Crise des opiacés : pour améliorer la prise en charge, la Colombie britannique dépénalise les drogues dures

Paris, le jeudi 2 février 2023 – Pour endiguer la crise mortelle des opiacés qu'affronte le Canada, la Colombie-Britannique vient de décider de dépénaliser la possession en petites quantités des narcotiques les plus puissants. Tout comme son voisin américain, le Canada est lui aussi frappé pour une crise des opiacés. Des dizaines de milliers de personnes sont décédées d'overdose ces dernières années.  Pour tenter de répondre à cette crise qui a plus tué en 2020 que la Covid-19, la Colombie-Britannique, une des provinces du Canada, vient de décider de dépénaliser la possession en petites quantités de cinq stupéfiants, considérés comme « des drogues dures ».  

Des effets « dévastateurs » sur la Colombie-Britannique et le Canada

« La situation n'a jamais été aussi urgente », a déclaré Carolyn Bennett, ministre de la Santé mentale et des dépendances, à la veille de l'entrée en vigueur de cette mesure. « Les effets de cette crise de santé publique ont dévasté les communautés de la Colombie-Britannique et du Canada » : 10 000 personnes sont décédées d'overdose dans cet État canadien depuis 2016, soit en moyenne 6 décès par jour. Cinq drogues sont concernées par cette législation inédite dans le pays : la cocaïne, l'héroïne, le fentanyl, la morphine et les métamphétamines. Depuis le 31 janvier dernier, les personnes qui en possèdent 2,5 g ou moins ne seront ni inculpées, ni arrêtées, et les substances qu'elles détiennent ne seront pas saisies. En revanche, des informations sur les services de santé et les services sociaux leur seront délivrées.
« La dépénalisation doit permettre d'éliminer la peur et la honte chez les usagers », a ajouté Carolyn Bennett. « Faire en sorte que les toxicomanes se sentent plus en sécurité et puissent se faire soigner ». Si la possession est devenue légale, la vente des cinq drogues concernées est toujours interdite, à l'inverse du cannabis récréatif, qui a été totalement dépénalisé en 2016.

800 millions de dollars investis pour résoudre la crise des opiacés

Le Canada a investi près de 800 millions de dollars canadiens depuis 2017 pour répondre à la crise des opiacés, qui est responsable d'une stagnation de l'espérance de vie dans le pays. Aujourd'hui, la Colombie-Britannique a décidé de pousser les personnes souffrant d'addiction à se tourner davantage vers les services de santé. « De nombreuses personnes meurent seules », explique Bonnie Henry, responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique. Elle indique que la « stigmatisation et la honte » autour de la consommation de drogues « poussent les gens à cacher leur dépendance ». Scott MacDonald, médecin dans une clinique de Vancouver, qui a été le premier en Amérique du Nord à fournir de l'héroïne de qualité médicale à des patients, pense que cette nouvelle politique va réduire le stress chez les toxicomanes, car la police va cesser de confisquer leurs substances. Il espère que cela les aidera à se tourner vers les services de santé pour qu'ils puissent soigner leurs addictions.

Des expériences encore mitigées en Oregon et au Portugal

La dépénalisation des drogues dures est déjà en vigueur en Oregon (États-Unis) et au Portugal, deux États où la mesure ne fait pas totalement consensus. Dans l'État du nord-ouest américain, les interpellations ont certes fortement chuté, mais un petit nombre de personnes seulement ont accepté de suivre des traitements. Les overdoses ont même augmenté depuis l'entrée en vigueur de la mesure. Le manque d'accès aux produits de sevrage pourrait être l’une des principales causes de cet échec. Au Portugal, où les drogues dures sont dépénalisées depuis 2001, les résultats sont également mitigés. Une nette amélioration a été observée au cours de la première décennie, avec une « baisse des dommages liés à l'usage de drogues par intraveineuse, une baisse de la population pénale et une baisse du coût social lié aux drogues », expliquent Ivana Obradovic et Marguerite de Saint-Vincent, auteures d'une note de synthèse sur le sujet publiée en juin 2021. En revanche, les deux chercheuses relèvent que ces progrès se sont ralentis depuis 2011, même si l'usage des drogues au Portugal reste globalement inférieur à la moyenne européenne.


