Chutes sous antipsychotiques, ne tombez pas dans le panneau !

Prescrits à des patients présentant des troubles neurocognitifs majeurs, les antipsychotiques et les inhibiteurs de la cholinestérase sont associés à une augmentation du risque de chutes et de fractures. Il se peut toutefois que l’évaluation de ce risque soit faussée par des facteurs confondants, comme des biais d’indication. Par exemple, certains des patients atteints de troubles neurocognitifs peuvent présenter des symptômes psychiatriques, dépression, agitation ou hallucinations, symptômes qui peuvent eux-mêmes être responsables de chutes et de fractures.

Pour tenter de faire la part des choses, une équipe taïwanaise a analysé une série de plus de 15 000 personnes de plus de 65 ans à qui ont été prescrits récemment un antipsychotique et un inhibiteur de la cholinestérase.

L’étude porte sur la période 2006-2017. L’analyse suit l’évolution du risque de chutes et fractures pour chaque individu, pour différents traitements (anticholinestérase seul, antipsychotique seul ou l’association des deux) et à différentes périodes (avant traitement, une période de « pré-traitement de 14 jours avant l’initiation) et la période de traitement elle-même).

Davantage de chutes avant le traitement aussi

Elle confirme que le risque de chutes est augmenté pendant le traitement, en comparaison avec la période précédant celui-ci. L’incidence est de 10,55 pour 100 personne-années avec la combinaison des deux types de traitement, de 10,34 avec un antipsychotique seul et de 9,41 avec un inhibiteur de la cholinestérase seul. Ceci correspond à une augmentation de 33 % et de 17 % du risque de chutes et fractures, en comparaison avec la période sans traitement.

Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, car il apparaît aussi que, pendant la période de 14 jours précédant la mise en route du traitement, l’incidence des chutes et des fractures est 6 fois plus élevé que le risque « de base », suggérant que l’état de santé du patient, justifiant sa mise sous cette association de molécules, a une part non négligeable dans le risque.

La raison de cette augmentation du risque pendant la période de prétraitement peut être liée à l’instabilité du patient pendant ce laps de temps. D’autres travaux seront cependant nécessaires pour le confirmer. Le risque pendant le traitement peut être lui aussi le reflet d’une instabilité liée à la maladie ou un effet secondaire du traitement. Notons que certains effets secondaires, comme l’hypotension orthostatique, la sédation, etc. peuvent aggraver le risque de chutes, alors que d’autres, comme l’immobilité ou le fait d’être maintenu alité peuvent au contraire le réduire.

Dr Roseline Péluchon

Références
Hsin-Min Wang G. et coll.: Use of antipsychotic drugs and cholinesterase inhibitors and risk of falls and fractures: self-controlled case series. BMJ 2021;374:n1925. doi.org/10.1136/bmj.n1925

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Vos réactions (1)

  • Confusions

    Le 17 septembre 2021

    "Prescrits à des patients présentant des troubles neurocognitifs majeurs, les antipsychotiques et les inhibiteurs de la cholinesterase...."
    C'est une fusée à 2 étages qui s'est élevée dans le ciel de l'a-psychiatrie voici plusieurs décennies.

    Jadis on prescrivait dans des cas de "psychoses" des médicaments neuroleptiques, tout d'abord la chlorpromazine (Largactil), et tous les autres ensuite...

    Premier étage, les neuroleptiques sont renommés antipsychotiques, laissant croire qu'ils guérissent spécifiquement les "psychoses", quand ils n'en combattent que certains de leurs effets, de leurs symptômes, ce qui n'est déjà pas mal.

    Second étage les " psychoses" sont rétrodéfinies comme les entités qui réagissent positivement aux antipsychotiques et qui seraient de ce fait des troubles "neurologiques" ou neurocognitifs.
    Nous ne savons pas vraiment ce que sont les psychoses, vaste groupe d'affections aux manifestations disparates, mais cette ignorance est comme gommée par l'interposition d'un mur cognitif pour le coup, d'allure scientifique, excipant la machinerie neurologique et faisant disparaître l'individu humain qui est atteint, souvent massivement, dans son esprit et les relations de celui ci au monde, choses et êtres.

    Pas certain que la psychiatrie, transformée en l'a-psychiatrie, la discipline sans esprit (mais avec un cerveau), soit ainsi promue, ni très séduisante non plus pour les jeunes générations de médecins peu enclins à entrer dans une telle carrière si peu humaine.

    Les neuroleptiques estourbissent et ensuquent, entrainent des troubles métaboliques précoces et massifs. Ainsi leur vertus sont contrebalancées par des risques, à évaluer à la lueur de l'individu humain à qui ils sont prescrits, ce qui doit rester le cœur de la psychiatrie.
    Ce cœur ne peut être un nuage de mots d'allure scientifique qui feraient disparaître l'humanité, commune aux médecins et aux "psychotiques" dans le cas présent.

    Dr Gilles Bouquerel

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