À quoi sert l’autopsie d’un nouveau-né décédé dans une USIN ?

Les nouveau-nés qui décèdent dans des Unités de Soins Intensifs Néonatales [USIN] sont de moins en moins souvent autopsiés. Ce « déclin » de l’autopsie néonatale s’explique par des blocages médicaux (peur de blesser les parents) et familiaux (croyances culturelles ou religieuses, crainte d’une défiguration…). Dans une étude rétrospective monocentrique l’autopsie a été utile pour compléter le diagnostic clinique chez près de la moitié des nouveau-nés décédés.

Au cours de la période 2008-2015, 289 nouveau-nés (6 % des admissions) sont décédés dans une USIN des Pays-Bas, et 100 (33 % des décès) ont subi une autopsie complète localement.

Les patients autopsiés avaient un âge gestationnel médian de 37,3 sem. et un poids de naissance médian de 2 675 g. Les causes de décès étaient, par ordre de fréquence décroissant, l’asphyxie périnatale (n = 45), des anomalies congénitales ou génétiques (n = 27), des complications de la prématurité (n = 13), des infections (n = 11) ou d’autres affections (n = 4).

Le protocole d’autopsie a compris des prélèvements de tous les organes pour l’histologie et une fixation du cerveau dans le formol pour un examen ultérieur.

Des « trouvailles » dans la moitié des cas

L’autopsie a fait des découvertes supplémentaires par rapport au dossier médical chez 48 patients. Elles concernaient l’appareil circulatoire (n = 17), le système nerveux central (n = 11), l’appareil respiratoire (n = 7)… et elles étaient de nature malformative (n = 25), infectieuse (n = 9) ou acquise (n = 14). Elles étaient multiples chez un patient sur deux.

La moitié de ces trouvailles (24/48) étaient des trouvailles « majeures » selon la classification de Goldman et coll. Deux d’entre elles, à savoir une infection à cytomégalovirus et une péritonite méconiale avec infection à Candida, auraient pu bénéficier d’un traitement susceptible d’éviter le décès. La prise en compte des 22 autres n’aurait pas changé le traitement et le pronostic : par ex. des hypoplasies du canal d’Arantius et des hémorragies du système nerveux central (cervelet, tronc cérébral, moelle épinière) ayant échappé à l’échographie.

L’âge au décès était plus élevé en cas de trouvailles mineures qu’en cas de trouvailles majeures (18,4 vs 10,6 jours ; p < 0,05), ce qui suggère que le diagnostic des trouvailles mineures est relativement difficile du vivant des patients.

Il n’y a pas eu d’IRM post-mortem, mais un radiologue expérimenté a estimé que 27 des 48 découvertes supplémentaires n’auraient pas été reconnues par une IRM, par ex. les infections à cytomégalovirus et à Candida, et des anomalies cardiovasculaires telles que l’hypoplasie du canal d’Arantius, une communication interauriculaire, l’infarctus d’un muscle papillaire.

Au total, d’après cette étude, l’autopsie conventionnelle serait utile pour redresser des « erreurs de diagnostic » chez près de la moitié des nouveau-nés décédés en USIN, puisque les diagnostics manqués sont inclus dans les erreurs de diagnostic, le seul bémol étant la possibilité d’un biais de sélection des patients. L’IRM post-mortem n’est pas capable de la remplacer complètement et l’autopsie mini-invasive n’est pas évaluée. Les néonatologistes peuvent s’appuyer sur les résultats de cette étude quand ils sollicitent le consentement des parents à l’autopsie.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
De Sévaux JLH et coll. : The value of autopsy in neonates in the 21st century. Neonatology 2019 ; 115 : 89-93

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Vos réactions (1)

  • Autopsie des nouveau-nés : un intérêt sous-estimé par les neonatalogistes

    Le 22 mars 2019

    Tous les neonatlogistes devraient lire et réfléchir aux conclusions de cet article.
    Dans les années 1970 plus de 90 % des nouveau-nés décédés à l'Institut de Puériculture et de Perinatologie de Paris étaient autopsiés. Trente cinq ans plus tard ce taux n'était plus que de 33% !

    La cause principale en était le manque de conviction des neonatalogistes, en particulier des plus jeunes, qui pensaient que l'autopsie n'apporterait rien de plus que ce que les examens biologiques et l'imagerie des années 2000 avaient mis en évidence.
    Or pour convaincre des parents plus ou mons réticents à accepter l'autopsie de leur nouveau-né, le médecin doit être un minimum convaincu de son intérêt.

    Un point est à ajouter au bénéfice de l'autopsie, c'est qu'à côté de ce qu'elle est suceptible de découvrir, il y a tout ce qu'elle permet de formellement éliminer en réponse à des questions que les parents peuvent poser quelques mois ou années après le décès.

    Professeur Marcel Voyer

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