Covid-19 : ne laissez pas tomber les dents !

En période de pandémie, les urgences sans rapport avec le Covid-19 restent d’actualité et demandent à être traitées avec la même diligence, au risque d’assister à la réapparition de tableaux cliniques historiques. L’exemple des soins dentaires est particulièrement préoccupant.

Il est de nombreux pays où les cabinets dentaires ont été condamnés à fermer… dans l’urgence. Il est vrai que le risque de transmission du SARS-CoV-2 au cours des interventions portant sur l’appareil dentaire est particulièrement élevé. Le matériel utilisé qu’il s’agisse des dispositifs émetteurs d’ultrasons ou des autres outils composant la panoplie du chirurgien-dentiste sont à même de générer de multiples projections, qu’il s’agisse d’aérosols ou de microparticules à base de salive, donc potentiellement infectantes. Le risque pour le soignant est donc majeur.

Il n’empêche que certaines affections buccodentaires peuvent mettre le pronostic vital en jeu, dès lors qu’elles ne sont pas contrôlées. Les abcès dentaires peuvent ainsi être la porte d’entrée de méningites bactériennes et de septicémies. Il y a donc nécessité à assurer ces urgences dentaires. Cependant, le chirurgien-dentiste doit pouvoir alors disposer de tous les moyens de protection renforcée, de rigueur pour tous les soignants directement confrontés à l’agent pathogène : masques, gants, lunettes, blouses etc.

Réorganiser la filière des soins

Une réorganisation de la filière des soins dentaires urgents est donc plus que jamais à l’ordre du jour : l’extraction d’une dent pathogène ou la prescription d’une antibiothérapie adaptée doivent rester possibles… même dans des situations de restriction sélective des soins jugés non urgents, au besoin en recourant à des services de chirurgie maxillo-faciale ou dentaire réorganisés, appropriés à la situation de chaque pays.

Le suivi de l’état local après une éventuelle intervention pourrait être assuré par télémédecine et vidéosurveillance dans la mesure du possible en fonction des capacités de chaque patient : l’objectif est de minimiser les contacts entre ce dernier et le soignant.

Enfin, le dépistage du Covid-19 chez les chirurgiens-dentistes doit être aussi prioritaire que chez les autres professionnels de santé à haut risque. Les mesures préventives et proactives s’imposent dans le cadre de protocoles précis et réfléchis où rien ne doit être laissé au hasard afin de ne pas favoriser la transmission du SARS-CoV2 : réflexion et action de la part de toutes les parties prenantes, patients inclus.

Dr Philippe Tellier

Référence
Manas D et coll. : Urgent dental care for patients during the COVID-19 pandemic. Lancet 2020 ; publication avancée en ligne 3 avril. doi.org/10.1016/ S0140 -6736(20)30806 0

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Vos réactions (3)

  • La profession régule ses propres urgences

    Le 06 avril 2020

    Les soins dentaires urgents sont organisés: par exemple dans le Tarn : tous les cabinets dentaires répondent au téléphone 7 jours sur 7 de 9h à 12h et de 14 à 16h. Si un patient présente une urgence dentaire, son praticien téléphone au praticien régulateur (un binôme de 2 praticiens aguerris) qui réévalue le caractère d'urgence et adresse si nécessaire à un des deux cabinets d'astreinte( un au nord du département, un au sud) équipé en masque FFP2 surblouse etc...fournis par le conseil de l'ordre.
    La profession régule ses propres urgences en déchargeant le 15 et en ayant mis en place des protocoles et des procédures validées par le Conseil de l'Ordre et par l'ADF.

    Dr Pierre-Alain VILLARD, Chirurgien-Dentiste

  • Organisation des urgences dentaires en France

    Le 07 avril 2020

    Les chirurgiens-dentistes parfaitement conscients du rôle qu’ils ont à jouer dans cette période délicate se sont organisés sous l’égide de leur Ordre et des conseils départementaux. Ils ont mis au point un circuit qui permet de prendre les patients en charge dans le plus strict respect des règles d’hygiène et de prévention de contamination en accord avec la situation actuelle. A préciser qu’il s’agit d’urgence et non d’esthétique ou de confort. Tous les patients doivent pouvoir joindre un praticien lequel après avoir déterminé la réalité de l’urgence et avoir établi un pré diagnostique soit lui adresse une ordonnance avec antalgiques et éventuellement antibiotiques soit informe par mail le praticien régulateur en lui communiquant ses coordonnées et son diagnostic, lequel rappelle le patient pour l’orienter vers le praticien de garde le plus proche de son domicile.

    Ainsi vous pouvez avoir mal aux dents en toute sérénité nous sommes là pour vous soulager en vous protégeant et en nous protégeant.

    Dr Georges Aboulian, chirurgien-dentiste

  • ça fait rêver...

    Le 08 avril 2020

    C'est beau de lire ça... A quand pour l'Ardèche ?

    C. Durand

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