Raphaël Lichten

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Vos réactions (3)

  • Très intéressant !

    Le 03 février 2023

    Voilà une mesure pragmatique : voyons ce que ça donne dans 1 an ou 2. L'expérience hollandaise s'est terminé après 1 an, car tous les drogués d'Europe débarquaient à Amsterdam, pareil dans les parcs de Zurich en Suisse quelques années plus tard.
    Dans ce débat passionnel et exacerbé (pour ou contre ?) le retour d'expérience est important pour évaluer sereinement les résultats espérés (ou redoutés) des mesures de libéralisation.

    Dr F Chassaing

  • Regrets Néerlandais

    Le 04 février 2023

    Hier, une émission sur France inter traitait de la catastrophique maitrise de la marocomafia sur les ports de Rotterdam et Anvers (dockers, douaniers et journalistes corrompus ou assassinés,etc.). La Chef de la Police a déclaré que la politique de tolérance et de compréhension bienpensante depuis 30 ans a installé tout ce qu'il fallait pour en arriver là :coffee shops possédés maintenant par les dealers, quartier d'Amsterdam où on "ferme les yeux",etc. En avant vers le bonheur en France avec les drogues "festives" libres.

    Maignan, pharmacien (famille à moitié Hollandaise)

  • Prohibition = mafia

    Le 05 février 2023

    Bonjour,
    Au vu de l’inefficacité de la prohibition (exemple type celle de l'alcool aux USA) quant à réguler le marché des drogues, la seule solution efficace c'est que l'état contrôle le marché de l'ensemble des drogues.
    La distribution de produits propres via une officine gérée par des salariés primés à la prévention (exemple : vous avez réussi à libérer une personne de son addiction (tabac,alcool...) = gratification de l'employé (contrairement au buraliste actuel qui trouve un intérêt à la vente de cigarettes)).
    Ces officines d'état prennent toutes les drogues en charges et contrôlent via une carte d'utilisateur la consommation : "Mr X, c'est votre 3ème bouteille de whisky cette semaine, nous pensons que vous souffrez d'une addiction, voulez-vous accepter une aide pour vous en libérer ?". "Jeune homme, tu as 14 ans et tu veux de l'héroïne ? Ce projet nous semble néfaste, tu vas attendre en regardant cette vidéo de personnes en état de manque que le psy de l'établissement puisse te prendre en charge". "Madame vous comptez faire une fête cocaïnéee pour la première fois, veuillez attendre que la salle médicale se libère pour votre dose test sous couvert d'une surveillance ECG se réalise avec la consultation médicale vous présentant les dangers de cette conso", "Savez-vous que nous avons un programme de libération de la cigarette ?".
    Le trafic, vues les sommes engendrées, nourrissant le financement d'une partie de terrorisme, ne peut être combattu par des demies-mesures. Les exemples de la corruption (ou de l'assassinat des intègres, cf https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2020/11/14/menaces-enlevements-assassinat-coke-en-docks-au-port-du-havre_6059769_4500055.html) dans les ports montrent que dépénaliser n'est pas suffisant d'où les problèmes belges et hollandais.
    C'est aux états de gérer ces produits comme on le fait pour les médicaments. Cet ultralibéralisme sauvage qu'est le trafic de drogues a toutes les tares amplifiées du libéralisme économique où le marché "régule" le marché. Quand on voit comment une firme pharmaceutique américaine peut inonder d'oxyvcontin les USA, on s'aperçoit qu'une régulation forte et non faussée est nécessaire.
    Interdire est contre-productif (attrait de cet interdit), illusoire vues les masses monétaires engendrées, ne permet pas la prévention ou la prise en charge ciblée.
    La vente par l'état permettrait de proposer des produits propres, diminuerait la charge pécuniaire de l'état (douanes, police, tribunaux, prisons, santé...) voire augmenterait ses revenus, lutterait contre le terrorisme par asséchement d'une source de financement (https://www.un.org/sg/fr/content/chapter-ii-h-drug-control-crime-prevention-and-combating-international-terrorism-all-its).
    En vous remerciant de m'avoir lu, en vous souhaitant une bonne journée, mes confraternelles salutations,
    Ken@vo !

    Dr O Morlaz

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