2019-nCoV : premières contaminations hors de Chine

Berlin, le mardi 28 janvier 2020 – Les autorités sanitaires de deux pays ont annoncé ce matin avoir observé des cas de pneumopathie à 2019-ncov chez des patients n’ayant pas voyagé en Chine.

Ainsi, le Lander de Bavière rapporte que le premier malade confirmé en Allemagne a été contaminé sur le sol allemand. Idem au Japon, qui collige déjà quatre cas, dont un n’ayant pas voyagé en Chine, un chauffeur de bus touristique qui a conduit récemment deux groupes de visiteurs originaires de Wuhan.

En Chine qui demeure, et de loin, le pays le plus touché, on recense désormais 4 409 cas contre 2 744 24 heures plus tôt, dont 107 sont décédés (vs 80 le 27 janvier). 

Hors de Chine, ce sont 65 cas, qui n’ont provoqué aucun décès, qui sont enregistrés.

France : trois cas et une angoisse

En France, dans une conférence de presse le patron de la DGS, le Pr Jerôme Salomon a indiqué qu’aucun nouveau cas de contamination au coronavirus 2019-nCoV n'a été observé en France, qui compte donc toujours trois patients touchés par la maladie. 

« Tous les cas possibles bénéficient d'un test dont le résultat est donné en quelques heures. Les tests qui ont pu avoir lieu samedi, dimanche, ou aujourd'hui (lundi), sont tous négatifs » a-t-il souligné. Les autorités sanitaires bénéficient d'un « test rapide qui va être disponible de plus en plus largement sur le territoire dans les prochains jours », a-t-il précisé.

Des nouvelles rassurantes qui n’empêchent pas l'inquiétude de monter.

Ainsi, le professeur Frédéric Adnet, directeur médical du Samu de Seine-Saint-Denis et chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne à Bobigny relate sur France Info : « cette épidémie génère de l'angoisse et on le voit dans notre Samu, on a une augmentation significative du nombre d'appels (…) On a eu un appel où quelqu'un avait simplement croisé un groupe de Chinois et nous a demandé s'il n'avait pas de risque de contracter la maladie. La très grande majorité de ces appels correspondent simplement à de l'angoisse. On rassure les patients, on leur donne des conseils. Quand un appel est un peu plus sérieux comme un patient qui revient de Wuhan, on a un protocole de questionnement pour classer ce patient en cas suspect ou non ». Il voit néanmoins, dans cette peur « irraisonnée », « un avantage (…) pour limiter la propagation de la grippe » grâce à l’achat massif de masque !

40 000 cas ?

Alors que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) considère désormais comme « élevée » la menace liée à l’épidémie de 2019-nCoV, des modélisations mathématiques donnent une vision inquiétante de la situation.

A Hong Kong des chercheurs estiment ainsi que le nombre d’infections pourrait doubler tous les six jours et serait déjà supérieur à 40 000 et que « le nombre de cas pourrait croître de cette manière jusqu'à atteindre un pic en avril et mai dans les zones déjà confrontées à une épidémie, avant de décroître » ce qui pourrait aboutir à une flambée de plusieurs dizaines de millions de cas…une estimation à prendre avec précaution.

Sans évoquer les différents ratages des prévisionnistes en la matière, le quotidien Le Parisien Aujourd’hui en France est allé à la rencontre de Simon Cauchemez, responsable de l'unité de Modélisation mathématique des maladies infectieuses à l'Institut Pasteur, qui rappelle « il y a deux critères à prendre en compte : la transmissibilité du virus et l'intervalle de transmission ». Or ces données de l’équation demeurent inconnues d’autant que la Commission nationale chinoise de la santé affirme que « la contagion est possible durant la période d'incubation ».
En outre, si on acceptait pour acquise cette hypothèse de 40 000 cas…cela pourrait être paradoxalement une donnée rassurante, la létalité du virus étant ipso facto divisée par 10 (elle est estimée à environ 3 % à l’heure actuelle).

Autre inconnue qui demeure, l’origine exacte du virus dont la propagation aurait débuté il y a un mois et demi sur un marché d’animaux à Wuhan où se négocient des serpents et des chauves-souris. Rappelons qu’un marché de ce type était déjà incriminé en 2003 dans l’épidémie de SRAS.

L'avion remplace l'autobus

Qu’il soit 4000 ou 40 000 le nombre grandissant de cas incite aux opérations de rapatriement des étrangers de Wuhan.

En pratique, quatre pays sont principalement concernés en raison du nombre de leurs ressortissants sur place: les États-Unis et la France, qui ont un consulat à Wuhan, principale ville du Hubei, mais aussi le Japon et la Corée du sud.

Paris avait annoncé ce samedi « envisager de mettre en place un service d’autobus afin de permettre aux ressortissants français qui le souhaitent et à leurs conjoints et enfants de nationalité chinoise ou étrangère » de se rendre à Changsha, une ville située dans le Hunan, à environ 330 kilomètres au sud de Wuhan.

Mais, au même moment, les États-Unis décidaient la fermeture de leur consulat à Wuhan (ce que n’a pas fait pas la France) ainsi que l’envoi d’un avion pour rapatrier aux Etats-Unis, par vol direct,  les Américains qui le souhaitent.

« Rapatriement par avion sur San Francisco pour les Américains, évacuation « low cost » des Français dans la province voisine : la comparaison risquait d’être cruelle »  note le correspondant du Monde à Pékin. Dimanche, à l’issue d’une réunion interministérielle à Matignon autour d’Edouard Philippe, Agnès Buzyn, la ministre de la santé semble avoir pris conscience de cette « comparaison cruelle » et a annoncé à son tour l’envoi « en milieu de semaine » d’un avion pour ramener en France « nos concitoyens » qui feront l’objet d’un suivi médical dans un « lieu d’accueil » durant quatorze jours.

On sait désormais qu’un premier vol de rapatriement partira mercredi de Paris pour rapatrier des Français qui « ne présentent pas de symptômes », un « second vol, dont les dates sont à déterminer », serait ensuite affrété pour les « personnes possiblement porteuses du virus » a précisé Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État aux Transports.

La France, seul pays européen à disposer d’une représentation diplomatique à Wuhan « est confrontée à une difficulté supplémentaire » note encore Le Monde : le rapatriement d’autres citoyens de l’UE serait ainsi en discussion en particulier avec l’Allemagne.

Le Japon est, lui, salué par la presse internationale pour son organisation exemplaire : il a ainsi déjà indiqué à ses citoyens qu’ils pourront tous rentrer dans leur pays dès aujourd’hui.

Xavier Bataille

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Vos réactions (1)

  • Pas fort en prévention

    Le 28 janvier 2020

    Un virus qui se propage de façon si exponentielle devrait d'avantage inquiéter nos autorités et l'OMS mais en France on n'est pas fortiche en préventif sauf quand il faut refourguer du vaccin même si parfois on est en droit de se poser des questions….

    Hélène d'Agostino (IDE)

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