« Bouleversé », l’ancien numéro deux de Servier plaide le « manque de lucidité » du laboratoire

Paris, le mercredi 22 janvier 2020 - Seconde audition pour le docteur Jean-Philippe Seta, ancien numéro deux des laboratoires Servier, qui comparait depuis quatre mois pour blessures et homicides involontaires. Lors de sa première intervention à la barre à la fin de l’année dernière, il avait insisté sur sa vocation de médecin, vocation qui avait continuellement guidé son action, mue par le souci des patients. Ce mardi, le discours a légèrement évolué. Le praticien qui est une des rares personnes physiques à comparaître a été visiblement ébranlé par les témoignages de patients qui se sont succédé au cours des semaines. Il débute cette nouvelle audition en se déclarant « bouleversé ». « Je tiens à présenter mes excuses » a-t-il encore ajouté.

Manqué de lucidité

Cependant, Jean-Philippe Seta persiste à assurer que les erreurs certaines des laboratoires Servier, que mettent en lumière l’ensemble des témoignages, n’ont jamais été intentionnelles. Il s’agit pour le praticien de défauts « d’évaluation et d’appréciation ». Cette interprétation est elle convaincante quand elle est confrontée à l’épreuve des faits ? Ainsi, la présidente du tribunal a-t-elle interrogé le praticien sur les différentes étapes de la mise en évidence de la dangerosité du produit. Le Dr Seta estime que la première faille, la première sous-estimation de la nocivité du traitement remonte à 1998 quand les responsables du médicament en Italie ont signalé les similitudes de composition entre Isoméride et Pondéral, commercialisés par Servier et retirés en 1997, et Mediator. Bien qu’il semble peu probable que la proximité entre ces médicaments ait échappé à Servier, Jean-Philippe Seta estime qu’en ne réagissant pas à l’alerte italienne, les laboratoires ont « manqué de lucidité ».

Trop de confiance dans les autorités ?

Alors que des alertes avaient précédé cette intervention italienne, le docteur Seta, assure que pour les laboratoires, il s’agit du premier signal manqué. Il oppose le même type de défense quand la présidente du tribunal lui fait remarquer que deux ans ont été nécessaires en 2001 pour aboutir à une modification restreinte des résumés des caractéristiques du produit. « Nous avons raté une opportunité », reconnaît Jean-Philippe Séta, qui assure encore  qu’au début des années 2000 en dépit de la multiplication des signalements et des actions de certains pays étrangers : « Il n'y a pas suffisamment d'éléments pour prendre des décisions drastiques de retrait . (...) Cela parait aberrant aujourd'hui, mais pas à l'époque ». Suggérant enfin une nouvelle fois la responsabilité des autorités dans ce sentiment de confiance des laboratoires Servier, il note que « le fait que le produit soit sous enquête était pour moi de nature rassurante ».

Martine Pichet

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Vos réactions (1)

  • Bouleversant, en effet...

    Le 27 janvier 2020

    ...qu'un homme d'une telle incompétence ait pu être autorisé à exercer les fonctions qui étaient les siennes.

    Dr Pierre Rimbaud

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