Pénurie de vaccins contre la fièvre jaune : quelles solutions ?

Interview du Pr Christophe Rapp, Centre de santé international CMETE, Paris 10 rue du Colonel Driant, 75001 Paris, Président de la SMV 


Paris, le lundi 28 janvier 2019 – Chaque année 200 000 personnes sont infectées par la fièvre jaune, fièvre hémorragique virale présente dans toutes les régions tropicales où le moustique Aedes est présent. La maladie tue plus de 40 000 personnes chaque année. Si face à cette pathologie et aux épidémies actuelles, le vaccin anti-amaril est une arme efficace, sûre et peu coûteuse, le monde connaît actuellement une pénurie préoccupante. Alors que peu de laboratoires sont aujourd’hui habilités à fabriquer ce vaccin et que sa production a toujours été relativement limitée,  la situation inquiète les spécialistes. Pour le JIM, le professeur Christophe Rapp président de la Société des médecins des voyages (SMV) fait le point sur la situation actuelle et revient sur les enjeux globaux des pénuries de plus en plus fréquentes de médicaments et de vaccins.

JIM.fr : Depuis combien de temps dure la pénurie de vaccins contre la fièvre jaune ?

Professeur Christophe Rapp : La pénurie de vaccins contre la fièvre jaune est un problème mondial qui évolue depuis 2016 avec en particulier des ruptures d’approvisionnement en Amérique du Nord. En France, nous sommes réellement touchés depuis mi-décembre 2018.

JIM.fr : Quelle est son ampleur ?

Professeur Christophe Rapp : La pénurie mondiale est importante car la production de vaccin anti-amaril estimée à 80 millions de dose par an est insuffisante pour vacciner les populations des pays endémiques et garantir un stock stratégique mondial pour des vaccinations de masse en cas d’épidémie (exemple du Brésil). Le marché des voyageurs n’est pas prioritaire pour l’OMS et les ruptures d’approvisionnement sont récurrentes.

JIM.fr : Quels sont les stocks actuels des Centres de vaccinations internationales (CVI) ?

Professeur Christophe Rapp : Les stocks sont très variables d’un CVI à l’autre, ils vont de quelques jours à trois semaines d’activité.

JIM.fr : Quelles ont été les mesures qui ont été adoptées pour faire face à cette pénurie ?

Professeur Christophe Rapp : Dans le cadre du plan de gestion de pénurie des médicaments essentiels mis en place en France depuis juillet 2016, le laboratoire Sanofi-Pasteur travaille de concert avec l’ANSM pour trouver des solutions permettant l’accès au vaccin anti-amaril sur tout le territoire. Un contingentement des doses a été mis en place dans tous les CVI et des lots de vaccins  Stamaril destinés à l’exportation ont été rappelés.

JIM.fr : Quelle est la part de vaccination qui doit être reportée ?

Professeur Christophe Rapp : Cette donnée est difficile à apprécier, mais on constate que certains CVI sont amenés à décaler les rendez-vous des voyageurs qui ne partent pas immédiatement.

JIM.fr : Certaines populations sont-elles considérées comme prioritaires dans cette période de pénurie ?

Professeur Christophe Rapp : A ce jour la Haute Autorité de Santé, n’a pas été saisie pour émettre des recommandations vaccinales en situation de pénurie. Néanmoins, il est licite de privilégier les primovaccinations des voyageurs se rendant dans des délais proches dans une zone endémique pour la fièvre jaune. De même, les voyageurs professionnels, les militaires et les expatriés sont prioritaires par rapport aux touristes.

JIM.fr : Quand est annoncé un retour à la normale ?

Professeur Christophe Rapp : Pour cet épisode, un retour à la normale est prévu en mars 2019.

JIM.fr : Quels sont les risques pour la santé des voyageurs ?

Professeur Christophe Rapp : La fièvre jaune est une maladie rare chez les voyageurs. Cependant, le risque est celui de voir augmenter les cas de fièvre jaune chez des voyageurs non vaccinés exposés au virus, avec comme corollaire la possibilité de quelques décès. 

JIM.fr : Pourriez-vous recommander dans certains cas où la vaccination est impossible un report du voyage dans certaines zones ?

Professeur Christophe Rapp : En raison du caractère obligatoire de ce vaccin dans le cadre du Règlement Sanitaire International (RSI), il est envisageable de reporter un voyage non indispensable en Guyane ou dans une région endémique (Afrique subsaharienne et régions intertropicales d’Amérique du Sud).

JIM.fr : D’une manière générale, considérez-vous que les pénuries de vaccins et de médicaments constituent un problème majeur en médecine des voyages ?

Professeur Christophe Rapp : La pénurie de vaccins est une préoccupation croissante en médecine des voyages. Dans les deux dernières années, nous avons été confrontés aux pénuries des vaccins suivants : rage, hépatite A, hépatite B, fièvre jaune. Il s’agit d’un effet collatéral de la mondialisation du marché des médicaments. Sa gestion est complexe car elle fait intervenir de nombreux acteurs internationaux relevant de législations différentes. 

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