Covid et fin de vie : l’accès au Rivotril injectable en ville inquiète des praticiens

Paris, le mardi 7 avril 2020 - Tous les patients atteints de Covid-19, développant des complications respiratoires, ne sont pas éligibles à la réanimation. Nous l’avons déjà évoqué, différents critères doivent être appréciés pour déterminer dans quelle mesure le placement en réanimation peut être envisagé avec une chance de succès. En l’absence d’assistance ventilatoire, il est cependant nécessaire d’assurer un parfait soulagement des souffrances des patients, à l’hôpital comme en ville. Dans ce cadre, un décret publié le 29 mars au journal officiel autorise à titre transitoire (jusqu’au 15 avril) la dispensation par les officines de ville du Rivotril sous forme injectable, pour une « prise en charge des patients atteints ou susceptibles d'être atteints par le virus SARS-CoV-2 dont l'état clinique le justifie sur présentation d'une ordonnance médicale portant la mention “Prescription Hors AMM dans le cadre du Covid-19” ». Les praticiens sont par ailleurs invités à se conformer aux protocoles établis par la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) concernant la prise en charge de la dyspnée et de la détresse respiratoire. L’accès au Rivotril a été rendu nécessaire en raison des craintes de tensions d’approvisionnement concernant les autres traitements sédatifs.

Cependant, ce texte a ébranlé de nombreux professionnels de santé et notamment de médecins qui ont redouté un risque de dérives, d’autant plus que le décret demeure assez imprécis concernant la collégialité des décisions (en dehors des références explicites aux documents de la SFAP). Aussi, le syndicat Jeunes Médecins a-t-il saisi hier le Conseil d’État afin d’obtenir la suspension de ce décret. De son côté, l’Espace éthique de la région Ile-de-France a sollicité l’éclairage du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Les spécialistes de la prise en charge des soins palliatifs se montrent cependant rassurants, rappelant tout d’abord le caractère transitoire des mesures et la nécessité d’assurer l’accès à des traitements destinés à soulager la souffrance des patients. La Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG) signale par ailleurs qu’elle a constitué une « hotline » à l’intention des médecins de ville afin qu’ils puissent bénéficier des conseils de gériatres hospitaliers, davantage habitués à l’utilisation de ces traitements. L’organisation assure que ce décret n’est en rien une porte ouverte vers l’autorisation de l’euthanasie.

A.H.

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Vos réactions (2)

  • Merci Docteur !

    Le 07 avril 2020

    ...et bientôt une ampoule de chlorure de potassium, non?
    Ah, merci Docteur!

    Dr Jean-Pierre Magne

  • Pas une autorisation de l'euthanasie (au Dr Magne)

    Le 11 avril 2020

    Peut-être préférez vous voir les patients s'étouffer ? Avez-vous déjà entendu parler de la notion de soins palliatifs ? Je vous conseille de vous y former, vos patients vous diront "merci Docteur", vraiment.
    De plus l'article note "L’organisation assure que ce décret n’est en rien une porte ouverte vers l’autorisation de l’euthanasie"

    Dr Julien Cuziat

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