Avec la fin du concours, tout le monde veut devenir infirmier !

Paris, le vendredi 24 mai 2019 – Pour la première fois cette année les IFSI (Instituts de formation aux soins infirmiers) ne sont plus accessibles par concours, mais par la voie "normale" de Parcoursup.

Un premier bilan de cette évolution met en évidence l’attrait de la profession chez les jeunes, puisque sur 8,6 millions de vœux, 1,5 millions concernent les IFSI faisant d’eux la première demande devant le droit et la médecine ! « Les formations d'infirmiers avaient souhaité rejoindre Parcoursup précisément parce que ça apportait un surcroît d'attractivité sur des métiers difficiles et exigeants. Donc là il y a un vrai effet, un vrai engouement de la part des lycéens » estime Jérôme Teillard, chargé du projet Parcoursup au ministère de l’Enseignement supérieur.

Mais, au-delà de l’engouement, ces chiffres traduiraient également une certaine incompréhension de la formation infirmière… 

Ainsi, à l’occasion d’une table ronde sur le sujet au salon infirmier qui se tenait cette semaine, Isabelle Bayle directrice de l’IFSI de Saverne en Alsace a souligné « les professeurs, les conseillers d’orientation ne connaissent pas notre métier, ils ne savent pas orienter les jeunes qui veulent aller vers le soin. On entend parfois des professeurs de mathématiques ou de biologie dire à des élèves qu’ils ont de trop bons résultats en sciences, et que la formation infirmière n’est pas faite pour eux. Et, au contraire, on voit des gens qui sont identifiés comme faits pour ce métier, alors qu’ils ont 2 en maths, 4 en bio et 3 en français ».

Aussi, elle rappelle « Parcoursup, c’est l’universitarisation, les masters, les doctorats, les pratiques avancées. Si les étudiants n’ont pas les bases méthodologiques, ils ne pourront pas faire de parcours universitaire ».  

Xavier Bataille

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Vos réactions (6)

  • Cette ruée sur les IFSI...

    Le 26 mai 2019

    ...s'explique sans doute par l'idée reçue comme quoi il n'y aurait pour ainsi dire aucun chômage dans ces professions: d'abord, c'est pas tout à fait vrai (voir un certain nombre de cabinets libéraux qui ont du mal à s'en sortir, et dans les institutions ces jeunes qui enchainent les CDD sans véritable perspective) et ensuite c'est inquiétant dans la mesure ou ça va pousser vers les professions de soignants des jeunes qui n'auraient sans doute jamais envisagé de faire de tels métiers si nous étions dans une période de plein emploi.

    Et quand je vois à quoi ressemblent certains spécimens sortis récemment des IFSI (je donne des cours dans l'IFSI de ma ville, j'en ai régulièrement en stage dans mon service hospitalier, et je suis passé il y a tout juste un mois de l'autre côté de la barrière en tant que patient d'un service de CHU, expérience des plus instructives…) je me dis que le jour ou les Japonais auront mis au point un robot soignant androïde, certain(e)s nos jeunes clones auront du souci à se faire: le robot fera au moins aussi bien en terme d'humanité et d'empathie, pourvu qu'on le programme correctement, et il fera nettement mieux en terme d'application rigoureuse des protocoles (ce à quoi semblent se résumer les formations actuelles, et beaucoup d'entre eux sont même pas foutus de les appliquer correctement).

    Dr Jean-Marc Ferrarini

  • Encore moins cher !

    Le 26 mai 2019

    Il y a peu, il y avait une certaine tension sur la demande en infirmières (pluriel féminin, notez-le, même s'il est des infirmières mâles). Les gros monstres phagocyteurs du marché des soins (Générale de Santé, Orpéa, Korian, etc.) allaient chercher en Espagne ou au Portugal celles qu'ils voulaient exploiter à bas prix. La profession restait un peu protégée.

    Alors on a ouvert à deux battants les portes des IFSI. Plus d'étudiantes(ts) que de besoins.
    Et ça s'aggrave.
    Il commence à y avoir du chômage dans ce métier, et ça va devenir critique. Comme ça, les monstres qui les recrutent et les maltraitent pourront les exploiter davantage, il n'y aura plus de résistance possible de leur part sauf à se retrouver sur le carreau.

    Salaires au plancher, conditions de travail déplorables, et la qualité des soins qui ira avec. Ce qui ne pose pas de problème aux-dits monstres phagocyteurs, eux n'ont pas de concours à passer, pas de concurrence (ils se partagent le gâteau en toute quiétude), ils font la loi et les bénéfices sur le dos de nos cotisations sociales et de nos impôts. "Si vous n'êtes pas content, allez voir ailleurs". Facile : il n'y aura plus "d'ailleurs".

    Les professions protégées sont les derniers bastions de résistance des citoyens de base (ceux qui n'ont que les études comme moyen de progression sociale) contre le capitalisme triomphant : il est donc impératif pour le capitalisme de les éradiquer.

    Pour les médecins, la fin du numerus clausus (qu'on aurait simplement pu élargir et rationaliser) risque d'aboutir à une situation analogue. On a connu la pléthore de médecins et ses conséquences dans les années 90 (suite à un numerus clausus trop laxiste quinze ans plus tôt -je le sais, j'en étais), mais personne n'en a tiré la leçon.

    Il vaut mieux que certains ratent un concours pour que ceux qui le réussisse aient une certaine sécurité professionnelle, plutôt que de laisser tout le monde accéder aux diplômes et que tout le monde se retrouve dans la m...

    Dr Jean-Paul Huisman


  • Cette ruée sur les IFSI...

    Le 26 mai 2019

    Je suis d’accord, travaillant dans le soin, je constate déjà la baisse de culture général et en plus un manque de professionnalisme implication dans les jeunes élèves IDE. Beaucoup remette à plus tard ce qui peut être fait dans la continuité.
    La communication IDE /patient, est à perfectionner. Nous assistons à la génération SMS. Ce sont des humains pas des tels, emoticones, le portable est une plaie ...

    Denis Tomaszewski

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