98 % des Français vivent à moins de dix minutes d’un généraliste... mais les déserts existent !

Paris, le vendredi 19 mai 2017 - Au terme d’une importante revue de la littérature et des études statistiques, la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) a établi une cartographie des déserts médicaux français, bien qu’elle reconnaisse, que les débats sur ceux-ci ont lieu « autour de concepts non formellement définis, donc manquant d’une mesure partagée ».

Signalons que ces travaux se sont centrés sur les recours « de premier contact ».

Ca ne vas pas si mal…enfin presque !

A l’issue de ces travaux, il apparait que 98 % des habitants du territoire français résident à moins de 10 minutes de route d’un médecin généraliste bien qu’il existe un rapport de 1 à 3 entre les 10 % de la population ayant le meilleur accès aux soins et les 10 % dont l’accès est le moins bon.

Concernant les spécialistes, les inégalités sont plus marquées, ce rapport variant de 6 à 19 selon la discipline considérée (!), mais plus des trois quarts de la population habitent au demeurant à moins de 20 minutes du spécialiste le plus proche. En outre, les disparités départementales de peuplement médical sont aujourd’hui d’un niveau semblable, voire légèrement inférieur,  à celui des années 1980.

Néanmoins, la DREES, dans le sillage de son étude sur la démographie médicale, commentée la semaine passée dans nos colonnes n’est pas optimiste pour l’avenir. Elle considère ainsi, que «  l’on peut s’attendre, tant chez les généralistes que chez les spécialistes, à une diminution des effectifs libéraux dans les prochaines années, concomitante à une hausse du nombre de médecins salariés » et que « ces évolutions sont susceptibles d’entraîner un accroissement des inégalités territoriales d’accès aux soins de premier recours ».

Pour avoir une vision plus détaillée et plus proche de la réalité de la situation, la DREES a utilisé également l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL) qui tient compte à la fois de la proximité et de la disponibilité de l’offre médicale, de l’âge de la population et de l’activité des médecins. D’après celui-ci, 8 % de la population a une accessibilité aux médecins généralistes inférieure à 2,5 consultations par an et par habitant ! Ces patients connaissent une accessibilité deux fois plus faible que la moyenne nationale et l’étude des évolutions sur la période 2012-2015 montre que la part de la population sous le seuil de 2,5 consultations par an et par habitant est en augmentation. 

  Répartition régionale des communes sous-denses en 2015

 

Lecture > En région Centre-Val-de-Loire, 423 304 personnes vivent dans une commune « sous-dense » au seuil de 2,5 consultations par an et par habitant, ce qui représente 16,5 % de la population de la région. C’est ainsi 8,0 % de la population nationale vivant sous ce seuil qui réside en région Centre-Val-de-Loire.

Champ > Professionnels de santé libéraux (y compris certains MEP) et médecins exerçant en centres de santé, France entière, hors Mayotte.

Sources > SNIIR-AM 2015, CNAM-TS ; populations municipales 2013, INSEE.



Les déserts des déserts 

Cette synthèse propose également l’étude conjointe de trois critères : l’accès aux médecins généralistes, aux pharmacies et aux services d’urgence. Si les difficultés d’accès aux MG (considérées comme une accessibilité inférieure à 2,5 consultations par an et par habitant) et aux urgences (considérées comme un temps d’accès supérieur à 30 minutes) touchent une population d’un ordre de grandeur similaire, elles sont parfois cumulées.

  Part de la population à plus de 30 minutes d’un service de soins urgents,
selon la région et le type d’équipement

 

Remarque > Dans l'analyse, la population habitant dans des communes non accessibles par la route (de fait, le distancier METRIC ne calcule pas de distance par la route pour ces communes), est considérée à plus de 30min d'un soin urgent par la route.

Lecture > Parmi la population de la région Auvergne-Rhône-Alpes, 8,5 % se trouve à plus de 30 minutes d’un SU ou d’un SMUR. En tenant compte de l’ensemble des modalités d’accès (SU, SMUR, MCS, HéliSMUR et hélicoptère de la sécurité civile), 1,9 % de la population régionale est à plus de 30 minutes d’un accès aux soins urgents.

Champ > France entière, hors Mayotte.

Sources > DREES, SAE (mise à jour par la DGOS et les ARS) - y compris les structures diurnes (SU) et saisonnières (SMUR) ;

Population Insee, 2013 ; INSEE, distancier METRIC (temps moyens ou Heures Creuses (HC)), base des HéliSMUR et hélicoptères de la Sécurité civile, DGOS.



Ainsi, 16 % des habitants des communes sous-denses en médecins généralistes vivent à plus de 30 minutes d’un service d’urgences et 22 % des personnes éloignées de ces structures vivent dans une commune sous-dense en omnipraticiens. Au total 1,3 % de la population a une accessibilité faible aux médecins généralistes et réside à plus de 30 minutes du service d’urgence le plus proche.

Enfin, le fait de ne pas disposer d’une pharmacie à proximité (moins de 10 minutes de trajet par la route) est fréquemment cumulé avec d’autres difficultés. Ainsi, environ 300 000 personnes (0,5 % de la population) connaissent simultanément une accessibilité faible à toutes ces offres de soins…

Frédéric Haroche

Référence
Déserts médicaux : comment les définir ? Comment les mesurer ? Les dossiers de la DREES, mai 2017

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Vos réactions (3)

  • 98% des Francais a moins de 10 minutes....

    Le 19 mai 2017

    ...d'un (ou une) généraliste...mais il ou elle ne peut pas les prendre, ou leur repond :je ne prend pas de nouveaux clients.

    Maignan, Pharmacien

  • Ah les stat !

    Le 20 mai 2017

    Bien sûr on est tous près d'un généraliste mais le plus souvent à 3 jours d'un RV. Il est facile de se rassurer avec des chiffres, il faut venir sur le terrain et faire une enquête auprès des patients, la photo sera plus fidèle...

    Dr Gérald Weistroff

  • Vacances ?

    Le 21 mai 2017

    oui, mais si ils sont 5000 à 10 minutes d'un seul généraliste, celui ci va faire un burn out et cela n'arrangera pas la situation (et d'ailleurs que se passera-t-il si le généraliste prend des vacances?).

    Dr Eve Beratto

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