La France doit mieux lutter contre la stigmatisation de la maladie mentale

Docteur Jean-Pierre Falret

Paris, le 10 décembre 2016 – Alors que le Président de la République doit rendre hommage aujourd’hui aux 45 000 hommes et femmes qui, abandonnés dans des hôpitaux psychiatriques, sont morts pendant la seconde guerre mondiale victimes de dénutrition et d’isolement, beaucoup espèrent que ce message forcera notre société à se pencher sur le sort de ceux qui souffrent aujourd’hui de maladie mentale.

Loin de l’exclusion qui prévalait encore au moment de la dernière guerre, la France d’aujourd’hui n’offre cependant toujours pas une réelle place en son sein à ces patients. La stigmatisation, le rejet, l’ignorance demeurent les principaux réflexes comme le rappellent les enquêtes successives menées par les associations de malades. Pourtant, les pays anglo-saxons nous révèlent la possibilité d’une évolution de cette perception. Ils proposent des messages efficaces pour faire évoluer les mentalités sur la souffrance psychique. La France se doit de rattraper son retard en la matière en prenant conscience de l’importance de la question et en se dotant des outils adéquats. La Fondation Falret espère initier ce mouvement attendu.

Par Annick Hennion, Directrice de la Fondation Falret

Aujourd’hui, 1 Français sur 5 est ou sera concerné au cours de sa vie entière par un trouble de santé mentale, un chiffre amené à croître avec le temps. Pourtant, la connaissance du public sur ce sujet reste aujourd’hui extrêmement limitée. Le regard des citoyens à l’égard des personnes handicapées psychiques n’a pas assez évolué et reste stigmatisant, les excluant de la société qui les entoure.

A l’échelle mondiale, plusieurs campagnes et opérations de sensibilisation ont été menées, tant par les entités spécialisées (associations, fondations, fédérations etc.) que par certains gouvernements.  Un retour sur les 15 dernières années montre que les actions de sensibilisation sont bien moins nombreuses en France que dans les pays anglo-saxons où des rendez-vous sont attendus et espérés par le grand public, comme au Canada, qui peut être considéré comme un pionnier en la matière et dans d’autres pays.

Des outils pour évaluer l’impact des actions à peine utilisés en France

Car en Amérique du Nord, au Canada et aux Etats-Unis les actions s’appuient sur des réflexions scientifiques et surtout des évaluations d’impact, là où la France n'en est encore qu'aux prémices, malgré quelques travaux qui vont en ce sens, comme ceux réalisés par Roelandt et Caria ou ceux actuellement en cours au sein de la Fondation Falret.

Ces évaluations, véritables mesures de l'impact des actions, disposent à l’étranger d'outils scientifiquement validés. En France, à ce jour,  aucun outil adapté à notre société n'a encore vu le jour.

En ce qui concerne la nature des actions réalisées, il n'y a pas de différence notable entre la France et le reste du monde. La France a, tout comme les autres pays, exploré les différents formats de campagnes destinées à faire évoluer les perceptions du public sur le sujet, par des campagnes de protestation, d’information, de sensibilisation, des campagnes éducatives, pédagogiques, ou encore des campagnes groupes cibles (même si pour ces dernières, on relève davantage d’études régionales plutôt que nationales).

Continuer à transformer le sort de ceux touchés par la « folie »

C’est pourquoi la Fondation Falret agit. Elle construit un programme et développe des actions de lutte contre la stigmatisation et les préjugés. Elle perpétue la vision avant-gardiste de son fondateur, le Docteur Jean-Pierre Falret, chercheur et médecin aliéniste au 19ème siècle,  qui a ouvert la voie de la psychiatrie moderne et transformé la condition des personnes touchées par les troubles mentaux, que l’on appelait alors la « folie ».

La Fondation Falret œuvre à développer de nouvelles perspectives d’avenir au service des personnes touchées par les troubles de santé mentale. Elle déploie chaque année seule ou avec des partenaires réputés du champ de la santé mentale des campagnes d’information et de sensibilisation qui visent à toucher le grand public, la classe politique, les leaders d’opinion ainsi que les médias dans la volonté de changer le regard des Français sur le sujet.

