Covid-19 : et si c’était plutôt deux fois qu’une ?

Combien de temps la réponse immunitaire déclenchée par l’infection à SARS-CoV-2 protège-t-elle l’hôte vis-à-vis des réinfections ? La question est à la fois très actuelle et cruciale. Si l’on se réfère aux infections virales saisonnières, la durée de cette protection est brève.

Premier cas documenté de réinfection aux Etats-Unis

Dans le Lancet Infectious Diseases du 12 octobre 2020, une publication avancée en ligne fait état du premier cas de réinfection par le SARS-CoV-2 survenu aux Etats-Unis chez un patient âgé de 25 ans, en l’absence de déficit immunitaire connu. En avril 2020, ce jeune patient qui réside dans le Nevada avait été atteint de la Covid-19, la RT-PCR étant positive au seuil (Ct) de 35,24. Au terme de la quarantaine qui s’imposait, ce test s’est avéré négatif à deux reprises. Quarante-huit jours plus tard, la RT-PCR se positive à nouveau au seuil (Ct) de 35,31. Le séquençage génomique effectué lors des deux épisodes a révélé que les deux virus isolés appartenaient au même clade 20 qui prédomine de fait dans le nord du Nevada. S’ils se sont avérés proches l’un de l’autre sur le plan génétique, il a été néanmoins admis qu’ils différaient significativement au point de rendre peu probable l’hypothèse du même virus isolé à deux reprises. Une ombre supplémentaire au tableau : l’infection contractée une seconde fois a été plus grave et a nécessité une hospitalisation et une oxygénothérapie.

Quatre autres cas mondiaux

Quelles sont les conséquences potentielles d’une telle observation en termes de santé publique et de vaccination ? Les réinfections témoignent-elles d’une production insuffisante ou trop brève d’anticorps en réponse à la primo-infection ? A l’heure actuelle, quatre cas de réinfection par le SARS-CoV-2 ont été enregistrés dans le monde (2). Ce qui est sûr, c’est qu’il n’existait aucun déficit immunitaire sous-jacent. Quant au rôle de la réponse immunitaire dans leur survenue, aucun des cas rapportés ne permet de se prononcer sur sa nature, son intensité, sa durée et son efficacité. En tout cas, chez le patient américain et un autre, résidant en Équateur, le second épisode infectieux a été plus grave.

Quelle est la fréquence réelle de ces réinfections au sein de la population générale ? Il est impossible de répondre à cette question d’autant qu’elles peuvent être parfaitement asymptomatiques. Il y a tout lieu de penser qu’elle est largement sous-estimée, compte tenu des lacunes actuelles du dépistage et qu’elle dépend, par ailleurs de la charge virale qui conditionne la contagiosité individuelle.

Beaucoup d’interrogations sur l’immunité de groupe

Pour ce qui est de la vaccination, rien n’indique qu’il faille s’affoler face à ces cas de réinfection car ils sont apparemment en rapport avec des virus du même lignage sans mutation majeure évidente. Un seul vaccin devrait suffire pour protéger contre tous les variants circulants a fortiori s’’ils proviennent du même clade (2). La diversité génétique du SARS-CoV-2 serait par ailleurs moindre que celle d’autres virus ce qui conforte la stratégie vaccinale.

Les réinfections trop fréquentes porteraient de fait un rude coup à l’espoir d’acquérir l’immunité de groupe en laissant circuler le virus sans autre frein que les gestes barrières. La charge virale est-elle plus faible chez le patient réinfecté du fait d’une réaction immunitaire locale plus intense qui confine le virus dans les cavités nasales ? Encore une question sans réponse et pourtant d’importance. En PCR, une valeur de Ct > 35 cycles d’amplification témoigne d’un faible potentiel infectieux car dans ce cas, seuls 8 % des souches virales seraient cultivables (2) Mais l’on ne peut se satisfaire de cette hypothèse compte tenu du petit nombre de cas de réinfections documentées. Il en faudrait plus pour en savoir plus…

En attendant, la stratégie privilégiée pour acquérir l’immunité de groupe serait bel et bien la vaccination : encore faut-il qu’elle repose sur un vaccin hautement efficace et bien toléré, adopté par le plus grand nombre, ce qui n’est pas gagné.

La fin de partie semble encore bien lointaine et ces réinfections pour rares qu’elles soient en apparence ne sont pas faites pour nous en rapprocher. Elles ont le mérite d’attirer l’attention sur un phénomène encore méconnu qui doit nous conduire à mieux appréhender les particularités des interactions entre le SARS-CoV-2 et l’espèce humaine.

Dr Peter Stratford

Références
(1) Tillett RL et coll. Genomic evidence for reinfection with SARS-CoV-2: a case study. Lancet Infect Dis., 2020 ; publication avancée en ligne 12 octobre. doi.org/10.1016/ S1473-3099(20)30764-7.
(2) Iwasaki A et coll. What reinfections mean for COVID-19. Lancet infect Dis., 2020 ; publication avancée en ligne 12 octobre. doi.org/10.1016/ S1473-3099(20)30783-0.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Et si l'immunité ne dure pas?

    Le 20 octobre 2020

    Cela signifierait que la problématique serait la même que pour la grippe?
    Vaccination tous les ans en espérant que le virus n'a pas muté?
    J'espère qu'il n'y aura pas d'aluminium dans le vaccin!

    Dr Joël Delannoy

  • Si rare ?

    Le 20 octobre 2020

    Je ne pensais pas détenir le sujet d’une publication moi aussi.
    Un de mes patients a eu des signes de grippe toux courbatures rhume avec un test positif mais pas sa femme et ses enfant qui pourtant avaient des signes d’infection virale.
    Il s’est ensuite négativé au 14 e jour tout allait bien jusqu’à ce que 3 mois plus tard je le vois revenir avec des signes cette fois un peu plus sévère puisque il a perdu le goût et l’odorat un test est réalisé sans conviction qui ramène une positivité confirmée 7 jours plus tard !
    Nous avons conclu à un faux positif de première vague puisque l’épisode récent ne souffre d’aucune ambiguïté.
    Par conséquent clade ou pas clade tant que nous aurons des réponses sur 35 à 40 cycles, nous aurons des faux positifs et ce cas rapporté en est peut être un.
    On peut facilement imaginer qu’un peu de virus vole dans l’air et se soit déposé sur l’écouvillon certainement plus que 5 fois dans le monde !
    Rassurez vous l’immunité de groupe est sûrement bonne car elle est cellulaire et à base d’igA aspecifique entraînant le peu de décès constaté dans les pays émergents. Le secret pour se défendre est peut être dans le nez des morveux. Faut il se moucher ? Voilà une piste pour l’avenir ? Et si la pituite était le secret pour se passer de masque ?

    Dr François Roche

Réagir à cet article