Après le premier, la menace d’un deuxième cancer

Le nombre de patients vivants après un cancer est en constante augmentation. Cela tient à l’allongement de l’espérance de vie, au vieillissement de la population et à l’amélioration de la survie après un cancer due à une meilleure détection et à la plus grande efficacité des traitements.

L’une des conséquences de cette situation est le risque qu’un deuxième cancer primitif soit diagnostiqué. Plusieurs raisons aussi à cela, parmi lesquelles l’identité des facteurs de risque pour plusieurs types de cancer (expositions environnementales, génétique, mode de vie) et les effets à distance des traitements anti-cancéreux.

Plusieurs travaux ont examiné ce danger. Parmi ceux-ci, une étude danoise a révélé que le risque était légèrement augmenté, et seulement pour les patients survivant plus de 30 ans après le premier diagnostic. Une étude française plus récente a montré en revanche une augmentation substantielle et constante tout au long de la survie.

Augmentation du risque d’environ 20 %

Une nouvelle étude, réalisée cette fois en Suisse, a été menée sur plus de 310 000 patients survivant plus de 6 mois après un premier cancer. Au total 33 793 seconds cancers primitifs ont été détectés pendant un suivi médian de 6 ans. L’augmentation du risque de nouveau cancer est d’environ 20 %, sensiblement le même pour les hommes et les femmes, mais il varie significativement selon la localisation du premier cancer. Il est supérieur en cas de cancer de la cavité buccale et du pharynx, de lymphome de Hodgkin, de cancer laryngé, œsophagien ou pulmonaire.

Le risque diminue avec l’âge au moment du diagnostic du premier cancer.

Inversement, les patients traités pour un cancer de la prostate ont un risque réduit de deuxième cancer et il n’est pas retrouvé d’accroissement du risque de second cancer chez les femmes traitées pour un cancer du sein, sauf au delà de 10 ans après le premier diagnostic. Globalement, et pour la plupart des cancers, il apparaît une tendance à l’augmentation du risque pour les patients dont le premier cancer a été diagnostiqué avant 50 ans. Après stratification par durée de la survie, les données confirment que le risque croît avec l’allongement de la durée depuis le diagnostic initial.

Lutter contre les facteurs de risque classiques

Il apparaît aussi une forte association entre certains types particuliers de premier cancer et de second cancer, particulièrement pour les cancers liés au tabac. C’est ainsi que les patients atteints initialement d’un cancer de la cavité buccale et du pharynx ont un risque multiplié par 20 et 40 respectivement d’être victime d’un second cancer de la cavité orale ou du pharynx et par 16 et jusqu’à 30 respectivement de présenter un second cancer au niveau de l’œsophage.

Ces données signifient que les patients doivent rester sous contrôle après un premier cancer, non seulement pour surveiller la survenue d’une récidive ce qui est déjà le cas, mais aussi celle d’un second cancer. Les premiers et seconds cancers partageant les mêmes facteurs de risque sont assez courants, et cela illustre l’importance de lutter contre ces facteurs de risque, autant dans la population générale que chez les survivants après un cancer.

Dr Roseline Péluchon

Références
Feller A et coll. : The relative risk of second primary cancers in Switzerland: a population-basedretrospective cohort study BMC Cancer. 2020 ;20(1):51. doi: 10.1186/s12885-019-6452-0.

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Vos réactions (2)

  • 2ou 3 ème

    Le 28 janvier 2020

    J'en ai déjà eu un du colon et le suivant du poumon il y a plus de cinq ans, et je ne suis pas mort (je bande même encore (un tout petit peu mais ça fait du bien).
    Alors pour quand le 3 ème (j'avais arrêté de fumer pour des raisons techniques et non médicales environ 10 ans avant le premier et je continue à boire et à manger bien autrement et plus mal que toutes les recommandations réunies) ?

    Dr V

  • Les oncologues informent-ils ceux qu'ils traitent

    Le 06 février 2020

    En tant que médecins, nous sommes informés de ce risque, mais les oncologues en informent-ils ceux qu'ils traitent et "guérissent", les personnes touchées ont besoin de croire à l'issue bonne et définitive de leur cancer pour recommencer à vivre. Je pose la question.
    Et si nous sommes atteints, c'est en pleine conscience du caractère transitoire et fragile de toute rémission.

    Dr Xavier Baizeau

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