Alerte à la pénurie de vaccins contre l’hépatite B

Paris, le lundi 6 mars 2017 – Il y a trois semaines, la Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux (FNAIR) sonnait l’alerte : la vaccination des adultes contre l’hépatite B paraissait de plus en plus difficile. « Les seuls renseignements dont nous disposons (…) font état de fortes tensions sur l’approvisionnement des deux vaccins contre l’hépatite B aujourd’hui disponibles en France (…).  La distribution de ces vaccins à l’hôpital serait contingentée ; en ville elle serait purement et simplement interrompue » s’inquiétait l’association de patients qui rappelait le caractère indispensable de cette vaccination chez les insuffisants rénaux.

Une suspension annulée dans l’urgence

Il existe aujourd’hui deux vaccins permettant l’immunisation des adultes contre l’hépatite B : ENGERIX B20 (GlaxoSmithKline) et HBVAXPRO 10µg (MSD Vaccins). Or, le premier est actuellement en rupture d’approvisionnement en raison d’un problème de fabrication. Face à cette situation, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) vient de formuler ses recommandations.

D’abord, pour accroître le nombre de vaccins disponibles, l’institution exhorte les autorités à « obtenir de la firme produisant HBVAXPRO 10 la mise à disposition de doses supplémentaires de ce vaccin permettant de pallier à la pénurie de vaccin Engerix B20 ».
Seconde piste : utiliser les chaînes de production d’Engerix B10 (destiné aux nourrissons) pour relancer celle d’Engerix B20. En effet, la protection des nourrissons contre l’hépatite B peut se faire via le vaccin hexavalent, relève le HCSP. De manière plus spécifique, afin de restreindre les tensions d’approvisionnement, le HCSP réhabilite le HBVAXPRO 5 µg. Indiqué pour l’immunisation active des nouveau-nés de mère porteuse du virus de l’hépatite B, ce vaccin avait été suspendu en raison « d’une insuffisance d’immunogénicité de la valence hépatite B contenue dans le vaccin HEXAVAC, ayant conduit au retrait du marché de ce vaccin. La valence de vaccin HBVAXPRO 5 µg était identique à celle contenue dans le vaccin HEXAVAC » rappelle le HCSP. Ce dernier considère aujourd’hui que les conditions sont réunies pour une reprise de l’utilisation de HBVAXPRO 5 µg : une telle décision prise dans ces conditions ne manquera pas de faire grincer quelques dents. Toujours afin de diminuer les difficultés d’approvisionnement, le HCSP plaide pour la mise à disposition en France d’un vaccin autorisé en Europe mais qui n'est pas commercialisé dans notre pays : FENDRIC B 20 µg indiqué chez les insuffisants rénaux. « L’obtention de 64 000 doses de vaccin FENDRIC B20 (nécessaires pour vacciner 16 000 patients) permettrait d’économiser annuellement 128 000 doses de vaccin ENGERIX B20 » relève le HCSP.

D’une manière générale, ce dernier souhaite que soient adoptées le plus rapidement possible les mesures « d’importation de vaccins hépatite B produits dans d’autres pays ».

Deux doses plutôt que trois

Outre ces mesures destinées à accroître les stocks de vaccin, l’institution se prononce en faveur d’une évolution du schéma vaccinal et d’une priorisation de la vaccination. Les personnels de santé et les étudiants dans ces filières demeurent toujours prioritaires. Cependant, le HCSP note que les personnes qui n’ont jamais été vaccinées doivent être privilégiées. Si la preuve d’immunisation a été substituée à la preuve de vaccination depuis un décret publié en 2013, dans ce contexte de pénurie, le HCSP recommande pour les personnes faisant état d’une vaccination sans pouvoir la certifier « la pratique d’un dosage des anticorps anti HBs (…). Les personnes ayant un taux d’AC anti HBs ≥10mU/l et ≤ 100 mUI/mL sont protégées et ne requièrent pas de doses supplémentaires. Si elles n’avaient pas reçu les trois doses de vaccin recommandées, leur vaccination sera complétée après la fin de la période de pénurie. Pour les personnes ayant un taux d’AC ˂ 10 mUI/mL et vaccinées dans l’enfance ou l’adolescence, après avoir exclu un portage chronique il est recommandé l’administration d’une dose supplémentaire (…) à la fin de la période de pénurie ». Il en sera de même en ce qui concerne les sujets considérés comme des non répondeurs. Plus généralement, les professionnels de santé nouvellement vaccinés avec le vaccin Engerix B20 pourront être admis en poste ou en stage un mois après l’administration de la deuxième dose et la troisième dose sera administrée après la fin de la période de pénurie.

Personnes prioritaires

Enfin, le HCSP établit la liste des patients pour lesquels la vaccination contre l’hépatite B doit être réservée : les personnes ayant des relations sexuelles avec des partenaires multiples, les usagers de drogues par voie parentérale, les sujets amenés à résider en zones de moyenne ou de forte endémie pour l’hépatite B, les  patients dialysés ou présentant une insuffisance rénale chronique, les personnes en attente de greffe, les membres de l’entourage d’un patient infecté par le VHB et les détenus. Pour ces sujets, les vaccins seront disponibles dans les pharmaciens hospitalières.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Et promouvons la vaccination...

    Le 13 mars 2017

    Quand je pense que la semaine européenne de la vaccination approche... On a beau y croire, on ne passe pas pour des guignols là ? "La vaccination, c'est bien ! C'est très bien même ! Mais désolée, on en a pas pour vous la faire...".

    C'est à l'image du système de santé actuel : Faire beaucoup plus avec quasiment plus rien... Le pays des rois du bout de ficelle... "Marabout, Bout de ficelle..." dit la chanson.

    C. D.

  • Personnels de santé

    Le 19 mars 2017

    Il me semblait que les personnels de santé avaient obligation d'être vaccinés contre l'Hépatite B. Or, je ne les vois pas dans la liste des personnes à vacciner en priorité.

    B. Sanchez, infirmière

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