Autisme chez les filles, ce n’est pas tout à fait pareil

L’autisme est plus fréquent chez les garçons avec un rapport garçons/filles de l’ordre de 4/1. Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer cette différence en particulier dans la présentation. Les filles ont des symptômes plus discrets souvent rapportés à une timidité, une meilleure communication non verbale, des pathologies secondaires qui cachent l’autisme comme une dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires. De surcroît, les critères du diagnostic sont plus adaptés aux garçons. Ces différences pourraient expliquer un sous-diagnostic dans le sexe féminin.

Des praticiens de l’unité des troubles du développement de l’hôpital d’enfants d’Adélaïde (Australie) ont revu les dossiers des patients adressés pour évaluation de janvier à juin 2018. Ceux-ci ont bénéficié d’un bilan complet multidisciplinaire. Plus particulièrement, le diagnostic d’autisme s’est appuyé sur des critères reconnus : « Autism Diagnostic Observation Scale, Childhood Autism Rating Scale (CARS2), Manual of Mental Health Disorders (DSM-5). Sur la période de 6 mois, 212 enfants ont été examinés : Le diagnostic d’autisme a été posé pour 195 d’entre eux, 145 garçons (74 %), 50 filles (26 %) soit 2,9/1. La différence d’âge n’était pas significative : filles 8,30 ans ± 3,99 vs 7,21 ± 3,31.

Des différences quant aux déficits de communications et les comportements répétitifs

La comparaison des symptômes selon le genre a montré plusieurs différences. Parmi les critères de catégorie A relatifs aux déficits de communication, ces derniers ont été plus souvent mis en évidence chez les garçons pour les interactions sociales réciproques : 100 % vs 96 % (P=0,015), les déficits de conversation réciproque 98 % vs 90 % (P = 0,015), les déficits de jeu d’imagination : 88 % vs 66 % (P=0,001, OR 3,64). Parmi les critères de catégorie B relatifs aux comportements restrictifs ou répétitifs, les différences significatives concernaient la répétition de phrases : 72 % des garçons vs 54 % des filles (p = 0,016, Odds Ratio OR 2,2), l’existence de manifestations auditives : 98 % des garçons vs 92 % des filles (p = 0,052). À l’inverse, les déficits proprioceptifs ou vestibulaires étaient plus fréquents chez les filles : 62 % vs 40 % (P = 0,007, OR 0,41) ainsi que les peurs reflétant un évitement sensoriel : 58 % vs 37 % (P = 0,010, OR 0,43). Dans les deux sexes, les manifestations de langage stéréotypées les plus fréquentes étaient les phrases répétées et l’écholalie. Les centres d’intérêt persistants chez les filles étaient les animaux (31 %) et chez les garçons les transports (35 %). L’analyse des comorbidités n’a pas montré de différences significatives selon le sexe : déficit intellectuel (14 % vs 17 %), troubles du langage (50 % vs 63 %), déficit de l’attention/hyperactivité (24 % vs 27 %). Pour chaque critère, les troubles ont été classés en niveau de sévérité de 1 à 3 ; le risque d’atteindre le niveau 3 était plus élevé pour les garçons (A, OR 3,37, B, OR 2,39).

Cette étude confirme la différence des manifestations de l’autisme en fonction du genre. Il est important d’en tenir compte pour ne pas méconnaitre le diagnostic pour les filles.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Tang JW et coll. : Presenting age and features of females diagnosed with autism spectrum disorder. J Pediatr Child Health, 2021; 57: 1182-1189.

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Vos réactions (4)

  • En fonction du genre ?

    Le 16 septembre 2021

    Ne serait-ce pas plutôt en fonction du sexe ?
    Je crains que la soumission au neolangage politisé conduise non seulement a écrire des bêtise, mais à penser de travers.
    P
    Dr Pierre Rimbaud

  • Le sexe...ou le genre?

    Le 17 septembre 2021

    Le genre? C'est du sexe biologique qu'on parle. Si besoin était...pour démontrer que "l'égalité des sexes" n'existe pas, c'est une nouvelle pierre à l'édifice, comme les signes de l'infarctus assez différents chez l'homme et la femme, et on n'en est conscient que depuis assez peu.

    Il faut arrêter les sottises : le genre n'est pas biologique, et les chromosomes restent les mêmes. Il vaudrait mieux s'intéresser aux éventuelles différences que parader avec des genres qui sont à la mode actuellement...

    Dr Astrid Wilk

  • Attention quand même !

    Le 17 septembre 2021

    Il est sûrement erroné d'affirmer que le genre n'est pas biologique.

    En revanche, les différences observées dans la prévalence ou la présentation clinique d'une pathologie doivent être rapportées soit au genre soit au sexe, en prenant garde de bien définir sur quels critères est effectuée cette stratification.
    Or de tels critères sont loin d'être univoques, ni consensuels, et ne permettent pas de distinguer seulement deux classes si l'on tient compte des exceptionnelles mais diverses strates inclassables.

    Je ne saurais trop conseiller : "Des sexes innombrables-Le genre à l'épreuve de la biologie" de Thierry Hoquet (Seuil ed. 2011)

    Dr Pierre Rimbaud

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