Associer des corticoïdes à l’antibiothérapie dans le traitement de l’érysipèle ?

Habituellement, l’érysipèle, qui touche le derme et les tissus sous-cutanés, est traité par antibiothérapie. Des données accumulées précédemment évoquent un bénéfice possible de la prednisone en combinaison avec les antibiotiques: la guérison serait plus rapide. Mais qu’en est-il vraiment? Eléments de réponse au travers d’une étude israélienne dont les résultats ont été publiés en mars dernier par l’IMAJ (Journal de l’Association Médicale Israélienne).

Cette étude rétrospective (1) a été conduite sur des patients hospitalisés entre 2004 et 2011 au Service de dermatologie du Centre Médical Sheba, en Israël, avec un diagnostic d'érysipèle. Les données recueillies incluent l'épidémiologie, les antécédents médico-chirurgicaux ainsi que l'évolution de la maladie au cours de l'hospitalisation. La population de l'étude compte 173 patients (66 % d'hommes) répartis en deux groupes: le groupe traitement combiné (76 patients) ayant reçu l'association antibiothérapie + prednisone et le groupe contrôle (97 patients) n'ayant bénéficié que d'antibiotiques.
Les patients du groupe traitement combiné présentaient un érysipèle plus sévère (forme bulleuse) et ont été hospitalisés plus longtemps que ceux du groupe contrôle (8,5 versus 7 jours en moyenne). Cependant, une amélioration clinique de 71 % était observée peu après l'initiation de la corticothérapie dans le premier groupe, sans effets indésirables significatifs. Le suivi à court terme indiquait des œdèmes plus importants dans ce groupe. Par contre, à plus long terme, les érythèmes et les récidives de l'érysipèle ont été plus fréquents dans le groupe contrôle, dont les patients ont recouvré un état normal plus tardivement.

Une confirmation

Pour les auteurs, l'association antibiothérapie + prednisone devrait être envisagée dans le traitement de l'érysipèle, et tout particulièrement dans les cas sévères. Ils ajoutent cependant qu'une étude prospective et en double aveugle devrait être conduite pour vérifier ces conclusions. Quoi qu'il en soit, leurs observations confortent notamment une étude scandinave publiée en 2009 (2), et dans laquelle 112 patients hospitalisés pour érysipèle ont été randomisés en deux groupes, traités pendant 8 jours soit par antibiothérapie + placebo, soit par antibiothérapie + prednisolone. Le délai moyen avant guérison et la durée de l'hospitalisation étaient significativement plus courts dans le groupe prednisolone (5 jours versus 6 ; p < 0,01). Le percentile 90 de guérison confirme cette moyenne : 10,0 jours contre 14,6 jours. La durée moyenne du traitement par antibiothérapie IV allait dans le même sens (3 jours versus 4 ; p< 0,05). Quant à la fréquence des effets indésirables, elle n'était pas supérieure dans le groupe prednisolone.

Dr Claude Leroy

Références
1.Solomon Michal et coll. : Corticosteroid Therapy in Combination with Antibiotics for Erysipelas. Isr Med Assoc J. 2018; 20: 137-140.
2.https://doi.org/10.3109/00365549709011834

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Traiter rapidement.

    Le 06 décembre 2018

    Cette étude comme la plus part sur les traitements antibiotiques ne tient pas compte du délai entre début des signes et administration d'une antibiothérapie adaptée. Or j'ai toujours pensé (et enseigné) que l'infection bactérienne était une urgence et que plus précoce était le traitement plus le résultat était satisfaisant.
    Ici je ne serai pas surpris que la prednisolone soit d'autant plus efficace (ou nécessaire) que le traitement a été tardif. Malheureusement cet élément de délai ou de précocité n'est pas pris en compte, ici comme dans nombre de travaux, sur l'efficacité ou le choix des traitement antiinfectieux.

    Dr. Yves Gille, microbiologiste retraité.

Réagir à cet article