Assistants médicaux : des débuts bien timides qui n’altérèrent pas l’enthousiasme de l’Assurance maladie

Paris, le jeudi 23 janvier 2020 – Offrir aux médecins libéraux des aides à l’embauche pour l’emploi d’assistants médicaux, en contrepartie de l’engagement d’une augmentation de leur volume d’activité, était une idée qui avait originellement séduit la plupart des représentants des médecins libéraux. Cependant, les négociations qui se sont engagées au début de l’année dernière ont rapidement eu raison de cet enthousiasme initial. Les syndicats ont bientôt dénoncé les complexités administratives du système dessiné par l’Assurance maladie ainsi que ses exigences quant aux objectifs fixés. Aussi, la Fédération des médecins de France (FMF) et le Bloc ont refusé d’adopter l’avenant.

4 000 assistants médicaux en 2022 : un but trop utopique

L’adhésion des autres syndicats, dont MG France et la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), majoritaires, a cependant permis le déploiement du dispositif. Le lancement a été timide et même si lors de la signature, l’Assurance maladie s’est gardée de s’imposer des objectifs (la perspective des 4000 assistants médicaux engagés à l’horizon 2022 apparaît à certains égards utopiques). Les responsables de la CNAM ont également observé avec déception le très faible engouement des spécialistes : près de neuf contrats sur dix ont pour l’heure été signé par des généralistes.

302 contrats signés

Cependant, invité hier par l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS), le patron de la CNAM, Nicolas Revel a pu indiquer que 302 contrats avaient été signés et que 314 étaient en cours de signature, comme le rapporte Le Généraliste. Il est encore trop tôt pour mesurer les effets de cette réforme en termes d’augmentation du nombre de patients et de fluidification des parcours, notamment dans les départements où la quête du médecin traitant s’apparente à celle du Graal. Cependant, Nicolas Revel avance des estimations « On est sur des augmentations de patientèle d’en moyenne 12 %. Mais ces augmentations sont des minima. Selon les remontées que j’ai déjà reçues, certains seront en capacité d’aller au-delà de ces objectifs ». Il affirme également que les remontées du terrain évoquent des médecins satisfaits de se sentir moins harassés et de pouvoir consacrer plus de temps à leur consultation (ce qui n’est pas nécessairement compatible avec une augmentation du nombre de consultations).

Comment déterminer si l’on est éligible ?

Si les échos du terrain, relayés par exemple par la presse locale, révèlent en effet l'engouement de certains médecins, différents freins demeurent pour que les praticiens s’emparent du dispositif. Ainsi, les cabinets qui comptaient déjà un assistant médical en leur sein ne mesurent pas toujours dans quelle mesure ils pourraient être éligibles au dispositif. D’une manière générale, les critères sont loin d’être facilement appréhendables. « Les médecins ont encore du mal à évaluer leur propre situation, à savoir s’ils sont éligibles, dans quelles proportions et avec quelles contreparties » confirmait au Quotidien du médecin le mois dernier le patron de MG France, le docteur Jacques Battistoni, pourtant favorable au dispositif. Corriger la complexité du système et assouplir certains critères (notamment l’accès aux assistants médicaux à certains praticiens exerçant seuls) font partie des attentes des organisations pour doper le dispositif. Des évolutions auxquelles le patron de la CNAM n’est pas hostile comme il l’a indiqué lors de la rencontre avec l’AJIS. Enfin, si des infirmières et des aides-soignantes sont nombreuses à compter parmi les assistants médicaux, beaucoup attendent également la sortie des premiers cycles de formation spécifique.

Cinq CPTS constituées

Bien qu’ayant démarré de manière timide, le déploiement des assistants médicaux semble le dispositif présenté comme une réponse à la problématique des déserts médicaux qui connaît le plus grand succès. En effet, la mise en place des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) se heurte à des obstacles plus diriment encore. Aujourd’hui, de l’aveu de Nicolas Revel, seules cinq CPTS sont aujourd’hui effectives, mais il assure que « plusieurs dizaines le seront dans les prochains mois » et continue à défendre cité par Egora : « On peut reprocher au CPTS une organisation gazeuse, voire fumeuse… Mais ce n’est pas une nouvelle couche technocratique ». Enfin, on le sait, l’essor très attendu de la télémédecine, en dépit de la mise en place d’une réelle rémunération il y a plus d’un an, n’a pas eu lieu. Néanmoins, une fois encore, l’optimiste de Nicolas Revel est inébranlable : il signale ainsi « une accélération » lors des dernières semaines de 2019.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Innovations et "simplifications" de la SS

    Le 23 janvier 2020

    Complexe, fumeux, chronophage, incompréhensible... Comme d'hab quoi! Dès que la SS nous propose une simplification, je pars en courant! Il n'y a rien à attendre de ces coqs à l'hubris aussi démesuré que leur connaissance de notre profession est réduite. Derniers méfaits en date: la nomenclature des consultations obligatoires pour les enfants (compliqué est un euphémisme) et la nomenclature pour NS: je n'ai pas encore compris et je ne ferai bien sûr pas l'effort. Foin de tous ces fesse-mathieu ! J'ai même découvert qu'un président de syndicat avait écrit une longue "tentative de clarification de la cotation des actes du samedi après-midi"! et je n'ai rien compris.
    Quant à embaucher qui que ce soit, c'est un NON franc et massif. Pour avoir voulu licencier une employée il y a quelques années, il m'a fallu 2 ans de galères et 28 000 euros...

    Et pour ce qui est des CPTS, je perds déjà assez de temps à des taches stupidement administratives et inutiles, alors ça va. Je ne comprends pas pourquoi M. Revel n'est pas encore devant la haute-cour de justice de la république. Son pauvre père doit se retourner dans sa tombe !

    Dr Jean-Noël Chauveau

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