AstraZeneca pour les plus de 65 ans et les vaccins à ARNm en ville : le tournant attendu de la campagne

Paris, le mardi 2 mars 2021 – L’autorisation fin janvier en Europe du vaccin AstraZeneca devait permettre une véritable accélération de la campagne de vaccination. Son mode de conservation bien moins strict que celui des vaccins à ARNm permettait en effet aux professionnels de santé de ville de participer pleinement. Cependant, l’élan attendu n’a pas été au rendez-vous. Le manque de données (fin janvier) concernant l’efficacité chez les plus de 65 ans a en effet conduit la Haute autorité de Santé (HAS) à ne pas le recommander chez ces derniers et à préconiser dans un premier temps son utilisation chez les sujets de 50 ans à 65 ans souffrant de comorbidités (ainsi que les personnels soignants). Cette limitation ainsi que la médiatisation d’effets secondaires parfois gênants (états grippaux pouvant nécessiter des arrêts de travail) ont suscité une certaine réserve chez les Français, que les efforts du professeur Alain Fischer pour affirmer la grande qualité du produit n’ont pas totalement permis de corriger.

La France thésaurise malgré elle

Ainsi, certains médecins généralistes ont rencontré des difficultés à convaincre leurs patients éligibles du bénéfice de recevoir cette vaccination (et de ne pas attendre la possibilité de recevoir le vaccin Pfizer/BionNTech ou Moderna). « Il y a des patients qui ne veulent pas être vaccinés avec AstraZeneca. C'est compliqué de remplir les créneaux de vaccination », a ainsi témoigné le Dr Corinne le Sauder présidente de la Fédération des médecins de France (FMF) dans les colonnes du Quotidien du médecin, tandis que différents reportages ont confirmé l’existence d’une telle tendance. Parallèlement à cette crise de confiance, la nécessité pour les médecins de recruter 10 patients éligibles (souvent en les contactant eux-mêmes) et de s’astreindre aux inévitables démarches administratives (obligation de transmettre une prescription écrite au pharmacien pour que ce dernier puisse être remboursé) explique que la vaccination dans les cabinets de ville n’ait pas démarré de façon aussi dynamique que ce qui était espéré. Moins de 30 000 médecins s’étaient inscrits lors de la première phase (la semaine dernière) et un peu moins de 20 000 cette semaine (mais avec la possibilité de commander deux flacons et tandis que ceux qui ont participé la première semaine n’ont pas nécessairement identifié de nouveaux patients). Du côté des médecins du travail pourtant eux aussi autorisés à vacciner les personnes de 50 à 64 ans souffrant de comorbidités depuis la semaine dernière, le bilan est plus décevant encore avec « 300 médecins du travail autonomes (internes à l'entreprise) ou des services de santé au travail interentreprises, sur un peu plus de 4 000 au total en France, [qui] ont demandé à vacciner et réservé les vaccins auprès des pharmacies d'officine », a détaillé vendredi le secrétariat d'État chargé de la Santé au travail, Laurent Pietraszewski. La nécessaire appropriation du dispositif est mise en avant pour expliquer cette frilosité. Résultat (qui est également la conséquence d’un lancement de la campagne dans les cabinets de ville différé) selon des informations données par BFM-TV, à la différence de ce qui s’observe pour les doses des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, la France semble thésauriser. Au 25 février, 16 % des doses d'AstraZeneca déjà reçues dans notre pays avaient été administrées, contre 25 % pour l’Allemagne et l’Italie ou 33 % pour l’Espagne.

Mais tout pourrait changer. Dans un avis rendu hier et publié aujourd’hui, la Haute autorité de Santé revoit, de façon plus précoce que ce qui était programmé, ses recommandations concernant l’utilisation du vaccin AstraZeneca. Ce dernier peut désormais être administré aux sujets de 65 à 74 ans (dans un premier temps ceux souffrant de comorbidités). Cette préconisation dont la confirmation par le ministère de la Santé a été immédiate (puisqu’elle est intervenue hier soir) est le fruit d’une saisie de la Direction générale de la Santé (DGS) après la lecture des exceptionnels résultats en vie réelle de la vaccination en Écosse. Dans cette nation britannique où plus de 20 % de la population a déjà été vaccinée (soit grâce à Pfizer/BioNTech soit grâce à AstraZeneca), les données d’hospitalisation des 1,3 millions de personnes ayant déjà reçu une première dose ont été comparées à celles du reste du pays. Les résultats sont sans ambiguïté : les hospitalisations ont chuté dès la deuxième semaine après la première injection. Il apparaît en outre que les données sont parfaitement comparables entre les personnes immunisées par Pfizer-BioNTech et AstraZeneca (introduit dans un second temps), tandis que les plus âgés paraissent également parfaitement protégés par ce vaccin. AstraZeneca permet ainsi une diminution de 95 % des hospitalisations chez les plus de 80 ans. Ces conclusions très positives ne pouvaient que conduire la HAS à revoir au plus tôt ses préconisations (dans le sillage des autorités sanitaires allemandes), permettant ainsi de lever les derniers freins à la vaccination par les médecins libéraux. En outre, pour les personnes âgées de 65 à 74 ans qui estimaient aujourd’hui être les laissés-pour-compte de la vaccination, c’est un soulagement.

