Athlètes transgenres : peut-on tout baser sur le niveau de testostérone ?

La question de la présence dans le sport, équitable, inclusive et non discriminatoire, de tous les athlètes, y compris les participants transgenres et de diverses identités de genre, est posée depuis des années.

En 2021, le Comité international olympique (CIO) a publié un texte selon lequel « jusqu’à preuve du contraire, les athlètes ne doivent pas être considérés comme ayant un avantage compétitif injuste ou disproportionné en raison de leur intersexuation, de leur apparence physique ou de leur transidentité » (1).

Actuellement, les lignes directrices sont principalement fondées sur le niveau de testostérone pour les athlètes féminines transgenres participant à des compétitions féminines. Elles se reposent sur les différences de performances masculines et féminines engendrées par l’exposition à cette hormone dès le début de la puberté et associées à plusieurs variables dont la taille, la masse musculaire, l’anatomie pelvienne et celle des membres inférieurs, les temps de réaction, le VO2max, la force et la mécanique des mouvements comme dans la course à pied. Pour les records mondiaux, l’écart entre sexes est de 8 à 12 %.

Des chercheurs anglo-canadiens ont tenté de comprendre comment les organisations sportives prennent ces questions en compte. Ils ont conduit une revue exploratoire suivant le protocole PRISMA et étudié les règlements de 15 fédérations sportives britanniques (football, athlétisme, cricket, aviron, cyclisme, etc.).

Un manque de réglementations et de cohérence

Seules 11 fédérations disposaient d’un texte relatif aux athlètes transgenres. Ces textes étaient, pour la plupart, inspirés de la réunion de consensus 2015 du CIO sur la réaffectation sexuelle. Toutefois, de nombreux points n’y étaient pas abordés, comme le cas des athlètes avant/après la puberté, la justification des seuils de testostérone, la durée de la période à respecter avant de pouvoir participer à une compétition (pour les athlètes en transition), l’avantage irréversible de la puberté masculine, la fréquence du suivi des tests hormonaux et les conséquences pour les athlètes qui se situeraient en dehors des limites acceptées de testostéronémie.

Les auteurs concluent à un manque de cohérence et un déficit de recommandations claires concernant les athlètes transgenres. Ils s’interrogent sur le recours à la testostérone comme marqueur d’un avantage, car la force conservée et les données anthropométriques sont indépendantes de son niveau réel. Ils avancent que les règlements doivent concerner à la fois le loisir et la compétition. Ils invitent enfin à effectuer la même analyse au niveau des fédérations internationales.

Dr Patrick Laure

Références
1. CIO. Cadre pour l'équité, l'inclusion et la non-discrimination sur la base de l'identité sexuelle et de l'intersexuation. Lausanne, 16 novembre 2021.
2. McLarnon M, Thornton J et coll. : A Scoping Review of Transgender Policies in the 15 Most Commonly Played UK Professional Sports. Int J Environ Res Public Health 2023;20 :3568 (1–18).

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Vos réactions (3)

  • Manque de cohérence ou délire total ?

    Le 16 mars 2023

    C'est ainsi que CeCe Telfer a écrasé la concurrence lors de la finale du 400 mètres haies du championnat national universitaire au Texas. Une performance de haut-niveau qui a suscité des interrogations. Non 
qu'elle soit accusée de dopage, mais il y a deux ans, CeCe s'appelait Craig et ne rentrait même pas dans les 200 meilleurs coureurs de sa catégorie.

    Dr A Krivitzky

  • Vision britannique de la situation

    Le 17 mars 2023

    Merci pour l'analyse de cet article...
    Je voudrais juste préciser que ce papier fait une analyse des dispositions actuellement en vigueur en Grande-Gretagne, et uniquement pour des compétitions nationales. Les dispositions prises par les fédérations internationales sont souvent beaucoup plus complètes, supportées par l'état le plus récent des connaissances scientifiques et par des échanges au sein d'un réseau d'experts internationaux.
    C'est le cas pour le cyclisme, sport pour lequel les dispositions d'éligibilité des athlètes transgenres sont régulièrement révisées en fonction des dernières connaissances. Le dernier ajustement du règlement pour les compétitions internationales date de juin 2022. Il renforce les règles d'éligibilité exigeant un contrôle régulier de testostéronémie inférieure à 2.5 nM pendant 2 ans. Il est supporté par un dernier état des connaissances scientifiques pour le cyclisme, disponible sur le site officiel de cette fédération internationale. Beaucoup de fédérations internationales travaillent en réseau afin d'ajuster leurs dispositions d’éligibilité en fonction des caractéristiques et contraintes physiologiques spécifiques de leurs disciplines.

    Dr Xavier Bigard, Directeur médical de l'UCI (fédération internationale de cyclisme)

  • Quadrature du cercle ?

    Le 20 mars 2023

    Quand on se souvient qu il y a quelques années, une athlète femme, non transgenre, mais qui avait une musculature "masculine" liée à un taux d'hormone mâle plus élevé chez cette athlète, avait été interdite de compétition, car considérée comme dopée... Ce genre de balivernes avec des juges qui oublient, simplement la nature et sa diversité. Assez fréquent dans l'économie du sport. Un skieur de fond finlandais, avec un taux élevé naturel de GR, a payé le prix fort lié à la méconnaissance de ses juges. Tout cela est très fréquent dans la lutte antidopage.
    Alors, régler le problème des transgenres sous traitement hormonal, risque d'être la quadrature du cercle. Pourquoi ? Soit on considère que cet état est "normal" de sorte que la prise d'hormones ne peut être justifiée par une AUT ; soit on considère que cet état est pathologique, ce qui n'est pas le point de vue de la société, mais alors l'AUT est possible.

    Dr C Trape

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