Anosmie et agueusie chez l’adolescent, ne pas oublier la Covid-19

Les symptômes de l’infection au SARS-CoV-2 comportent habituellement : fièvre, toux, fatigue, expectoration, dyspnée, céphalées et, de reconnaissance postérieure, anosmie et agueusie. Les enfants ont en général des symptômes atténués ou sont totalement asymptomatiques et la perte de l’odorat et du goût a été rarement signalée chez ces sujets.

Des pédiatres de Hong Kong ont rapporté récemment trois cas d’anosmie chez des adolescents isolés pour infection au SARS-CoV-2 peu ou pas symptomatiques. Ces 3 sujets revenaient de Grande Bretagne où ils avaient séjourné pour un stage.

Description de 3 cas d’anosmie et agueusie chez des adolescents quasi asymptomatiques

Le premier sujet, une étudiante de 17 ans sans contagion connue a été mise en isolement à son arrivée de la Grande Bretagne. Le premier jour, elle a ressenti une perte complète du goût et de l’odorat en essayant d’ingurgiter des nouilles épicées. Quatre jours après le début des symptômes, l’infection au SARS-CoV-2 a été confirmée par test RT-PCR. Cette patiente n’avait aucun antécédent allergique ; l’examen du nez était normal ; elle n’avait pas de fièvre. Elle n’a ressenti qu’une douleur thoracique légère et une céphalée modérée, toutes les deux passagères.

L’anosmie et l’agueusie ont disparu au 7ème jour après le début des symptômes malgré la persistance de l’infection à la fin de l’isolement.

Le deuxième sujet, une adolescente de 15 ans mise en isolement à son arrivée de la Grande Bretagne. Son vol retour comprenait un cas de COVID-19 et son prélèvement nasopharyngé était positif. Deux jours plus tard, le seul symptôme qu’elle a présenté était l’incapacité de sentir ou goûter les aliments. Sa radio pulmonaire était normale. Au 8ème jour d’isolement, son goût pour le porridge et pour le snack aux algues est réapparu mais au 13ème jour l’anosmie persistait et l’infection au SARS-CoV-2 persistait encore à ce moment-là.

Le troisième sujet, un garçon de 14 ans sans contact connu avec un patient positif au SARS-CoV-2, isolé à l’arrivée, a été testé positif. Pendant 3 jours, il s’est plaint d’une anosmie transitoire avec une rhinorrhée modérée sans agueusie. Il n’avait aucun autre signe clinique et la radio thoracique était normale. A la fin de l’observation, la recherche du virus fournissait encore des résultats douteux.

Infections virales et rhino sinusites restent les causes les plus fréquentes d’anosmie

Les causes les plus communes d’anosmie sont les infections virales et les rhino-sinusites dont il résulte une atteinte neurale sensorielle, conductrice ou mixte. Moins fréquemment, l’anosmie est le fait de polypes, tumeurs, traumatisme crânien, chimiothérapie ou antidépresseurs. Les infections par les coronavirus et les rhinovirus agissent par l’œdème et la congestion de la muqueuse nasale et l’inflammation des neurones olfactifs et des voies de conduction. L’anosmie est temporaire dans la plupart des cas.

La physiopathologie de l’agueusie est moins claire mais l’identification des goûts passe, pour une bonne part, par celle des odeurs. La fréquence de l’anosmie et de l’agueusie a été sous-estimée dans les premières publications sur la Covid-19, de l’ordre de 5 % à 6 %. Elles peuvent être associées aux autres signes de la maladie ou isolées. Chez l’enfant et l’adolescent les données sont très limitées, probablement aussi sous-estimées en raison du caractère subjectif de ces symptômes.

En conclusion, ces observations montrent qu’une anosmie-agueusie de l’adolescent doit aussi faire évoquer une COVID-19.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Mak PQ. et coll. Anosmia and Ageusia: Not an Uncommon Presentation of COVID-19 Infection in Children and Adolescents. The Pediatric Infectious Disease Journal. 2020 Aug;39(8):e199-e200. DOI: 10.1097/inf.0000000000002718.

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Vos réactions (1)

  • «0 – 18ans : vraiment ?»

    Le 07 août 2020

    La recherche clinique pédiatrique a été non prioritaire durant la pandémie qui reste en cours : Bien peu d’enfants (<< 5%) concernés ou surtout TESTES car excellent pronostic maintenant notoire.

    Chez l’ADULTE en EUROPE, l’anosmie-agueusie est sur le PODIUM des symptômes, tout particulièrement chez la femme jeune :

    Lechien JR, Chiesa-Estomba CM, Place S et coll . Clinical and epidemiological characteristics of 1420 European patients with mild-to-moderate coronavirus disease 2019 . J Intern Med. 2020 Apr 30 ;10.1111
    22/3 - 10/4/2020 1420 COVID non sévères prouvés (PCR+) de plus de 15ans :
    Céphalées 70% ANOSMIE 70% Obstruction nasale 68% AGUEUSIE 54% (Fièvre 45%)

    Chez l’ADULTE en ASIE, elle semble beaucoup plus rare et restait absente des critères cliniques de diagnostic ou dépistage de la COVID19 en Chine.

