D’après le taux des anticorps neutralisants, Il faut bien une 3e dose pour lutter contre omicron !

Omicron, détecté pour la première fois en Afrique du sud en novembre 2021, est désormais dominant en Europe. Ce « variant of concern » du SARS-CoV-2 présente 32 mutations, insertions ou délétions de la protéine Spike, dont la mutation N501Y associée à l’augmentation de la transmissibilité des variants alpha, béta et gamma (à titre de comparaison, le variant delta ne présentait que 2 mutations). Toutefois, l’on ne sait pas encore dans quelle mesure sa très rapide propagation a été favorisée par l’augmentation de la transmissibilité du virus ou par un échappement à l’immunité induite par une précédente infection ou la vaccination.

Pour le savoir, une équipe londonienne a dosé les titres d’anticorps neutralisants contre le variant omicron, dans les prélèvements sanguins de 364 participants à l’étude Legacy. Cette étude, menée sur des volontaires sains, a été mise en place en janvier 2021 pour surveiller les réponses sérologiques à la vaccination ou suivant un test positif pour la Covid-19. Les taux d’anticorps contre omicron ont été comparés à ceux qui avaient été mesurés contre les variants alpha et delta, pour lesquels il avait été montré que l’efficacité vaccinale était étroitement corrélée aux taux d’anticorps neutralisants.

Trois fois moins d’anticorps neutralisants contre omicron que contre delta

Deux à 6 semaines après 2 doses du vaccin Pfizer-BioNtech, des anticorps neutralisants contre omicron sont détectables chez 83 % des participants, mais à une concentration médiane 7 fois inférieure à celle retrouvée contre le variant alpha et 3 fois inférieure à celle contre le variant delta. Douze à 16 semaines après la 2e dose de vaccin, les anticorps neutralisants contre omicron ne sont plus détectables que chez 1 individu sur 2, alors que presque tous ont encore des anticorps neutralisants contre alpha (96 %) et delta (97 %).

Les mêmes dosages ont été faits sur des participants vaccinés par le vaccin Astra-Zeneca. Ils montrent que 2 à 6 semaines après la seconde dose, seuls 36 % des personnes ont des anticorps quantifiables contre omicron, et il n’y en a plus que 19 % à 12-16 semaines. En comparaison, 2 à 6 semaines après la vaccination, la majorité ont des anticorps neutralisants quantifiables contre le variant alpha (87 %) et contre le variant delta (76 %). Les données montrent aussi que, parmi les personnes ayant reçu le vaccin Astra-Zeneca, la présence d’anticorps neutralisants dépend fortement de ce que celles-ci rapportent ou non des antécédents de symptômes de la Covid-19 : l’absence d’anticorps neutralisants est plus fréquente quand il n’y a pas eu de symptômes de Covid-19. Cette association est retrouvée aussi, mais plus rarement, avec le vaccin Pfizer BioNtech.

Remontée du taux avec la 3e dose mais il reste plus faible contre omicron

En septembre 2021, l’injection d’une 3e dose a été décidée au Royaume-Uni, pour certains groupes prioritaires. L’étude a donc été poursuivie chez un certain nombre des participants, avec un dosage des anticorps neutralisants au moment de l’injection de la 3e dose et une vingtaine de jours après. Tous les participants à ce volet étaient vaccinés par le Pfizer-BioNtech, pour les 3 doses. Alors que seulement 42 % des participants avaient encore des anticorps neutralisants détectables au moment de leur 3e injection, le pourcentage passe à 96 % 3 semaines après. Mais leur taux des anticorps neutralisants contre omicron est 3 fois plus faible que celui des anticorps contre le variant alpha et 2 fois plus faible que le taux des anticorps contre le variant delta.

Ajoutons que, dans la foulée, des tests in vitro ont été faits sur les traitements par anticorps monoclonaux disponibles au Royaume-Uni, le sotrovimab et l’association casirivimab et imdevimab.

Seul le premier réussit à faire la preuve de son efficacité. Notons que le sotrovimab est 6 à 8 fois moins efficace sur omicron que sur delta ou alpha, mais les concentrations utilisées dans ces tests in vitro sont largement inférieures à celles mesurées 29 jours après une perfusion de 500 mg de sotrovimab.

Cette étude confirme l’intérêt de la 3e dose de vaccin pour lutter contre le variant omicron. Elle montre aussi l’importance de poursuivre le titrage des anticorps neutralisants, au fil du temps et sur différentes cohortes. Ces données constituent une source importante d’informations pour l’élaboration des stratégies vaccinales.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Wu M. et coll.: Three-dose vaccination elicits neutralising antibodies against omicron. Lancet, 2022 ; publication avancée en ligne le 19 janvier 2022

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Vos réactions (7)

  • Et l'immunité cellulaire ?

