Crash test entre Olivier Véran et les biologistes

Paris, le lundi 27 juillet 2020 – L’annonce ne devrait pas contribuer à diminuer la tension dans les laboratoires de biologie médicale. Le ministre de la Santé a annoncé ce week-end dans le Parisien, que conformément aux préconisations du Président de la République un arrêté avait été pris ce samedi pour permettre que toute personne le souhaitant, sans avoir à donner de motif spécifique, puisse bénéficier d’un dépistage virologique du SARS-CoV-2 par PCR, sans ordonnance et intégralement remboursé par l’Assurance maladie. Cette mesure s’inscrit (selon lui) dans la stratégie déployée depuis la fin du confinement qui repose sur le traçage précis des patients et de leurs cas contact. La multiplication des tests doit en effet permettre d’isoler les personnes infectées et ainsi limiter les contaminations. Elle s’intègre également dans un contexte où un possible relâchement de certaines mesures barrières et la multiplication des regroupements familiaux et amicaux (notamment dans des espaces fermés) peuvent favoriser l'apparition de foyers. Cependant, alors que les laboratoires médicaux, notamment dans certaines régions (comme en Ile de France ou en Mayenne) font difficilement face à un afflux massif de patients et de personnes souhaitant connaître leur statut (notamment avant de partir en voyage), cette disposition pourrait être difficile à appliquer alors que les structures doivent également parfois compter avec un nombre de collaborateurs moins importants du fait des vacances.

Dépistage : des données imprécises

Santé Publique France n’a pas encore établi de bilan précis de l’organisation actuelle du dépistage en France en précisant le nombre de laboratoires (public et privé) y participant, le nombre de dépistages réalisés chaque semaine (ils seraient entre 400 000 et 500 000 selon le ministre de la Santé et le président du Syndicat national des biologistes) et surtout le délai moyen d’obtention d’un rendez-vous et des résultats. Concernant ce dernier indicateur, Olivier Véran assurait dans le Parisien : « Dans plus de 80 % des cas, les résultats des tests sont rendus en moyenne en trente-six heures. Ce qui ne veut pas dire que ça ne coince pas dans certains endroits ».

Des préleveurs plus nombreux… mais à former

Pour éviter ces dysfonctionnements qui ont été rapportés par plusieurs médias la semaine dernière, différentes mesures ont été prises, notamment la possibilité depuis ce week-end pour les pompiers, secouristes, aides-soignants et étudiants en santé de réaliser des prélèvements.

Cela devrait notamment répondre (à terme) à la question de la pénurie de professionnels, signalée par le Syndicat national des biologistes. Son président, le docteur François Blanchecotte, s’il confirme que la question du nombre de préleveurs paraît aujourd’hui résolue, remarque néanmoins « Attention, le geste que nous faisons n'est pas anodin, nous avons eu plusieurs cas d'ORL qui nous ont signalé des problèmes au niveau des cloisons nasales parce que le geste a été mal fait, il faut que les personnels soient absolument formés ».

Prioriser les demandes

Parallèlement à l’élargissement des personnes habilitées à prélever, le ministre de la Santé a également fait montre d’autorité. « Je suis moi-même amené à appeler des directeurs de laboratoires, et je l'ai fait encore plusieurs fois cette semaine, pour les rappeler à l'ordre. (…) En Ile-de-France, nous avons ainsi identifié 30 laboratoires, faisant partie de grands groupes privés, qui ne font aucun test PCR. Nous les avons tous appelés pour qu'ils le fassent ». Face à cette déclaration, François Blanchecotte enjoint le « charmant » ministre de la Santé à ne pas « nous taper sur les doigts à chaque fois que l'on essaye de faire les choses ». Il souligne que la situation est plus complexe qu’elle est ainsi présentée et que si dans certains cas des améliorations de l’offre de soins pouvaient être effectivement attendues, dans d’autres cas, liés à un manque de personnel ou à la nécessité d’assurer la prise en charge des patients non Covid, la situation était plus difficile. D’une manière générale, il rappelle d’abord que les laboratoires publics sont eux aussi amenés à participer à l’effort collectif et par ailleurs que pour limiter les phénomènes d’engorgement une préparation plus rigoureuse des opérations est indispensable. Il relève ainsi que les laboratoires n’ont été prévenus que quelques heures avant le début de l’opération d'envoi début juillet de plus d’un million de bons de dépistage en Ile de France ce qui a contribué à faire exploser le standard de nombreux laboratoires. Soutenir les laboratoires dans leurs démarches administratives, la gestion des appels téléphoniques (afin de prioriser les demandes et d’organiser les rendez-vous) et grâce à la mise à disposition de locaux plus importants sont les attentes des médecins biologistes aujourd’hui. La question de la priorisation apparaît essentielle, en se basant sur des critères médicaux opposables, notamment à l’heure de l’élargissement souhaité par les pouvoirs publics. Enfin, tant le ministre de la Santé que le SDB espèrent que la validation des tests salivaires avec résultats rapides permettra de diversifier l’offre et ainsi d’alléger le travail des laboratoires.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (7)

  • Test covid et gouvernement

    Le 28 juillet 2020

    Après le fiasco des masques, le gouvernement essaie de faire gober au peuple que, cette fois, il fait tout ce qu'il faut... sans se préoccuper, avant ses annonces, et de la faisabilité, et de l'intéret de ses "promesses"...

    Marie-Odile Marchal

  • Crash test

    Le 28 juillet 2020

    Aurélie Haroche semble oublier que 75% des biologistes médicaux sont docteurs en pharmacie et 25% sont docteurs en médecine, que les problèmes sont donc les mêmes, médecins ou pharmaciens.

    A. Carsin, pharmacien retraité

  • Prélever c'est bien, mais il y a tout le reste !

    Le 29 juillet 2020

    Le plus gros travail des labos n'est pas de prélever, mais de préparer le prélèvement !
    L'accueil téléphonique, le recueil des infos SIDEP, l'enregistrement des dossiers, la préparation de dépistages de masse, l'envoi éventuel à un plateau externe...autant de tâches qui pèsent très lourdement sur la gestion courante du laboratoire...

    Dr EG

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