En 2016, la Fondation a notamment créé un premier baromètre d’étude avec l’institut IPSOS qui a permis de caractériser la perception des Français en matière de santé mentale, ainsi que différents moments d’échanges mêlant professionnels et grand public.
Elle a également mené en mai dernier, une grande opération événementielle d’information et de sensibilisation auprès du public et du monde de l’entreprise sur le Parvis de La Défense en partenariat avec France Info, en déployant durant trois jours un village santé mentale baptisé "Cap sur la santé mentale".

Cette opération a permis à de nombreux citoyens et entreprises de découvrir le sujet de la santé mentale sous un angle neuf, à travers des temps d’échanges, des tables rondes et des animations sur cette thématique.

D’autres projets similaires verront le jour avec la même ambition de contribuer à informer et sensibiliser afin d’assurer la défense des intérêts des personnes souffrant de troubles de santé mentale de manière à ce qu’elles retrouvent une place plus juste et plus humaine dans notre société.
Parce que nous sommes tous concernés, construisons ensemble une société qui donne sa place aux plus fragiles.

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Vos réactions (3)

  • Le nouveau modèle bio-psycho-social de la psychiatrie.

    Le 10 décembre 2016

    La découverte du rôle de l'entérobiote intestinal (CF l’autisme, la dépression) et de la biochimie du connectome cerébral (CF l’imagerie fonctionnelle IRM des comportements, notamment alimentaires et addictifs) montre qu’il n’y a pas une seule « grande maladie mentale incurable » mais de multiples « petits dérèglements physiologiques du complexe mental » qui peuvent bénéficier de traitements ciblés et personnalisés, tant neuropharmacologiques que comportementaux et nutritionnels, notamment en thérapie brève.

    Une neuro-modulation qui passionne la nouvelle génération de psychiatres et de psychothérapeutes et qui interpelle déjà les médias : l'intestin, notre deuxième cerveau ?

    Dr Jean-Michel Rotty

  • L'intestin, deuxième cerveau ?

    Le 13 décembre 2016

    Non pas en tant que tel, mais l'intestin responsable d'un équilibre biotique sur l'équilibre fonctionnel du cerveau, certainement. Le cerveau est un haut lieu (sans jeu de mot) sensible à la chimie. On reconnait sans aucun doute le rôle de l'urémie dans la confusion mentale, c'est même un signe d'alerte.
    Dès lors tout ce qui peu modifier l'équilibre chimique mais aussi la présence de substance nocive au niveau du cerveau est à prendre en considération.
    Ce sont là les limites des grands axes de la psychanalyse : tout ne se résume pas dans la relation à la mère. Cette approche ouvre encore plus celle de l'approche comportementaliste : non seulement, l'esprit réagit, s'adapte et peut "s'intoxiquer" des comportements inculqués, appris ou mis en place de façon défensive. Mais en plus son environnement "chimique" conditionne son fonctionnement, la perception du réel et donc les réponses que fait l'individu face aux situations auxquelles il se trouve confronté.

    Les hormones même secrétées par notre propre corps interviennent : on connait tous le syndrôme pré-menstruel et son action sur l'humeur des femmes qui y sont soumises, avec cette tendance accentuée à la morosité (agressivité defensive), tout comme le baby-blues...
    On ne peut s'empêcher de regarder à nouveau, tout mesure gardée, du côté de la théorie des humeurs...

    Le cerveau est bien plus dépendant de l'homéostasie chimique corporelle que l'on ne le croit. Enfin ! Ne plus couper la tête du corps pour chercher les causes d'un dysfonctionnement extérieur à l'individu... c'est une belle avancée. Sinon comment expliquer que les substances neurotropes fonctionnent ?
    Certaines médecines prônent la désintoxication corporelle... un concept pas si idiot que ça.

    Charlaine Durand

  • Somatiser les maladies mentales pour déstigmatiser ?

    Le 31 décembre 2016

    Il est regrettable que la solution proposée par un médecin pour de-stigmatiser les malades mentaux soit de somatiser les maladies mentales. Voici un bel exemple du comportement défensif de certains médecins français devant ces malades qui les effraient peut être parce qu'ils n'ont pas été formés aux maladies mentales. Quel dommage de constater la pérennisation de cette façon de penser.

    Dr Lucien Duclaud

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