    Le 25 janvier 2022

    C'est curieux de limiter l'immunité à la réaction antigène- anticorps, et l'immunité cellulaire alors ? Que croyez vous que font vos lymphocytes ? Cette propagande est insupportable...

    Sophie Cote (pharmacien)

  • Et le lien avec la clinique ?

    Le 26 janvier 2022

    Clinicienne avant tout, je sais que la médecine est affaire de personnes et pas juste de tubes à essais et de dosages.
    Quelles données a-t-on sur la corrélation entre ces dosages d'Ac et le risque clinique de contracter une forme grave de Covid (car c'est bien cela qui nous intéresse, non ?) ?

    Dr Anaïs Pipet (pneumologue)

  • Un peu court : devoir de mémoire

    Le 26 janvier 2022

    Ramener, in vitro, l'immunité procurée aux seuls anticorps neutralisants est un raccourci supposé pédagogique depuis 2ans mais très réducteur , quelque soit le climat viral , Whuan comme Omicon 1 ou 2.
    La corrélation taux d'anticorps (neutralisants) -Risque d'infection à toujours eu du mal à se faire

    Les données vies réelles , incluant l'impact des immunités humorales comme cellulaires et muqueuses , de-novo puis mémoires sont bien plus informatives et pragmatiques

    Deux travaux complémentaires du CDC* documentent la NECESSITE et le BENEFICE du RAPPEL (>5mois) ARNm en climat Delta puis Omicron en regard des formes SYMPTOMATIQUES. Il ne permet PAS de préciser chez qui ce bénéfice est observé.
    • Inclusion des > 18ans, non primo-infectés (comme de coutume) : une presque vraie vie réelle, loin des travaux portants sur des vétérans, des > 50 ou 60ans.

    • La stratification tant attendue du bénéfice ne porte que … sur le variant : Delta vs Omicron.

    • Bénéfice du RAPPEL en termes de formes SYMPTOMATIQUES (les seules évaluées , >15j après la dernière dose) pour les deux phases virales successives, moindre mais présente pour Omicron, en comparaison d’une population non-vaccinée et d’une population deux injections ARNm éligible pour le rappel.

    • Ce bénéfice porte sur les consultations et hospitalisations. Son expression pour les formes graves et la mortalité est confirmée en climat Delta, cette évaluation était prématurée en climat Omicron.

    • Acceptons qu’il faille gommer des études les contaminations ASYMPTOMATIQUES, aprés si peu de travaux les incluant en climat Delta** et à fortiori Omicron : Méthodologie si difficile

    * Accorsi EK et coll . Association Between 3 Doses of mRNA COVID-19 Vaccine and Symptomatic Infection Caused by the SARS-CoV-2 Omicron and Delta Variants. JAMA. January 21, 2022. doi:10.1001/jama.2022.0470
    * Thompson MG et coll. Effectiveness of a Third Dose of mRNA Vaccines Against COVID-19–Associated Emergency Department and Urgent Care Encounters and Hospitalizations Among Adults During Periods of Delta and Omicron Variant Predominance — VISION Network, 10 States, August 2021–January 2022. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 21January 2022. doi.org/10.15585/mmwr.mm7104e3
    ** Patalon T et coll. Odds of Testing Positive for SARS-CoV-2 Following Receipt of 3 vs 2 Doses of the BNT162b2 mRNA Vaccine. JAMA Intern Med. 2021 Nov 30:e217382. doi: 10.1001/jamainternmed.2021.7382

    Ces données peuvent permettre de documenter en climat Omicron le bénéfice individuel du RAPPEL (> 5mois pour le CDC.)
    • Pour peu que l’on accepte la zone grise que représente l’absence, à nouveau, de stratification* de ce bénéfice individuel en fonction du terrain:

    *Scott J et coll. Covid-19 vaccination: evidence of waning immunity is overstated. BMJ. 2021 Sep 23;374:n2320. doi: 10.1136/bmj.n2320

    • Pour peu que l’on accepte que les comparaisons et transpositions de données ont leurs limites, si ce n’est qu’en terme de co-morbidités : 60% des vaccinés 2 ou 3doses ARNm en sont indemnes dans les données du CDC

    • Pour peu que ces données permettent de convaincre en climat Omicron 1 ou 2, ceux qui n’ont pas été convaincus en climat Wuhan – Alpha – Delta : j’en doute.

    Dr JP Bonnet

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