    Pourquoi est t-elle beaucoup moins mentionnée chez l’ENFANT, au point d’en faire une publication à propos de 3 cas ? :

    Mak PQ, Chung KS, Wong JS et all . Anosmia and Ageusia: Not an Uncommon Presentation of COVID-19 Infection in Children and Adolescents. Pediatr Infect Dis J. 2020 Aug ;39 (8) : e199-e200

    •Subjective comme les céphalées, l’ «anosmie-agueusie» , a toute chance d’être méconnue en pédiatrie à fortiori en période de «Polynoses» , tout comme dans les formes sévères à tout age : le distinguo «pauci & asymptomatiques» est impossible.
    En pédiatie ambulatoire, 283 enfants françiliens «Paucisymptomatiques» : rareté de l’anosmie (3%) ou de l’agueusie (3%) … lorsqu’elles ont pu être évaluées chez ces enfants bien JEUNES : 4ans (4,8 ± 3,7):

    R Cohen, C Jung, N Ouldali et coll . Assessment of spread of SARS-CoV-2 by RT-PCR and concomitant serology in children in a region heavily affected by COVID-19 pandemic . medRxiv 2020.06.12.20129221 (preprint)

    •Elle est NON mentionnée dans les travaux ou revues pédiatriques sélectionnant les seules observations PCR+ à l’issue de stratégies initiales peu testantes en Europe ou en Chine : Elles négligent les premières mi-temps pauci & asymptomatiques non testées, tout comme les exceptionnelles formes différées potentiellement léthales devenues PCR négatives («KAWA-COVID») :

    Liguoro I, Pilotto C, Bonanni M et coll . SARS-COV-2 infection in children and newborns: a systematic review . Eur J Pediatr. 2020 May 18 ; 1‐18

    Zimmermann P, Curtis N. COVID-19 in Children, Pregnancy and Neonates: A Review of Epidemiologic and Clinical Features. Pediatr Infect Dis J. 2020 Jun ;39(6):469‐477

    Götzinger F, Santiago-García B, Noguera-Julián A et coll on behalf of the ptbnet COVID-19 Study Group. COVID-19 in children and adolescents in Europe : a multinational, multicentre cohort study. Lancet Child Adolesc Health 2020 June 25 (France absente)

    •RECEPTIVITE virale quantitativement : l’expression des récepteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine-2 (ACE2) dans les FOSSES NASALES augmente aprés 10 ans :

    Patel AB, Verma A. Nasal ACE2 Levels and COVID-19 in Children . JAMA. 2020 May 20.

    Bunyavanich S, Do A, Vicencio A. Nasal Gene Expression of Angiotensin-Converting Enzyme 2 in Children and Adults . JAMA. 2020 May 20 : e208707

    Ces 10ans semblent validés cliniquement :
    Gudbjartsson DF, Helgason A, Jonsson H et coll . Spread of SARS-CoV-2 in the Icelandic Population. N Engl J Med. 2020;382(24):2302-2315

    •RECEPTIVITE virale qualitativement : l’analyse du polymorphisme génomique du récepteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine-2 (ACE2) pourra être une piste de la compréhension des disparités de pénétrance du SARS-CoV-2 (Adulte vs Enfant , Homme vs Femme), de la variabilité des expressions cliniques aux deux extrémités du spectre clinique (Anosmie/ Agueusie & Syndromes inflammatoires multiviscéraux : Rares ou inexistants en asie) , des disparités géographiques & ethniquesconstatées quand elles ont pu ou surtout su être évaluées :

    Devaux CA, Rolain JM, Raoult D. ACE2 receptor polymorphism: Susceptibility to SARS-CoV-2, hypertension, multi-organ failure, and COVID-19 disease outcome. J Microbiol Immunol Infect. 2020;53(3):425-435

    Cao Y, Li L, Feng Z, Wan S et coll . Comparative genetic analysis of the novel coronavirus (2019-nCoV/SARS-CoV-2) receptor ACE2 in different populations. Cell Disc 2020;6:11

    •Le PORTAGE dans les formes peu symptômatiques semble rejoindre celui de l’adulte dés 5 ANS :

    Heald-Sargent T, Muller WJ, Zheng X et coll . Age-Related Differences in Nasopharyngeal Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 (SARS-CoV-2) Levels in Patients With Mild to Moderate Coronavirus Disease 2019 (COVID-19). JAMA Pediatr. 2020 July 30.

    •Ainsi , l’ «Age PEDIATRIQUE» n’est pas PAS HOMOGENE dans son «0-18ans» national en COVIDologie comme ailleurs. Une stratification est souhaitable pour nuancer maillons faibles ou forts tant pour leur implication dans la dynamique de la transmission virale que dans l’évaluation du risque de forme sévère : 0-5A, 5-10A,10A-15A, >15Ans ?

    L’enfant est devenu, (provisoirement ?) , «Maillon FORT»: Peu contaminant, contaminé par son entourage avec alors des conséquences cliniques nulles ou modérées sous réserve des co-viralités , saisonnières elles, automno-hivernales à venir.

    Dr JP Bonnet

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