Espacement entre les deux doses : le retour ?

Mais les recommandations de la HAS, résumées ce matin en conférence de presse, qui pourraient entraîner un véritable tournant dans la campagne de vaccination ne se limitent pas à ce seul élargissement des indications d’AstraZeneca. Toujours en se basant sur les données écossaises, la HAS note que semble se confirmer la possibilité d’un espacement entre les deux doses : de six semaines pour les vaccins à ARNm et de 12 semaines pour AstraZeneca, méthode qu’elle avait déjà préconisée (avant d’être désavouée par le ministère de la Santé). Sur ce point qui permettrait, remarque le professeur Elisabeth Bouvet présidente de la commission vaccination au sein de la HAS, d’augmenter rapidement le taux de vaccination, le ministère de la Santé ne s’est pas encore prononcé et Alain Fischer reste réservé a-t-il confié au Monde.

Autre préconisation majeure de la HAS, elle estime que tous les vaccins et non pas seulement celui d’AstraZeneca pourraient être administrés par tous les soignants (insistant une nouvelle fois sur la possibilité d’élargir la vaccination aux autres professionnels de santé et notamment aux pharmaciens). Sans doute, le fait que Pfizer/BioNtech ait récemment indiqué que la conservation de son vaccin pouvait se faire dans des congélateurs usuels n’est pas étranger à cette recommandation. Si un tel changement optique était confirmé par le ministère de la Santé, cela permettrait une vaccination en cabinet (voire en officine !) des plus de 75 ans (voire des moins de 75 ans avec des vaccins à ARNm), ce qui une fois encore aurait probablement pour effet d’accélérer la campagne. Là encore, on ignore la position du ministère de la Santé, si ce n’est qu’un texte est promis pour les jours à venir concernant la vaccination avec AstraZeneca par les officinaux. Mais, tant la logistique que la crainte d’une pénurie de doses pourraient freiner le gouvernement. Cependant, ce dernier sait que pour gagner la course contre les variants (face auxquels l’efficacité des vaccins n’est pas entièrement garantie, en tout cas en ce qui concerne les variants 20H/501Y.V2 [sud-africain] et 20H/501Y.V3 [brésilien] notamment s’agissant d’AstraZeneca) et pour pouvoir continuer à repousser l’idée d’un confinement, l’accélération de la vaccination est indispensable (même si certains jugent que la méthode gagnante allie confinement et vaccination massive pour éviter la diffusion des variants).

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Des doutes plein la tête

    Le 02 mars 2021

    Noir ...blanc ...noir ...blanc etc...
    Sérieusement comment voulez vous que l’on accorde du crédit à nos gouvernements et à la santé publique en France ...
    En tant que médecin généraliste je n’arrive plus à savoir dans quel sens tourne la girouette tant elle va vite ...
    D’ailleurs qui impulse tous ces changements de stratégie...ne me dites pas que parce qu’ils ont tourné leurs regards vers l’Ecosse notre haute autorité de santé a d’un seul coup changé sa vision ?
    Où sont les études prouvant l’innocuité du vaccin Astra-Zeneca chez les plus de 65 ans atteints de comorbidites et peut on m’expliquer pourquoi une contre indication chez la femme enceinte (risque de fièvre délétère)et pas chez les personnes âgées ...
    Certes la natalité a baissé (Covid oblige ) qu’importe les conséquences sur une population âgée (pas de réversion de retraite : décès =économies).
    Et que penser du prix du vaccin à 2€ et quelque/ aux 2 autres qui atteignent les 10€.
    Voilà si quelqu’un peut me répondre....
    Je ne participerai pas à cette campagne de vaccination : à cause de ce « bordel » ambiant j’ai des doutes plein la tête ...
    Dr Erbibou

  • Pas de stock

    Le 02 mars 2021

    Tout cela est bien intéressant, mais où sont les vaccins ? Car volontiers on veut se faire vacciner mais pas de stock quelque soit le lieu d’habitation (île de France).

    Wilfrid Astier

  • Où sont les vaccins ?

    Le 07 mars 2021

    Retraité, ex soignant, francilien, tenté à de multiples reprises de joindre le centre de vaccination de l'Hotel Dieu, en vain. Je connais par cœur la petite voix, mais je n’ai toujours pas de rendez vous ...

    Dr Michel Febvre

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