés.

Quels sont les axes actuels de recherche ?

Michel Beliaeff : Le fonctionnement des implants auditifs doit être amélioré dans des environnements sonores difficiles.

Améliorer l’écoute dans le bruit et la qualité de vie

Et leur utilisation peut encore être facilitée au quotidien, en développant notamment des systèmes sans fil ou encore en simplifiant la réalisation d’examens médicaux comme l’IRM. Dans ce cadre, et à titre d’exemple, MED-EL a conçu un implant (SYNCHRONY) comportant un aimant rotatif afin de permettre la réalisation d’IRM à très haute intensité de champ magnétique (jusqu’à 3 teslas) sans contrainte particulière. Cet aimant peut être laissé en place lors de l’examen car il s’aligne automatiquement sur les champs magnétiques de l’IRM.

Préserver l’audition résiduelle

Un axe de recherche de MED-EL a également été la préservation de l’audition résiduelle lors de la mise en place de l’implant cochléaire. L’audition résiduelle, en combinaison avec l'implant cochléaire, permettra en effet au patient d’avoir la meilleure expérience auditive possible et de bénéficier, à l’avenir, de futurs traitements et technologies. Pour ce faire, MED-EL a développé des porte-électrodes personnalisés, souples et flexibles, atraumatiques, afin de protéger les structures neuronales de la cochlée.

Stimuler en acoustique et en électrique

On a également mis au point des systèmes électroacoustiques qui combinent l’implant cochléaire et la prothèse auditive dans le même appareil afin de stimuler l’oreille à la fois en acoustique et en électrique de façon synergique. Ces systèmes s’adressent à des patients atteints de surdités partielles sévères, c'est-à-dire à des personnes qui entendent encore un peu les basses fréquences mais qui ne comprennent plus rien.

Proposer des solutions sans équivalent

Certains patients se retrouvent sans solution adéquate pour traiter leur pathologie. L’appareillage avec des solutions conventionnelles n’est en effet pas toujours possible : patient trop jeune, problème anatomique….  C’est ainsi que MED-EL a élargi récemment son champ d’application à des systèmes non implantables avec le développement d’ADHEAR. ADHEAR représente une nouvelle génération de solutions auditives à conduction osseuse pour traiter les personnes atteintes de surdité de transmission (problème au niveau du tympan, du canal auditif ou de l’oreille moyenne) et qui ne peuvent pas ou ne veulent pas subir une opération. Ce dispositif non implantable, qui comporte deux éléments externes à placer derrière l’oreille (adaptateur adhésif et audioprocesseur) n’exerce pas de pression sur la peau et est parfaitement adapté aux plus petits.

Quels sont les axes à venir de recherche ?  

Michel Beliaeff : Certaines équipes travaillent sur des systèmes totalement implantables pour lesquels il n’y aura plus aucune partie externe, et qui seront donc complètement invisibles. D’autres sur des implants cochléaires qui permettraient de délivrer localement une molécule d’intérêt. Dans ce cadre, des équipes expérimentent la délivrance de dexaméthasone afin de réduire l’inflammation au moment de l’implantation. Des scientifiques envisagent aussi de régénérer localement les cellules ciliées endommagées par thérapie génique ou d’administrer des médicaments pour protéger les neurones, et favoriser la repousse des neurones, ou encore pour prévenir l’apoptose des cellules sensorielles.

Pour rappel, les premiers prototypes d’implants cochléaires ont été développés dans les années 1970. En 1977, le Dr. Ingeborg Hochmair (aujourd’hui PDG de la société MED-EL) et son mari le Pr. Erwin Hochmair, ingénieur électronicien, ont mis au point le tout premier implant cochléaire microélectronique et multicanaux. Dans les années 1990, ils ont ensuite fondé la société MED-EL, pionnière dans le développement d’implants pour différents types et degrés de surdité avec des solutions toujours plus efficaces, discrètes et confortables. MED-EL, dont le siège international est à Innsbruck, en Autriche, compte aujourd’hui plus de 1 800 personnes dans le monde.

En pratique, où se fait l’implantation et combien ça coûte ?

Michel Beliaeff : La mise en place d’un implant auditif passe obligatoirement par un centre agréé dont il en existe une trentaine en France, répartis sur tout le territoire. Ces interventions ainsi que l’implant coûtent très chers et sont pris en charge par la sécurité sociale. Un implant cochléaire coûte plus de 20 000 euros et les implants d'oreille moyenne et en conduction osseuse 9 000 euros environ. Quant à la prothèse auditive en conduction osseuse non implantable, ADHEAR, elle coûtera un peu moins de 3 000 euros et pourra être prescrite par les ORL de ville.

Propos recueillis par le Dr Laurence Houdouin

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