Attaque chimique en Syrie : le sarin fortement suspecté

Paris, le mercredi 11 avril 2018 – L’intensité des combats dans la Ghouta orientale (Syrie) ne pouvait qu’attiser la crainte d’une nouvelle utilisation d’armes chimiques. A plusieurs reprises en effet ces dernières années, de telles attaques ont été perpétrées, mises (très probablement) en œuvre par le régime de Bachar el-Assad. Prévisibles, les vidéos en provenance de Syrie en ce début de semaine n’en sont pas moins révoltantes. Des images d’enfants suffocants et hagards que des équipes médicales, apparaissant paniquées, tentent de prendre en charge ont ainsi fait le tour du monde.

Camoufler l’utilisation du sarin

A l’instar de ce qui avait été subodoré en août 2013 ou en avril 2017, le recours au gaz sarin, en plus du chlore, est suspecté. Médecin qui a effectué plusieurs longs séjours en Syrie depuis le début de la guerre, Raphaël Pitti, responsable de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM) signale en effet que parallèlement aux victimes de suffocation, présentant des symptômes habituels d’intoxication au chlore, une cinquantaine de personnes ont été retrouvées comme « foudroyées par la mort » « dans des caves, des appartements ». Or, rappelle Raphaël Pitti : « Le chlore ne foudroie pas, même à haute concentration (…). Là, les morts sont couchés les uns sur les autres, donc quelque chose d’autre a été utilisé ». Il formule encore l’hypothèse que le mélange avec le chlore a pu être choisi pour « camoufler l’utilisation du sarin ». La preuve du recours au sarin ou à un autre agent neurotoxique en plus du chlore sera cependant difficile à établir en l’absence d’analyse des prélèvements biologiques, qu’il sera très complexe d’acheminer hors de Syrie.

Nécessité numéro un : arrêter les bombardements

La prise en charge des victimes de cette odieuse attaque, qui a suscité une réaction marquée de la communauté internationale (qui pourrait aller jusqu'à des frappes aériennes), a constitué une épreuve supplémentaire pour les équipes médicales présentes dans la Ghouta, qui vivent depuis plusieurs mois un véritable calvaire. Dès le mois de février, Médecins sans frontières (MSF) appelait à un cessez-le-feu signalant l’impossibilité de prendre en charge les victimes des bombardements. « Même avec suffisamment de fournitures médicales, il n’y a rien que vous puissiez faire pour répondre aux besoins d’un nombre aussi important de personnes. Ce n’est pas tant de matériel médical dont nous avons besoin, mais d’un arrêt des bombardements » commentait la responsable d’un grand hôpital de campagne.

Martyre des structures médicales

Ces appels sont restés sans réponse et les hôpitaux ont continué à être pris pour cible, l’acharnement contre les structures médicales étant particulièrement net depuis le début du conflit. « Si les avions doivent passer deux ou trois fois pour tout détruire, ils le font. Sur les 29 structures de santé de la Ghouta, au moins 27 ont été touchées » a ainsi recensé Raphaël Pitti, récemment interrogé par le site France Télévisions. Les praticiens demeurés sur place ne peuvent que dire leur désespoir et leur impuissance. « C’est un cauchemar absolu » a ainsi confié l’un d’eux à France Télévisions avant de poursuivre : « Prendre en charge des traumatismes, c’est mon métier. Mais les blessures de guerre, c’est incomparable. Nous venons d’amputer un enfant de trois de ses membres. Devant ce genre de situation, c’est impossible de retenir ses larmes ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Phronêsis

    Le 16 avril 2018

    La prudence s'impose avant de relayer des informations qui ressemblent fort au coup des armes de destructions massives irakiennes (que l'on cherche toujours). Rappelons que la seule attaque chimique avérée en Syrie était l'oeuvre des rebelles, ce qui explique sans doute que l'enquête ait été vite enterrée. Quant à la 2ème partie de l'article, qui n'a rien à voir avec la chimie, on a l'impression que les gens redécouvrent l'eau chaude : à la guerre des gens sont tués ! En effet, la guerre la plus humaine est la guerre la plus courte. Quel intérêt les occidentaux ont-ils à la prolonger avec ces bombardements inutiles ?

    J. Métais

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