Dans les hôpitaux, la « même situation » qu’à la mi-mars…

Paris, le vendredi 23 septembre 2020 – Après une relative accalmie fin septembre, tous les indicateurs de suivi de l’épidémie sont du 12 au 18 octobre 2020 (S42) en « nette augmentation » pour la deuxième semaine consécutive.

Concernant les marqueurs précoces, le taux d’incidence des consultations pour une infection respiratoire aigüe (IRA) est en hausse (156/100 000 habitants en S42 vs. 124 en S41, +26%), comme le nombre d’actes médicaux SOS Médecins pour suspicion de Covid-19 (+ 15 %) et les passages aux urgences (7 925 passages en S42 vs. 5 856 en S41, soit +35%).

La surveillance virologique montre qu’en S 42, 165 544 nouveaux cas confirmés de COVID-19 ont été enregistrés en France métropolitaine soit une hausse de 39% par rapport la semaine précédente. Le taux d’incidence poursuit donc son évolution défavorable avec 255 cas/100 000 habitants (183 cas/100 000 habitants en S41, +39%).



Figure 1. Nombre de personnes testées, nombre de personnes testées positives pour le SARS-CoV-2 et taux de positivité dans les laboratoires, par semaine, France, (source S9-S19 : 3 Labo et laboratoires hospitaliers; depuis S20 : SI-DEP, données au 21 octobre 2020)

Toute la France au-dessus du seuil d’alerte

Aussi, en S42, tous les départements dépassent le seuil d’alerte fixé à 50 cas/100 000 habitants et 29 départements dépassent les 250 cas pour 100 000. Les taux les plus élevés sont retrouvés dans les départements de la Loire (673/100 000 habitants), du Rhône (569), du Nord (511), de l’Isère (432) et à Paris (416).

Le taux de positivité était de 13,8% en S42, (vs 12,4% en S41, +1,4 points). Notons que contrairement à la semaine précédente, SPF ne donne pas de taux de positivité corrigé qui prendrait en compte les re-tests.

Pour la première fois, SPF est en mesure de livrer des chiffres de prévalence commune par commune. Si nous vous épargnions le détail des 36 000 villes de France, notons que les métropoles présentant les taux d’incidence les plus importants sont celles de Saint-Etienne (807 / 100 000), Lille (706 / 100 000 hab.), Lyon (598 / 100 000 hab.), Grenoble-Alpes (522 / 100 000 hab.) et du Grand Paris (386 / 100 000 hab.).



Tableau 1. Évolution des taux d’incidence hebdomadaires par métropole*, France, du 13 juillet au 18 octobre 2020 (source SI-DEP, données au 21 octobre 2020)

Près de 50 % d’augmentation d’admission à l’hôpital et en réanimation

En milieu hospitalier, le nombre hebdomadaire de nouvelles hospitalisations pour Covid-19 s’est nettement accru avec 7 530 hospitalisations (5 084 en S41, soit +48%). On constate une tendance similaire concernant les entrées réanimation (1 343 admissions en S42 vs. 910 en S41, +48%).

Si la dynamique de l’épidémie persiste dans les semaines à venir, les modélisateurs de SPF calculent que le nombre hebdomadaire de nouveaux cas confirmés de COVID-19 aura doublé dans 15 jours. On pourrait donc connaître, la première semaine de novembre 50 à 60 000 nouveaux cas quotidiens de Covid-19. Le nombre hebdomadaire de nouveaux patients admis à l’hôpital aura doublé dans 14 jours (vs. 26 jours selon les projections établies la semaine dernière) et le nombre de patients en réanimation sera multiplié par deux dans 19 jours (ce qui équivaudrait à 500 admissions quotidienne en réanimation vers le 5 novembre). Logiquement, le nombre de décès liés à la Covid-19 progresse également avec 764 décès (546 décès en S41, +40%).

Aussi, les épidémiologistes de SPF soulignent : « la situation hospitalière pour la Covid-19 en semaine 42 se rapproche de celle observée au cours de la première vague, après la mi-mars 2020 (semaine 12, début de la surveillance SI-VIC le 19 mars 2020), en termes de nombre de personnes nouvellement hospitalisées, nouvellement admises en réanimation et nombre de nouveaux décès survenus en milieu hospitalier ».



Figure 2. Trajectoire du nombre de reproduction effectif (R-effectif) à partir des tests PCR positifs au SARS-COV-2, des passages aux urgences avec suspicion de COVID-19 et des hospitalisations pour COVID-19 en France métropolitaine du 15 mars au 17 octobre 2020 (Sources : SI-DEP, OSCOUR® et SI-VIC)

Seul signe "d’espoir" : « la diffusion de l’épidémie est cependant plus lente que ce qui avait été observé à cette période, le R effectif SI-VIC était alors autour de 2,5-3 alors qu’il est estimé à 1,39 en S42 »…

F.H.

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Vos réactions (1)

  • Saturation des hôpitaux

    Le 23 octobre 2020

    Les données sont claires, et un modèle épidémiologique à quatre semaines l'est tout autant.

    Au rythme d'admission actuel en réanimation, on atteindra bien avant un mois les sommets constatés au début du mois d'avril dernier, soit environ 7 000 lits... Or la situation est différente, avec les pathologies hivernales qui approchent, au lieu de l'espoir des beaux jours de printemps.
    Bien sûr que le système hospitalier peut faire face : après plus de six mois, qui oserait dire qu'il n'a pas su, ou pu se préparer ? Il a vécu bien d'autres crises. Mais là, l'effort va devoir durer plusieurs mois, dans l'obscurité de la saison froide, sans guère de lueur au bout du tunnel pour les personnels et leurs familles, et sans possibilité de se distraire en soirée...

    L'alternative va donc paraître assez simple au gouvernement : reconfiner, ou accepter bien des milliers de morts supplémentaires... A votre avis, que va-t-il choisir, puisque personne ne veut prendre le risque de lui garantir une immunité naturelle de groupe ?

    Et pourtant, à trois mois, au rythme actuel des nouveaux cas RT-PCR confirmés, on atteindrait environ quinze millions de Français ayant été testés comme positifs. Largement de quoi faire fléchir - à un niveau tolérable - une diffusion épidémique dans la population générale, si bien sûr quelques anticorps neutralisants sont présents. A quel prix ? Avec une létalité (à ce jour optimiste) de trois pour mille, environ 45 000 décès, voire moins si l'on parvient à protéger de tout contact le maximum des personnes vulnérables...

    Hypothèse "optimiste" versus principe de précaution, la décision sera de toute façon difficile, et douloureuse.

    Dr Jean-Jacques Arzalier

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